Mondialisation et antibiotiques

La mondialisation conduit parfois à se retrouver en position d’échec et mat potentiel.

Vous vous souvenez de la « crise de l’héparine » (ici et ici) ? Et bien le NYT s’inquiète des conditions de fabrication d’autres produits, et du risque que fait peser le quasi monopole de la Chine dans la fabrication de médicaments parfois aussi vitaux que les antibiotiques ou l’héparine.

Petit florilège: « Dr. Yusuf K. Hamied, chairman of Cipla, one of the world’s most important suppliers of pharmaceutical ingredients, says his company and others have grown increasingly dependent on Chinese suppliers. “If tomorrow China stopped supplying pharmaceutical ingredients, the worldwide pharmaceutical industry would collapse,” he said. »

et « So for now, like it or not, China has the upper hand. As Mr. Polastro put it, “If China ever got very upset with President Obama, it could be a big problem.”« 

On peut faire confiance à la Chine ??

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Drug Making’s Move Abroad Stirs Concerns.

By Gardiner Harris

The New York Times

January 20, 2009

A propos d’antibiotiques, ne loupez pas cette note impressionnante de Stéphane. Lavons nous donc d’autant plus les mains que nous risquons de nous retrouver un jour à cours d’antibiotiques!

Lieu commun

J’ai bien rigolé en lisant cet article du « Monde » qui a été un moment à la une du site web.

Le titre est déjà grand en lui même:

Ségolène Royal : « J’ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés ».

Mais les premières lignes ne sont pas mal non plus:

Elle ne voit pas pourquoi elle « n’assumerait pas : oui, j’ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés ». C’était au temps où elle était candidate à la présidence et où Barack Obama envisageait seulement de réussir à l’être. Il a envoyé une équipe à Paris étudier son site Désir d’avenir. « Chez nous ils ont enregistré les idées de ‘gagnant-gagnant’, de ‘citoyen-expert' » Ensuite, M. Obama a adapté sa « démocratie participative » à la mode américaine, « fort différente de l’européenne ».

Bon, je ne vais mettre en doute sa parole, n’ayant pas accès, vous le comprenez bien, au saint des saints du ségolénisme. Je ne vais pas non plus ironiser: trop facile, particulièrement démagogique, presque un lieu commun.

J’ai quand même adoré le « gagnant-gagnant » (je ne peux pas m’en empêcher…)

Par contre, je vous conseille de lire les commentaires qui flambent sur « le Monde », près de 104 à l’heure ou je rédige cette note. Les ségolénistes y sont un peu seuls, et je présume que peu d’UMP lisent Le Monde et y commentent.

Mystère insondable de la politique: pourquoi tout ce que dit cette femme dans les médias tourne immédiatement au ridicule ?

  • Ce qu’elle dit est effectivement ridicule (problème personnel ou problème de conseillers?) ?
  • Ses nombreux ennemis (la droite et un peu moins de 50% du PS) font tout pour la rendre ridicule ?

Je penche plutôt vers un problème personnel. Son cou semble rechercher sans cesse le couteau du sacrificateur. Elle sait qu’elle va sa faire massacrer, mais elle y va quand même, le sourire aux lèvres. Attitude qui m’étonne et qui m’inquiète lorsque l’on recherche comme elle à endosser la responsabilité d’une nation telle que la notre.

Elle aurait pu faire consensuel comme les autres ténors du PS qui saluent l’élection de Obama, ou bling bling/m’as-tu vu, comme Sarkosy, du genre on s’envoie des SMS avec Barack depuis des années, ou bien elle aurait pu être brillante, rien ne l’empêche,  mais non, elle a choisi délibérément la voie de l’autel sacrificiel.

Vraiment étonnant et inquiétant.

Je ne vais pas vous faire l’affront de la schadenfreude (mot qui avait beaucoup impressionné Doudou, mais que je ne suis jamais arrivé à ressortir lors d’un repas familial), mais comment reconstruire un parti lorsque l’on a dans ses rangs une dirigeante aussi irrationnelle et ambitieuse que Ségolène?

Car il ne faut pas être dupe, les malheurs du PS sont aussi les nôtres. Et ce, quelque soit notre étiquette politique (ou non étiquette, d’ailleurs). L’absence d’opposition empêche le bon fonctionnement démocratique. L’opposition rend meilleur, plus rigoureux. L’absence d’opposition actuelle ne peut que conduire à des catastrophes, à Charybde ou Scylla, à l’émergence d’un Pouvoir incontrôlable, ou de contre-pouvoirs extrémistes. Pour l’instant, je m’inquiète plutôt d’un Pouvoir incontrôlable. « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. »

Bienvenue chez les ch’tis!

J’ai fait récemment une consultation assez drôle, en tout cas assurément parmi mon « top ten » des HTA secondaires à des facteurs diététiques et un peu iatrogènes.

La dame, la cinquantaine est une transplantée hépatique sous corticothérapie depuis 3 mois environ. Elle a une insuffisance rénale avec une créatininémie autour de 220 (je n’ai pas calculé la clairance, honte à moi, mais étant donné son gabarit de moineau, j’ai pris en compte qu’elle devait être effondrée). Elle n’a aucun antécédent cardio-vasculaire familial ou personnel.

Sa  tension artérielle est à 180 de systolique depuis 1 mois, et c’est pour cela que l’équipe de greffeurs me l’envoie.

Ah oui, c’est une ch’ti, une vraie (parents anciens mineurs ou ouvriers dans le textile)!

A l’examen, je retrouve en effet une TA à 180/90. J’étais entrain de jeter un coup d’œil rapide aux artères rénales, lorsque je m’arrête aussi sec, car en même temps que je fais l’examen, mon interrogatoire est arrivé à l’épineuse question de la diététique.

Et là, la patiente m’en raconte des vertes et des pas mures. En fait, rien de bien exceptionnel, mais elle suit à la lettre le régime ch’ti qui est beaucoup moins bon que le méditerranéen pour la santé.

Elle sale larga manu de principe, sans goûter aux aliments, se gave de beurre salé et de fromage (j’ai failli lui demander si c’était du Maroilles).

Et personne ne vous a dit qu’il fallait suivre un régime sans sel sous corticoïdes?

Ben non! C’est pour ça que mes chevilles gonflent?

Ben oui!

Je lui remis toute la doc que j’avais sur le sujet (merci la FFC) tout en donnant quelques conseils de base pour que cette femme de sel ne se retourne pas sur son passé culinaire.

J’ai quand même débuté un petit traitement par lasilix pour lui faire éliminer son sel (j’étais parti sur de l’esidrex, mais étant donné la créat…).

L’ENC

J’ai trouvé un petit texte très sympa sur le blog de notre cesslasanguine nationale. Il s’agit d’un éditorial de « Médecine et Maladies Infectieuses » décrivant les impressions de 6 PU-PH sur la correction de l’ENC 2008 à laquelle ils ont participé.

J’en ai retiré une impression de malaise, uniquement dissipée lorsque je me suis souvenu que j’étais déjà passé par cet obstacle (même si j’en rêve encore au moins une fois par mois). Ce n’est pas tellement que j’en garde un souvenir si terrible, mais les conditions de correction, et la façon même de corriger m’ont laissé un arrière goût un peu désagréable.

Je suis étonné par le caractère tordu des énoncés: une infection urinaire haute chez un nourrisson, d’accord, mais pourquoi une mère manipulatrice en médecine nucléaire?

Pour ceux qui veulent réviser, la question est disponible ici; le dossier est .

Bon, d’accord, c’est pour sélectionner, mais de l’aveu même des correcteurs, ce dossier n’y est pas arrivé: « D’ailleurs notre question no 6, comble de la détresse, est apparue peu sélective avec en moyenne 57 points sur 100, ±11,90 pour notre groupe et une belle distribution normale.« 

Pour le prochain dossier, je propose une endocardite infectieuse aiguë avec un embole rénal chez un patient non francophone revenant d’un voyage récent dans son pays situé en zone d’endémie palustre. On verra si la distribution est toujours autant « normale ».

Les énormités relevées ne m’ont toutefois pas trop impressionné, je pense que l’on pourrait en trouver d’aussi belles dans pas mal de copies chaque année depuis que l’internat, puis l’ECN existent.

Ensuite les conditions de correction me semblent assez peu propices à une correction réfléchie. Mais comme le soulignent les auteurs, où se situe la réflexion dans cette histoire?

Je m’étonne aussi du fossé qui semble exister entre le rédacteur du dossier et les correcteurs.

Gavage des oies, dossiers cliniques tordus, tyrannie des mots-clés, correction découplée de l’élaboration des dossiers, le constat de nos PU-PH est sévère.

Sévère et inquiétant: La formation médicale a toujours privilégié l’acquisition des connaissances à la réflexion, mais aujourd’hui la méthode de sélection finale modifie profondément la manière dont sont retranscrites ces connaissances ; l’étalage du savoir remplaçant la hiérarchisation de l’information. Il serait bon de s’interroger sur les conséquences à long terme de ce formatage de la pensée – et de l’exercice – de nos futurs confrères/collègues.