Le rêve récurrent

J’arrive dans la salle d’examen en sueurs, après avoir longtemps cherché le bon bâtiment, la bonne porte puis mon numéro de table. Je n’ai pas révisé une bonne partie du programme, mais ce n’est pas tant cela qui m’inquiète. Est-ce que, presque comme à chaque fois, l’énoncé sera en allemand? Ou est-ce qu’il y aura des maths? Miracle, non, ce sont des QCM de médecine en français auxquels je réponds un peu au hasard (Je culpabilise car j’aurais peut-être dû bosser au lieu de… quoi? Je ne sais même plus). Après les QCM, enfin les dossiers! Et ils sont en allemand! Réveil angoissé.

J’ai passé mon internat il y a 19 ans (!!!) et je rêve encore plusieurs fois par mois que je le repasse et le loupe. Mon alambic onirique me distille à chaque fois frustration, angoisse, et culpabilité à 90% vol.

Le temps passe et érode les souvenirs que je peux avoir de cette année de préparation d’internat. Mais je me souviens encore du moment exact où j’ai décidé de m’y mettre (au bord d’une piscine, l’été d’avant), que je chronométrais mes pauses, que je vivais la nuit, que peu de jours avant l’épreuve mes paupières avaient bien trémulé 10 minutes après le bol de café de trop, que j’ai failli me tuer sous une pluie torrentielle en descendant l’A7 pour passer les épreuves de la zone sud. Ce fut aussi l’année de la disparition de mon père, peu avant les épreuves.

lettreinternatJe me souviens encore du film qui passait à la TV la veille de l’épreuve à Montpellier: « L’année Juliette » avec Lucchini en anesthésiste. Je m’étais alors dit qu’il en avait de la chance, lui, d’avoir eu son internat… Je me souviens aussi bien sûr de Samira.

Je me souviens de tout cela, sans pour autant l’associer à un chemin de croix traumatisant. Enfin, mon travail fait mon bonheur, alors pourquoi Canal-Rêves rediffuse sans cesse depuis 19 ans cette épreuve, dans tous les sens du terme?

PIG.

Point d’Interrogation Général.

iDoigts, le compteur de doigts connecté

Une petite biotech française, iDoigts, a développé en partenariat avec l’université de la Treille, et son unité Inserm U13011 une technologie disruptive qui va révolutionner la santé, iDoigts, le compteur de doigts en temps réel.

Journaliste émerveillé: Je suis ce matin avec Helmut Kruger, le CEO de la biotech iDoigts, installée sur le campus incubateur de jeunes pousses de La Treille. Racontez-nous comment vous est venue cette idée révolutionnaire et e-disruptive?

HK: Tout simplement en regardant ma fille de 3 ans compter sur ses doigts! Je me suis dit qu’un capteur biométrique connecté avec un cloud pourrait automatiser cette tâche répétitive.

Journaliste émerveillé: Quelle histoire inspirante! Et cette technologie innovante et überisante! Comment cela marche-t’il?

HK: il s’agit d’un capteur de la taille d’un carambar que l’on implante en sous cutané au niveau du dos de chaque main. Ce capteur compte le nombre de doigts toutes les 30 secondes par impédancemétrie en temps réel et transmet ces données biométriques à un proxi via une connection NFC à 13.56 MHz en ISO/IEC 18000-3. Le proxi transmet les données en 3G ou Wi-Fi à un cloud sécurisé. L’information peut alors être délivrée à un serveur hospitalier ou une application iPhone/Androïd au médecin, encore une fois en temps réel. Par ailleurs, en cas de rupture du réseau, l’appareil est doté d’une mémoire  

Journaliste émerveillé: je suis vraiment émerveillé par les capacités d’innovation de la French tech! Vous voulez dire qu’un médecin pourra suivre en temps réel le nombre de doigts de ses patients, même en congés à l’autre bout du monde?

HK: Bien sûr, il pourra alors prendre toutes les mesures appropriées, en urgence. Nous allons ainsi résoudre le problème de l’accès aux soins, dont je suis passionné depuis toujours, en permettant un décompte de doigts, même dans des déserts médicaux!

Journaliste émerveillé: Incroyable, j’imagine un nombre incalculable d’applications!

HK: Nous n’arrivons même pas à toutes les lister! En pédiatrie, bien sûr, mais aussi en médecine du travail où nous pourrons surveiller en temps réel le nombre de doigts des salariés travaillant avec des machines tranchantes. Et bien sûr en neurologie et en ophtalmologie où nous pourrons faire gagner un temps considérable aux praticiens qui n’auront plus à demander sans cesse aux patients combien ils voient de doigts. Nous pensons aussi au Big Data! Lorsque notre technologie sera diffusée, nous pourrons recueillir en temps réel, j’insiste bien sur cela, des données sur le nombre de doigts de centaines de milliers de personnes. Nous pourrions ainsi bâtir des modèles prédictifs sur l’évolution du nombre de doigts au cours de l’évolution humaine avec un grand E!!

Journaliste émerveillé: On peut imaginer que cette merveille de technologie digitale, Huf huf huf, pardonnez-moi le jeu de mot, pourrait permettre la mesure d’autres données biométriques?

HK: Bien sûr, nous travaillons sur un capteur de température qui pourrait transmettre en temps réel au médecin la température intra-nasale droite et gauche, voire rectale pour encore plus de précision.

Journaliste émerveillé: Nous pouvons vraiment parler de technologie disruptive de la e-santé, même si ce terme est un peu galvaudé?

HK: Tout à fait, nous sommes en plein dans le quantified self connecté disruptif en Open Data.

Journaliste émerveillé: Merveilleux, pourra-t-on un jour payer du bout du doigt?

HK: Ce n’est pas prévu, mais oui.

Journaliste émerveillé: Merci Monsieur Kruger, pensez-vous au Nobel de Médecine en vous rasant le matin?

HK: Huhuhu, à 23 ans, je suis un peu jeune quand même, mais dans quelques années, pourquoi pas.

Journaliste émerveillé: Innovant, disruptif, mais les pieds sur terre, j’adore, vous êtes un digne représentant de la French tech! Merci et à bientôt!

(Presque fiction inspirée d’ici)

#Innovation #eSante #BigData #OpenData #hcsmeufr #hcsmeu #mSante #DigitalHealth #Biotech #DonnéesBiométriques #santéconnectée #FrenchTech #DisruptiveTechnology #QuantifiedSelf #uberisationdelatempérature #thermomètre

Une invention incroyable: la gélule connectée pour prendre la température corporelle

Je suis tombé hier sur un reportage proprement stupéfiant de BFM Business.

Les biotechs françaises sont encore à l’honneur et montrent une capacité d’innovation et une (im)puissance (beau lapsus du journaliste) tout à fait remarquables.

Une biotech a passé un cap historique dans le monde de la santé après avoir mis au point une gélule, dont les dimensions exactes sont de quelques millimètres, qui permet de prendre la température interne et d’émettre cette information dans un rayon de 1 mètre. Cette info pourra être transmise à l’avenir sur les serveurs de l’hôpital, dans les services d’urgence et sur le téléphone portable des médecins, en temps réel. Cette gélule est capable non seulement de transmettre la température en temps réel, mais elle peut aussi la stocker dans sa mémoire interne.

Ce sont des données de santé, les applications peuvent donc être colossales: en post-opératoire, chez les sportifs, chez les patients à domicile, par exemple en post chimiothérapie. Ce capteur qui ne prend que la température peut en effet recueillir énormément d’informations biométriques et stocker votre numéro de carte bleue (même si elle n’est pas faite pour cela).

Quelqu’un peut leur dire que les thermomètres (et les sondes thermiques en réanimation) existent depuis longtemps, et que tout le monde, y compris à la maison est capable de s’en servir?

Nous sommes encore devant l’effet cannabique typique, mais ici particulièrement impressionnant, que les mots « santé connectée », « données biométriques » et « biotech » provoquent chez les non-médecins.

#Innovation #eSante #BigData #OpenData #hcsmeufr #hcsmeu #mSante #DigitalHealth #Biotech #DonnéesBiométriques #santéconnectée #FrenchTech #DisruptiveTechnology #QuantifiedSelf #uberisationdelatempérature #thermomètre

Grange Blanche ne sera plus certifié HON

Mon blog est certifié depuis 2007 par l’organisme HON à qui la HAS avait donné la mission d’auditer les sites de santé français qui en faisaient la demande.

Puis en 2013 la HAS a estimé dans ce document (page 33) que la certification HON ne répondait pas à ses attentes:

Depuis 2007, la fondation HON (Health On the Net) assurait pour le compte de la HAS la mission de certification des sites internet dédiés à la santé français mais le bilan de cette certification s’est avéré contrasté : la certification HON/HAS est utile pour les éditeurs de site Internet, mais elle apparaît comme peu utile pour les internautes.

Fort de ce constat, la HAS n’a pas souhaité reconduire ce partenariat. HON voit les choses un peu différemment, mais comme tout le monde le sait, dans un divorce, il y a rarement une seule version:

Veuillez comprendre que notre approche a été mise place car, en raison de l’instabilité économique récente sur le plan mondial, nos sponsors gouvernementaux nous ont encouragés à développer notre indépendance financière. Afin de faire perdurer le vaste réseau HONcode pour une information fiable dans le domaine de la santé accessible à tous, nous avons décidé de solliciter votre participation financière lors de la réévaluation de votre site.

(Extrait d’un échange de mail avec HON)

La HAS a-t-elle viré HON car elle était trop dispendieuse ou pas aussi bien qu’elle l’avait imaginée? Hors de l’alcôve personne ne le saura jamais.

Cela n’a pas tellement d’importance, mais ce divorce a eu pour conséquence de rendre la certification HON payante.

La cotisation annuelle est établie selon le barème suivant:

Capture d'écran 2016-03-20 16.21.20(source)

Pour Grange Blanche, cela faisait 50€ par an. Pour un site non commercial, tenu par plaisir, et pour un intérêt très relatif dont je vais discuter plus loin, j’ai trouvé cela un peu raide. Après un premier mail de ma part signifiant que je ne souhaitais plus être certifié, HON m’a proposé une reconduction gratuite de la certification si j’arborais sur Grange Blanche une bannière destinée à promouvoir HON. Par principe, et pour garder une indépendance la plus totale possible, je refuse les bannière publicitaires (je paye bien assez cher WordPress pour éviter cette plaie), j’ai donc décliné.

Je ne pense pas que cet arrêt de certification change quoique ce soit. Sur notre territoire, même au cours de sa période d’exposition optimale, le label HON restait en effet assez confidentiel. D’après un sondage CNOM/IPSOS en 2010,  3 ans après le début de son partenariat avec la HAS, 71% des internautes ne reconnaissaient pas un site certifié HON d’un site non certifié:

Capture d'écran 2016-03-20 16.34.29Entre hier et aujourd’hui, je me suis amusé à faire un tout petit sondage parmi les lecteurs de mon blog (je n’ai pas participé).

J’ai posé 3 questions simples sur le HONcode.

Q1. Connaissez-vous la certification HON des sites de santé?

  • 88 réponses, 65 oui (74%), 23 non(26%).

Q2. Savez-vous comment reconnaître un site certifié HON?

  • 89 réponses, 61 oui (69%) et 28 non (31 %).

Q3. Avez-vous plus confiance en un site certifié HON?

  • 88 réponses, 19 oui (22%), 67 non (78%)

La dernière réponse est assez surprenante mais reflète assez bien le sentiment général du groupe d’internautes que je fréquente (je reste très modeste dans la représentativité de mon échantillon): certains sites certifiés par HON ne sont pas dignes de confiance car HON n’est pas en mesure (et personne ne lui reprochera cela) de vérifier l’honnêteté des contenus.

Le critère 5 pourrait correspondre à cette quête d’honnêteté, mais vous savez tout comme moi qu’il est simplissime de choisir les « bonnes » études, et les « bons » critères pour démontrer tout et son contraire. Sur la foi de BEAUTIFUL, et d’une dizaine d’études post-hoc bien choisies, je pourrais vous écrire une note dithyrambique sur l’efficacité de l’ivabradine chez les patients porteurs d’une cardiopathie ischémique. Et l’équipe de HON n’y verrait que du feu, malgré toute sa bonne volonté.

Il faut néanmoins se garder d’enterrer HON.

En effet, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, HON m’a aidé à améliorer la forme de Grange Blanche, à rendre mon blog plus lisible, plus carré, plus net. Si cette certification paraît peu utile, pour reprendre les termes de la HAS, pour l’internaute, elle reste intéressante pour les éditeurs de sites désireux de s’améliorer.

A ce jour, il n’existe donc aucun label pouvant garantir la qualité et la véracité d’un site internet en santé. HON a posé sa petite pierre en codifiant un début d’analyse critique, c’est très bien, mais l’essentiel reste à faire pour l’internaute en quête d’informations médicales.

Dernière remarque importante, HON privilégie l’autorité des rédacteurs d’un site:

Tout avis médical fourni sur le site sera donné uniquement par du personnel spécialisé (diplômé) du domaine médical et des professionnels qualifiés, à moins qu’une déclaration explicite ne précise que certains avis proviennent de personnes ou d’organisations non médicales.

Quid des sites de santé tenus par des patients? Ils sont donc implicitement suspects? Les soignants ne sont pas les seuls détenteurs de connaissances pertinentes sur la santé, loin de là.

C’est donc sans aucun regret que j’ai certifié ce blog durant 9 ans, et sans regret non plus que j’abandonne cette certification.