Pétition

En général, je ne suis pas très pétition (ça ne sert à rien), ne fais presque jamais une chose que l’on m’a sollicité de faire (par principe) et fais encore moins de prosélytisme (chacun a sa propre vérité)

Donc aujourd’hui, je vais faire une triple exception notable.

Agnès Pelladeau, la présidente de l’association AVK Control m’a contacté afin de m’informer de l’existence de cette pétition dont le but est d’obtenir le remboursement chez l’adulte des autocontrôles d’INR chez les patients sous AVK.

Je ne vais pas paraphraser les arguments en faveur de cette mesure, je vous laisse le soin de parcourir son excellent site.

Si je peux rajouter mon avis à 2 centimes d’euro, je pense que dans la mesure du possible, il faut responsabiliser les patients pour ce qui concerne leurs maladies et leurs traitements.

Tout le monde n’est pas capable de le faire, très loin de là, j’en ai parfaitement conscience et je l’expérimente tous les jours. Mais pour ceux qui ont les capacités de le faire, et qui souhaitent réellement devenir acteur dans la prise en charge de leur maladie, je pense que cela ne peut être qu’un progrès.

Un patient averti survit à deux.

Gyokuon-hōsō

J’adore la section « le saviez-vous » de Wikipédia, qui comble dans l’immense majorité des cas une lacune dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

L’article « Gyokuon-hōsō » m’a fait découvrir le magnifique texte de l’allocution de Hirohito annonçant à son peuple la capitulation du Japon le 15 août 1945. Je connaissais l’existence de ce texte, et aussi le fait que presque personne ne l’avait compris puisque Hirohito s’exprimait dans un japonais de cour archaïque.

Mais je n’avais jamais lu le texte en lui même.

Avec mon esprit occidental, et 64 ans après, c’est à dire avec beaucoup de réserves, je trouve que la forme de cette déclaration de capitulation parsemée d’images poétiques est magnifique.

Je trouve donc d’autant plus impressionnant le contraste avec les horreurs engendrée par la politique d’expansionnisme nippon durant les cinquante premières années du XXème siècle.

Les hommes sont vraiment fous.


« À Nos bons et loyaux sujets,

Après avoir murement réfléchi aux tendances générales prévalant dans le monde et aux conditions existant aujourd’hui dans Notre Empire, Nous avons décidé de régler la situation actuelle par mesure d’exception.

Nous avons ordonné à Notre Gouvernement de faire savoir aux Gouvernements des États-Unis, de Grande-Bretagne, de Chine et d’Union soviétique que Notre Empire accepte les termes de leur Déclaration commune.

Nous efforcer d’établir la prospérité et le bonheur de toutes les nations, ainsi que la sécurité et le bien-être de Nos sujets, telle est l’obligation solennelle qui Nous a été transmise par Nos Ancêtres Impériaux et que Nous portons dans Notre Cœur. C’est d’ailleurs en raison de Notre sincère désir d’assurer la sauvegarde du Japon et la stabilisation du Sud-Est asiatique que Nous avons déclaré la guerre à l’Amérique et à la Grande-Bretagne, car la pensée d’empiéter sur la souveraineté d’autres nations ou de chercher à agrandir notre territoire était bien loin de Nous. Mais voici désormais près de quatre années que la guerre se prolonge. Bien que tout le monde ait fait de son mieux – en dépit des vaillants combats livrés par Nos forces militaires et navales, de la diligence et de l’assiduité de Nos serviteurs et dévouement de Nos cent millions de sujets – la guerre a évolué, mais pas nécessairement à l’avantage du Japon, tandis que les tendances générales prévalant dans le monde se sont toutes retournées contre ses intérêts. En outre, l’ennemi a mis en œuvre une bombe nouvelle d’une extrême cruauté, dont la capacité de destruction est incalculable et décime bien des vies innocentes. Si Nous continuions à nous battre, cela entrainerait non seulement l’effondrement et l’anéantissement de la nation japonaise, mais encore l’extinction totale de la civilisation humaine. Cela étant, comment pouvons-Nous sauver les multitudes de Nos sujets ? Comment expier Nous-mêmes devant les esprits de Nos Ancêtres Impériaux ? C’est la raison pour laquelle Nous avons ordonné d’accepter les termes de la Déclaration commune des Puissances.

Nous ne pouvons qu’exprimer le sentiment de notre plus profond regret à Nos Alliés du Sud-Est asiatique qui ont sans faillir coopéré avec Notre Empire pour obtenir l’émancipation des contrées asiatiques. La pensée des officiers et des soldats, ainsi que tous les autres, tombés au champ d’honneur, de ceux qui sont morts à leur poste, de ceux qui ont trépassé avant l’heure et de toutes leurs familles endeuillées Nous serre le cœur nuit et jour. Le bien-être des blessés et des victimes de la guerre, et de tous ceux qui ont perdu leur foyer et leurs moyens d’existence, est l’objet de Notre plus vive sollicitude. Les maux et les souffrances auxquels Notre nation sera soumise à l’avenir vont certainement être immenses. Nous sommes pleinement conscient des sentiments les plus intimes de vous tous, Nos sujets.

Cependant, c’est en conformité avec les décrets du temps et du sort que Nous avons résolu d’ouvrir la voie à une ère de paix grandiose pour toutes les générations à venir en endurant ce qu’on ne saurait endurer et en supportant l’insupportable. Ayant pu sauvegarder et maintenir la structure de l’État impérial, Nous sommes toujours avec vous, Nos bons et loyaux sujets, Nous fiant à votre sincérité et à votre intégrité. Gardez-vous très rigoureusement de tout éclat d’émotion susceptible d’engendrer d’inutiles complications ; de toute querelle et lutte fratricides qui pourraient créer des désordres, vous entrainer hors du droit chemin et vous faire perdre la confiance du monde. Que la nation entière se perpétue comme une seule famille, de génération en génération, toujours ferme dans sa foi en l’impérissabilité de son sol divin, gardant toujours présents à l’esprit le lourd fardeau de ses responsabilités et la pensée du long chemin qu’il lui reste à parcourir. Utilisez vos forces pour les consacrer à bâtir l’avenir. Cultivez les chemins de la droiture ; nourrissez la noblesse d’esprit ; et travaillez avec résolution, de façon à pouvoir rehausser la gloire inhérente de l’État impérial et vous maintenir à la pointe du progrès dans le monde. »

Les jours heureux.

Dans la fraîcheur de ce matin, à l’ombre de la maison, nous avons ramassé 16 kg de quetsches suintantes de sucre avec les petits.

J’en ai même remercié l’arbre en le caressant.

Sur la route, une ambulance et un camion de pompiers foncèrent toutes sirènes hurlantes.

Ce n’était pas pour nous.

Un peu plus tard, le fumet d’une côte de bœuf s’est élevé vers l’azur implacable, sans convives divins pour en jouir.

Carpe Diem.

Ghostwriting…

J’en ai déjà parlé au moins une demi-douzaine de fois, mais la prise de conscience de ce phénomène s’étend aux États-Unis.

En ce moment, après Merck, ce sont les laboratoires GSK et surtout Wyeth qui sont sur la sellette aux États-Unis.

Le NYT a publié deux articles récents (cf infra), et le Health Blog du Wall Street Journal m’a fait connaître le bel acronyme de ce qu’était le programme « maison » de GSK: CASPER!

Les articles du NYT décrivent très bien le mécanisme du ghostwriting, notamment grâce à des copies de documents obtenus au cours de procès en cours.

Un laboratoire pharmaceutique « commande » à une officine spécialisée un article, par exemple une revue de la littérature, voire carrément un article scientifique.

L’officine rédige un brouillon et le soumet à l’approbation du laboratoire.

Une fois approuvé, l’article est soumis à un auteur, si possible prestigieux, afin qu’il y appose sa signature.

L’article signé est proposé à une revue, là aussi si possible prestigieuse.

La revue publie l’article, probablement rassurée, voire attirée par sa signature.

Ensuite, le service commercial a beau jeu d’inonder les médecins de fac-similés d’articles ventant les bienfaits de la molécule en question.

Dans cette histoire, le plus délicat est de savoir ce que fait exactement le signataire de l’article. Se contente-t-il de signer, ou participe-t-il vraiment à son élaboration? En général, et c’est le cas dans l’article du NYT, les auteurs se défendent en disant que leur apport à l’élaboration du texte s’est fait au cours de réunions, par exemple téléphoniques, et donc que leur travail n’est pas « visible » sur les documents internes des différents intervenants.

Mais il est très facile de comparer le brouillon écrit par l’officine et le papier final publié pour se faire une idée de qui a réellement fait quoi.

Les auteurs du  Health Blog précisent que l’industrie pharmaceutique a publié de nouvelles recommandations qui bannissent de tels agissements.

J’espère que ce ne sont pas des vœux pieux.

Malgré la litanie de scandales que j’égrène dans ces lignes depuis un peu plus de quatre ans et demi, je m’étonne encore une fois de plus du fossé qui sépare la réalité, de l’image profondément humaniste que l’industrie se façonne auprès des patients et des médecins.

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Medical Papers by Ghostwriters Pushed Therapy. By Natasha Singer. The New York Times. Published: August 5, 2009

Senator Moves to Block Medical Ghostwriting. By Natasha Singer.The New York Times. Published: August 19, 2009