Le poison résiduel

Autre histoire d’interaction, mais dont je ne connais pas le mécanisme puisqu’elle est survenue chez un extra-terrestre.

J’ai lu Dune de Franck Herbert étant adolescent et j’avais été fasciné par l’horrible Baron Harkonnen , et notamment la manière dont il s’était assuré la fidélité de Thufir Hawat. Il l’empoisonne « définitivement » avec un poison résiduel au début de sa captivité puis le maintient vivant en lui donnant tous les jours un antidote (interaction!). Antidote bien évidemment non détectable par les senseurs dont sont équipés les personnages importants de la saga:

« Hawat will be given both food and drink, » the Baron said. « Treated with kindness, with sympathy. In his water you will administer the residual poison developed by the late Piter de Vries. And you will see that the antidote becomes a regular part of Hawat’s diet from this point on . . . unless I say otherwise. »

« The antidote, yes. » Nefud shook his head. « But–« 

… »You’re going to say Hawat’s completely loyal to the Atreides. True, but the Atreides are dead… We will woo Hawat, » the Baron said. « We will hide him from the Sardaukar. And we will hold in reserve . . . the withdrawal of the antidote for the poison. There’s no way of removing the residual poison. And, Nefud, Hawat need never suspect. The antidote will not betray itself to a poison snooper. Hawat can scan his food as he pleases and detect no trace of poison. »

Nefud’s eyes opened wide with understanding.

« The absence of a thing, » the Baron said, « this can be as deadly as the presence. The absence of air, eh? The absence of water? The absence of anything else we’re addicted to. » The Baron nodded. « You understand me, Nefud? »

Le complot contre l’Amérique

complot

J’ai terminé ce vaste roman uchronique de Philip Roth, et j’ai été un peu déçu par la fin (que je ne raconterai pas).

Pour résumer, il s’agit de la chronique de la vie d’une famille juive de Newark, les Roth,  dans le New-Jersey durant la seconde guerre mondiale. Comme le roman est uchronique, Roosevelt a perdu l’élection présidentielle de 1940 au profit de Lindbergh qui est isolationniste et plutôt pro-nazi. Les Etats-Unis signent un pacte de non agression avec l’Allemagne nazie et le Japon, et reste en dehors de la guerre mondiale.

Le roman met en scène la montée d’un antisémitisme étatique, d’abord tellement subtil qu’on se pose la question de son existence, puis clairement affiché avec la survenue de pogroms dans de grandes villes américaines.

La description minutieuse et subtile de la montée de la peur dans la famille Roth et ses conséquences sur les comportements des différents membres de la famille me parait exceptionnelle de finesse.

Une question essentielle se pose aussi en filigrane tout au long du roman: c’est quoi, un « autre »?

Par contre, j’ai été déçu par le décor politique, surtout la fin qui m’a paru vraiment tirée par les cheveux.

Je vois Philip Roth ciseler méticuleusement la peur de l’avenir et la perte de repères d’une famille sur des centaines de pages, puis avoir subitement envie de faire autre chose et envoyer balader la fin en une dizaine de pages peu crédibles, même pour une uchronie.

Je suis donc un peu déçu, mais que cela ne vous empêche pas de découvrir ce formidable roman du génial Philip Roth.

Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde.

Automobile Club d’Égypte

J’avais bien aimé L’immeuble Yacoubian, de l’écrivain Alaa El Aswany.

Je suis tombé sur un exemplaire de l’Automobile Club d’Égypte sur la table de nuit d’une patiente à la clinique. Je n’ai pas pu tirer grand chose de la patiente, sourde au-delà du hurlement, mais j’ai eu envie de le lire pour l’auteur, la couverture trouble et les éditions Actes Sud que j’ai toujours aimées.

IMG_8950J’ai apprécié la  description de la vie quotidienne des protagonistes dans Le Caire des années 40, sous le règne du très débauché et très inutile roi Farouk. J’ai aussi aimé les personnages attachants du roman, qui se débattent dans différentes trames qui se tissent et entremêlement au fil des pages.

L’Automobile Club est une Égypte en miniature, avec ses colonisateurs, ses despotes, ses opprimés. Le récit raconte les soubresauts nationalistes et syndicaux vus par le petit bout de la lorgnette de ce club. Certains personnages sont réussis, comme la matriarche de la famille Hamam ou l’ignoble El-Kwo,  d’autres moins, comme Saliha qui n’a été crée, semble-t-il, que pour illustrer un mariage arrangé calamiteux aux deux tiers du roman.

En fin de roman, la peinture de mœurs s’estompe au profit d’un message politique qui m’a fait penser à un Germinal-sur-le Nil un peu indigeste.

Pas un mauvais souvenir, j’ai lu ce roman avec plaisir, dommage que la fin soit un peu lourde…

Le Maître du Haut Château

Haut ChâteauIl faisait déjà chaud ce matin, mais un bon café brûlant n’aurait pas été mal venu pour le sortir de sa nuit poisseuse. Devant sa cafetière à sec, il se rappela qu’il avait bien commandé les capsules, mais qu’elles étaient arrivées sur son lieu de travail. Il ouvrit alors Twitter, une galette de riz dans la bouche et vit que Grange Blanche avait publié une note. Il en commença la lecture.

Le seul livre de Philip K. Dick, que j’avais lu jusqu’à présent était Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? qui a inspiré le cultissime Blade Runner. J’en avais gardé un impression un peu pénible d’un texte parfois écrit sous l’effet de substances psychotropes. Or, j’aime bien qu’il subsiste un minimum de logique, même dans des œuvres fantasmagoriques et irréelles. Puis j’ai vu passer récemment ce genre d’article qui annonce une adaptation en série TV d’une autre œuvre de Philip K. Dick,  Le Maître du Haut Château.

Englué dans la vacuité triste de cet été, je me suis dit, pourquoi pas?

PKD-high_castle-penguinclassicsJe n’ai pas lâché ce bouquin très surprenant pendant les trois derniers jours. Ce n’est curieusement pas l’uchronie en elle-même qui m’a séduit, alors que je l’ai justement choisi pour cela.

J’ai aimé la finesse de description des rapports humains étouffés par une lourde ambiance d’oppression totalitaire. J’ai aussi aimé la mise en abyme magistralement orchestrée par Philip K. Dick: je lis un livre dans lequel les personnages en lisent un autre, et tout le monde regarde par dessus son épaule.

Grasshopperliesheavy(Source)

Tout au long du roman, les personnages décident de leur avenir en utilisant un système de divination chinois millénaire, le Yi Jing. C’est d’ailleurs cet oracle qui va leur révéler la vérité finale…

Or, Philip K. Dick  a lui-même utilisé ce système pour écrire ce roman:

VERTEX: Do you use the I Ching as a plotting device in your work?

DICK: Once. I used it in The Man in the High Castle because a number of characters used it. In each case when they asked a question, I threw the coins and wrote the hexagram lines they got. That governed the direction of the book. Like in the end when Juliana Frink is deciding whether or not to tell Hawthorne Abensen that he is the target of assassins, the answer indicated that she should. Now if it had said not to tell him, I would have had her not go there. But I would not do that in any other book.

(Source)

Abyme vertigineux, non?

Bof, moyenne cette note. Par ailleurs, il n’avait jamais aimé Philip K. Dick. Allons voir si d’autres ont écrit des notes. Quelle drôle d’idée que nous ne soyons que des personnages issus d’une imagination, ailleurs.

Il faut que je pense à aller chercher ces satanés capsules.