Prescrire du mois

Pas mal du tout le numéro d’avril, comme souvent, en fait.

Et pourtant, en tant que spécialiste, finalement peu de sujets sont susceptibles de m’intéresser.

D’un autre côté, Prescrire reste une des seules fenêtres qui me permettent encore de penser que je suis médecin, et pas seulement cardiologue.

Prescrire parle d’abord de « rumeurs » concernant les génériques, et notamment le clopidogrel. J’en ai entendu parler, et un lecteur m’a envoyé un article de janvier dernier les colportant en les prenant pour argent comptant. Pourtant cet article était signé de deux sommités françaises. L’article ne comportait pas leur déclaration de conflits d’intérêts (c’est illégal, je vous le rappelle), mais une recherche rapide m’a permis rapidement de trouver ailleurs des déclarations longues comme un jour sans pain.

En fait, ces « rumeurs » ont souvent une source principale, elles sont glissées entre deux portes en fin de visite médicale. Le « entre deux portes », voilà encore un vecteur important de communication de la visite médicale que la certification de la HAS n’a pas exploré

J’en reparlerai probablement, car je prépare une note sur les génériques, leurs AMM, et notamment la notion de bioéquivalence (ces notions trottent dans mon esprit depuis quelques temps déjà).

Autre petit article toujours délectable dans Prescrire, les « interdictions de publicités ». Le compte-rendu de la réunion du  2 septembre 2009 de la commission de l’Afssaps chargée de leur régulation est ici.

Comme toujours, la lecture des 22 pages du rapport vaut le coup et donne un éclairage évidemment biaisé de la visite médicale puisque tous les supports présentés comportent des allégations suspectes voire carrément mensongères. Mais cela reflète néanmoins une « certaine idée de la visite médicale » qui a encore cours tous les jours en France (contrairement à ce que clame le LEEM).

Encore une fois, la meilleure visite médicale est celle qui est déclinée poliment.

Ce rapport de l’Afssaps est aussi intéressant pour jeter un œil sur la gestion des conflits d’intérêts à l’agence. Un membre connu de la blogosphère médicale (un homonyme?) qui a des conflits d’intérêts (familiaux) avec un dossier en cours est sorti de la salle avant la discussion et le vote:

« M. XXX, ne pouvant prendre part aux délibérations, ni au vote, en raison d’un conflit d’intérêt important (proche parent salarié dans l’entreprise) a quitté la séance pendant la procédure d’évaluation de ce dossier. Aucune situation de conflit d’intérêt important susceptible de faire obstacle à la participation des autres membres de la commission à la délibération n’a été identifiée ni déclarée sur ce dossier.« 

Après, bien sûr, ceux qui lavent toujours plus blanc pourront toujours arguer que… et que…

L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Mais en pratique, cela se passe comme ça, et la collégialité des décisions est aussi un bon garde-fou pour éviter qu’elles soient « orientées ».

Et non, il n’y a pas non plus de prostituées russes avec le nom d’un labo marqué sur leur string qui assistent aux réunions sous les tables.

Grissom ? Non, Lacassagne!

Vous êtes fan des « Experts« , et vous regrettez le départ de Grissom.

Je vais vous faire rêver.

A Lyon, vivait un médecin qui avait un Grissom dans chaque doigt, ceux des pieds compris.

Il s’appelait Lacassagne, André Lacassagne (oui, celui de l’avenue avec la ligne 28)

Il a fondé la médecine légale en France.

Bon, vous ne trouverez pas ses exploits sur TF1, mais sur ce site qui permet de consulter et de télécharger 29 ans de publication des « Archives d’Anthropologie Criminelle ».

Et c’est pas piqué des vers (vers qu’affectionnaient le bon Pr Lacassagne).

Bon, je n’ai pas tout lu, mais je suis tombé sur deux enquêtes très intéressantes.

La première, page 5 du numéro de 1905: « Rapport sur un cas d’empoisonnement par le chlorhydrate de cocaïne.« 

Ou comment un pauvre type s’est fait une hydrocèle en tombant des escaliers (ça a dû faire très mal) puis est mort d’une overdose de cocaïne utilisée par le médecin qui avait entrepris de la lui ponctionner (l’hydrocèle, pas la cocaïne), à visée anesthésique et même pas récréative.

La seconde, page 356 du numéro de 1888: « Blessure du cœur. – Ouverture du ventricule droit par coup de couteau. – La victime parcourt en galopant un espace de 80 mètres. – Le meurtrier est gaucher.« 

Je vous avais dit, un Grissom dans chaque doigt…

Certification HAS de la charte de la visite médicale

J’y ai fait une très brève allusion dans ma note du premier avril.

Prescrire consacre à cette certification un éditorial que vous pourrez lire librement ici.

Si vous vous en sentez le courage, le document de la HAS est .

Je l’ai survolé, et c’est vrai que j’ai souri en lisant quelques « tournures HAS », c’est à dire alambiquées mais néanmoins assez diplomates pour épargner le LEEM. Mais on sent que les experts en ont certainement vu des vertes et des pas mûres.

J’ai été assez étonné de la proportion de médecins qui ne reçoivent pas la visite: 20% des généralistes et 30% des spécialistes.

C’est plutôt encourageant.

Je n’ai jamais été aussi satisfait de la visite médicale depuis que je la refuse poliment depuis 2004 (avant, au CHU, c’était quasiment mission impossible).

Franchement, c’est une délivrance.

Dans les années 70-80, cette charte et cette certification auraient été révolutionnaires.

Mais en 2010…

Je vais toutefois me garder d’être narquois, l’effort est louable, et il faut savoir l’encourager.

Fin du voyage dans le temps médical

Les bonnes choses ont une fin.

Dernier extrait qui raconte les difficultés rencontrées par les confrères dans certains quartiers de Paris, à l’aube de la Grande Guerre.

Le récit est anonyme, vous comprendrez pourquoi en lisant le texte.

Ici, pas d’envols lyriques sur la souffrance, l’injustice de la mort ou la beauté de notre pratique, on est ancré dans le concret. Ce texte est un manuel pour les jeunes installés du début du siècle dernier.

Pour faciliter la navigation, j’ai créé un tag « histoire médicale » qui vous permettra aisément de retrouver l’ensemble des notes qui tournent autour du sujet.

(Pas dit que je ne fasse pas une note ou deux de plus lorsque je n’en aurai plus marre  (après une nuit de sommeil?!) de chercher des PDF centenaires sur la toile)