Encore un autre intérêt d’avoir un iPhone en consultation…

Je vois un patient atteint d’une cardiopathie ischémique sévère, ponté, et chez qui j’ai fait mettre un défibrillateur implantable en prévention primaire.

Il est adorable, et le courant passe très bien.

Mais il est de plus en plus gros et gras comme Raminagrobis. A chaque consultation, je lui fait la morale en constatant que son tablier abdominal déborde et recouvre de plus en plus la ceinture de son pantalon, comme un arbre le ferait d’un panneau fixé à son tronc.

Mais je ne mange que de la salade avec un peu d’huile d’olive…

Ben voyons.

J’ai un peu abusé de charcuterie corse pendant les vacances…

Ben oui, c’est plus ça (super pour son insuffisance cardiaque…)

Alors qu’il était couché sur la table d’examen, avec le dossier un peu relevé, je lui ai posé mon iPhone sur un genou et je l’ai photographié vu d’en bas.

Il a déjà pu contempler une chose qu’il n’avait pas vu depuis longtemps sur lui, sa boucle de ceinturon encore visible mais prête d’être engloutie par le tsunami d’un pli cutané.

Au second plan, un montagne rose avec quelques poils autour du nombril déjà presque plat.

En arrière plan un visage bien rond, congestionné et hilare.

C’est le choc des photos!

Une image vaut mieux qu’un grand discours….

Il m’a promis qu’il fera des efforts pour sa prochaine consultation, juste avant Noël.

Je vous apporterai des chocolats!

C’est le crime qui apporte son arme…


Sinon, en dehors de ce cas particulier, j’utilise Qx Calculate, BCB pour iPhone et ReaddleDocs pour archiver les courriers de mes patients.


Faire rentrer des humains dans des formes géométriques

Un jour, j’ai attrapé à la volée une conversation téléphonique alors que je quittais ma vacation hospitalière de doppler.

Il n’y a aucune indication de faire un doppler en urgence!

-…

Si le score de Wells est en faveur d’une phlébite, vous débutez l’anticoagulation, et on fera le doppler dans la suite, soit il n’est pas en faveur…

-…

J’ai été impressionné par le déballage très savant d’un score qui ne fait finalement que collecter les facteurs de risque classiques de la thrombose veineuse profonde, mais qui donne tellement l’illusion de maîtriser la pathologie.

Je l’ai été beaucoup moins  quand j’ai appris que cette démonstration d’un savoir livresque a été faite aux dépens d’un interne de gynécologie qui suspectait une phlébite chez une femme clouée dans son lit dans le service des grossesses à risque, à quelques jours d’une césarienne programmée. Le coeur du problème étant que ce service n’est pas dans le même hôpital que celui du service de vasculaire, et qu’il fallait donc traverser la rue pour s’y rendre.

Évidemment, dans ce cas, le score de Wells est une carte à jouer idéale pour le pédant qui ne veut pas se déplacer.

L’interne de gynéco devait probablement se ficher du score de Wells, mais être inquiet pour sa patiente. J’ai appris par la suite qu’ils avaient ainsi appelé trois fois sans succès.

Où est l’humain?

Petit détail qui ne fait que rajouter à l’imbécilité d’une telle attitude: 4 points sur les 9 du score sont basés sur l’existence d’un oedème ou d’une dilatation veineuse. Or, la circulation veineuse collatérale pelvienne est tellement développée chez la femme enceinte en fin de grossesse qu’une thrombose veineuse, surtout proximale, peut très bien rester parfaitement silencieuse jusqu’à la période qui suit l’accouchement. D’où la crainte atavique des sage-femmes du « premier lever » au cours duquel une femme apparemment parfaitement asymptomatique peut envoyer brutalement un gros thrombus fémoral dans les poumons, et tomber foudroyée.

(Merci à ma maman qui m’a raconté ses souvenirs de l’ancienne maternité de l’Hôtel-Dieu)

Heureusement, l’anticoagulation préventive a radicalement changé les choses, mais cette particularité physiologique persiste et rend caduque un score qui n’a pas été validé sur la femme enceinte.

Petite soupe de sorcière

Elle est pas mal celle-là, à la fois légère et relevée.

Une soupe d’été, en somme.

Une dame hypertendue d’environ 70-75 ans, aux antécédents de fibrillation auriculaire consulte pour la première fois un ami  médecin généraliste. Elle est suivie par ailleurs par un cardiologue.

Elle décrit une grande fatigue.

Son traitement:

  • Monotildiem LP 200*1
  • Ténormine 50*2
  • Cordarone*1
  • Aldactone 75*1
  • Préviscan

Cinq lignes, 4 interactions, dont 1 association déconseillée, respect.

Interprétation des essais cliniques pour la pratique médicale

Depuis que j’écris sur ce blog, j’ai relaté des dizaines d’histoires où l’on (suivez mon regard…) tentait de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, c’est à dire un médicament inefficace voire nuisible pour une panacée miraculeuse en tripatouillant des statistiques de recherche biomédicale ou en pipotant leur présentation.

Ils continuent à le faire, la révélation quasi mensuelle de petits ou gros scandales le montre parfaitement, car ils font confiance à notre ignorance, et ils ont parfaitement raison.

Nous, ce sont bien évidemment les soignants, notamment les médecins qui n’ont souvent qu’une très vague notion des bases mêmes des statistiques biomédicales.

Après avoir juré que je ne repasserai jamais un autre examen (je continue à rêver à mon internat presque tous les mois), je me suis finalement quand même décidé à essayer de devenir un peu moins ignorant en m’inscrivant à ce DU: Interprétation des essais cliniques pour la pratique médicale.

Il semble avoir toutes les qualités, il se passe presque entièrement en ligne et c’est une équipe de Lyon, la plus belle ville du monde, qui s’en occupe.

Si ça vous intéresse, c’est ici.

(Si vous n’aimez pas les statistiques, vous risquez probablement de trouver la lecture de ce blog pénible dans les mois qui viennent)

Quelques courbes, pas trop pénibles, pour commencer: