Aucun des deux.

Les passions se déchaînent outre-Atlantique entre les partisans et les adversaires de la réforme du système de santé proposé par Obama. Il suffit de parcourir Le Monde (et ici),  le NYT voire même le NEJM pour se rendre compte de la violence de leur affrontement.

On dénombre une victime collatérale totalement inattendue, le NHS, le système de santé britannique, que les adversaires de la réforme clouent au pilori à Washington.

Évidemment, nos amis britannique sont montés au créneau pour défendre leur institution.

On attendait pas moins d’eux.

La question qui anime donc maintenant les débats transatlantiques est de savoir qui a le meilleur système de santé, les britanniques ou les américains?

Le London Times apporte une réponse surprenante: « Neither of the Above« .

Le meilleur, c’est notre bonne vieille Sécurité Sociale.

Pourvu que ça dure, aurait dit Maria Letizia Bonaparte…

Nouveau, oui, mais meilleur?

Le NEJM a publié ce mercredi un petit article général mais qui résume bien la situation sur l’information donnée par la FDA sur l’efficacité des nouvelles molécules par rapport aux anciennes.

En fait, la situation peut être résumée en une phrase: il n’y en a pas, sauf en cas de demande urgente d’AMM pour les maladies graves.

La FDA demande deux choses: qu’une nouvelle molécule soit non nocive, et qu’elle soit plus efficace qu’un placebo.

Cela peut paraître le minimum, mais à mon avis, on en est loin.

« Despite the potential usefulness of labeling information for controlling the unnecessary growth of expenditures, the FDA does not require the inclusion of statements regarding a product’s comparative effectiveness. As a result, drug labels may create confusion, as manufacturers strive to insulate their products from price competition through differentiation that is unrelated to health outcomes. »

Ainsi, les auteurs de l’article proposent d’apposer sur la boite un message indiquant si le nouveau médicament est plus efficace que ses prédécesseurs bien moins chers dans l’immense majorité des cas.

« Marketing aimed at consumers and physicians creates brand-name awareness and facilitates product selection that is not based on outcomes. »

Ils soulignent les difficultés de mise en place de cette idée, mais aussi des bénéfices considérables, en terme de santé et en terme financier qu’une telle mesure pourrait induire.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

L’article est disponible gratuitement, profitez-en!

Randall S. Stafford, M.D., Ph.D., Todd H. Wagner, Ph.D., and Philip W. Lavori, Ph.D. New, but Not Improved? Incorporating Comparative-Effectiveness Information into FDA Labeling.
NEJM. DOI: 10.1056/NEJMp0906490. August 12, 2009

Chef oui Chef!

Un article du NYT m’a beaucoup fait rire, car, comme souvent dans ce fabuleux journal, l’exposition des faits se teinte d’une pointe d’humour et d’ironie.

L’armée américaine a mis à la disposition de ses soldats et gradés un wiki permettant d’améliorer une partie de ses nombreux manuels de procédures.

Tout un chacun peut ainsi « éditer » une procédure qui ne lui semble pas optimale.

Le processus n’est pas anonyme, mais l’édition apparait immédiatement en ligne. Une équipe de modérateurs contrôle les modifications.

Sagesse des foules, travail collaboratif entre pairs…

Ce changement radical de doctrine  dans une institution où réfléchir, c’est déjà désobéir ne s’est pas fait sans quelques réticences, notamment de la part des simples soldats.

Mais on leur a ordonné de se mettre sérieusement au wiki.

“One of the great advantages we have is that we are a disciplined force,” he said. “We are hierarchical. When the boss says ‘do this,’ it tends to get done. Even those who don’t like to write will add something.”

Une encyclopédie libre, on vous dit!

(Les trois autres vidéos de la série sont ici, ici, et ici. Ici, vous trouverez quelques répliques mythiques de ce film qui ne l’est pas moins)

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Care to Write Army Doctrine? With ID, Log On. By Noam Cohen. The New York Times. Published: August 14, 2009


Mot nouveau.

En faisant un doppler au CHU à un ancien agrégé de médecine interne âgé de 83 ans, j’ai appris un nouveau mot: le décanat.

« Et, qui brigue le décanat? »

C’est quand même plus classe que « C’est qui le prochain Doyen? ».

Cette question m’a permis en outre de constater une fois de plus que, même à la retraite, même sur son lit de mort, la seule chose qui a de l’importance pour un agrégé de médecine est de savoir qui sera le prochain doyen.

Peut-être pour savoir si il est lui-même sur la liste des pressentis.

Il m’a aussi fait part de la recommandation de son patron lorsqu’il était jeune agrégé (ou aspirant à l’agrégation, je ne sais plus): « Ne te lève jamais de ta chaise, quelqu’un te prendrait immédiatement la place ».

Recommandation vraie dans tous ses sens, j’ai pu m’en rendre compte au fil du temps.

Évidemment, cette rencontre tout à fait agréable m’a aussi permis de m’interroger une fois de plus sur la paupérisation linguistique mais aussi culturelle des médecins au fil du temps.

Plus de science, moins d’humanisme est une tendance qui me semble inéluctable, et en partie regrettable.

Je ne veux pas faire mon Caton, et je ne regrette absolument pas la rationalisation de la pensée médicale de l’Evidence-Based Medicine, mais est-ce que connaître le théorème de Bayes ou les principes et les pièges de la non-infériorité signifie nécessairement la mort du fond d’humanisme qui a toujours été indissociable de la médecine depuis la nuit des temps?

En réfléchissant, peut-être s’agit-il tout simplement d’un glissement de culture, mais je crains plutôt un effacement. A la Renaissance, on ne pouvait envisager qu’un médecin ne parle pas latin et ne connaisse pas ses classiques. Au XIXème, le grand Trousseau était professeur de lettres classiques avant d’être médecin. Au fil du temps, il me semble que le fond documentaire « classique » du médecin a été remplacé par une culture de plus en plus récente, voire simultanée.

Thierry Henry sera forfait contre les Féroé, mais Domenech est raisonnablement confiant car un match n’est jamais perdu ou gagné avant le coup de sifflet initial.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Sur cette belle pensée, je l’ai « dopplerisé » de haut en bas, sans l’examiner, comme tout bon cardiologue moderne qui se respecte.