Hypertension artérielle, à propos d’un cas de naturopathie

L’excellent @JeSuisBigPharma m’a fait découvrir le récit du traitement d’un patient hypertendu grâce à la naturopathie.

Ben vous voyez, j’y crois à son histoire.

Tout d’abord, car comme je l’ai déjà dit, les vilains médicaments chimiques que nous autres, allopathes, utilisons sont en fait assez souvent de la gentille naturopathie.

Dans ce cas particulier, le cardiologue a prescrit un beta-bloquant et un IEC.

Les beta-bloquants ont été découverts par l’immense James Black. J’ai eu beau chercher, ce sont des composés chimiques créés par l’homme, beurk beurk beurk, on devrait détruire tout ce que l’homme a fabriqué, back to the trees.

Par contre, l’IEC est un médicament parfaitement naturopathique, car le père de tous les IEC, le captopril est dérivé du venin, tout ce qu’il y a de plus naturel d’un charmant serpent, le Bothrops jararaca.

D’ailleurs, il est intéressant de constater que le beta-bloquant, le traitement le moins naturopathique des deux est aussi celui qui est le moins pertinent. Quelle idée de donner un tel traitement à un homme de 64 ans, avec une libido déjà en berne, et qui est un joueur de tennis acharné? Certes, les beta-bloquants ne sont objectivement pas les plus responsables de troubles sexuels, mais le sexe, c’est dans la tête. Je suis persuadé  qu’un demi morceau de sucre de canne non raffiné , non traité, fair trade, biologique, certifié non chimique pourrait faire avoir une défaillance à l’acteur porno le plus madré, pour peu qu’on lui susurre à l’oreille qu’il va éprouver  des soucis si il sucre son expresso. Par contre, ce qui est certain, est que ce patient, qui adore de toute évidence le tennis, doit avoir un peu plus de mal à courir derrière la baballe jaune, avec le coeur bridé par un beta-bloquant. De quoi vous contrarier un homme, le stresser, le déprimer et… faire monter la tension.

C’est là que la naturopathie montre toute sa supériorité par rapport à la médecine conventionnelle.

Cette naturopathe, dans ce cas particulier a fait deux choses qui sont des composantes fondamentales du soin, et que nous sous-estimons gravement: elle a écouté son patient, et l’a examiné.

D’abord l’écoute. De toute évidence, pour les raisons données plus haut, le cardiologue n’a pas écouté son patient. Il lui a donné le pire traitement possible pour lui spécifiquement. Alors que la naturopathe l’a longuement écouté et interrogé.

Ensuite l’examen clinique. Je ne sais pas comment la consultation cardio s’est déroulée. En tout cas, là aussi, la naturopathe a clairement pris son temps. Même si elle a fait des passes magnétiques au dessus du gros orteil gauche du patient, lu une invocation à Vénus dans ses grains de beauté, ou projeté sur son torse du riz complet, l’examen clinique est aussi important pour le médecin que pour le patient dans une relation de soins. Elle a fait exactement ce que le patient attendait d’elle, même inconsciemment.

Alors que je suis très cartésien, j’accepte pleinement l’effet de la portée symbolique du moment très particulier que représente la rencontre d’un médecin et d’un patient. Si un ou plusieurs éléments de cette « cérémonie » qui est immémoriale, n’est pas (ne sont pas) respecté(s), le soin qui en découle ne peut pas être totalement efficace. Ici, c’est l’écoute et l’examen clinique dont il s’agit.

Que penser de l’amélioration clinique du patient? J’ai plusieurs hypothèses.

La première est que le patient n’a pas arrêté son traitement et que ce dernier, comme tous les traitements anti-HTA a fini par être efficace au bout de 15 jours-3 semaines. Cependant, il n’y a aucune indication de date de début de traitement ni que le patient a été compliant.

Seconde hypothèse, le classique effet placebo des soins prodigués par la naturopathe ou une simple régression à la moyenne (ici).

Troisième hypothèse, la naturopathe lui a préconisé un régime plus naturel, peut-être moins salé, moins industriel, en tout cas bénéfique pour sa tension artérielle.

Vous pouvez rire de toute la pseudo-science des naturopathes, ostéopathes, et autres thérapeutes alternatifs. J’en ris aussi.

Mais réfléchissez deux secondes.

Ces gens ne prolifèrent pas tant sur la crédulité du public et l’anxiété des patients que sur nos propres carences. Ils prolifèrent car ils prennent le temps d’écouter et d’examiner les patients, c’est tout. Tout le fatras pseudo-scientique n’est là que pour faire le décorum et asseoir une certaine légitimité en nous singeant. Mais tout cela n’est finalement que très secondaire.

Relation de soins, allégorie. 2017.

Ne nous voilons pas la face, ils sont bien meilleurs que nous dans ce qui fait pourtant partie de l’essence même de notre métier, l’écoute et l’examen clinique. Un patient écouté et examiné, c’est déjà 60% du soin.

Vous allez me dire que j’exagère sur l’incurie des confrères.

Une simple illustration qui ne concerne que ma petite spécialité: comment expliquez-vous que les cardios voient tous les jours des sténoses aortiques hyper-serrées chez des patients pourtant vus très régulièrement par les confrères?

Le stéthoscope était en panne ces jours là?

(Avant de dire que je joue au père la morale, j’ai totalement conscience que je ne fais pas mieux que les autres, et par ailleurs, je n’ai aucune solution à cette situation qui ne va qu’empirer. Charlatan est un métier d’avenir.)