No Man is an Island

La Disparition

Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification. Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.

Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu’un glas, plus sourd qu’un tocsin, plus profond qu’un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait. Sur l’abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l’aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s’avançait, traînant un brin d’alfa. Il s’approcha, voulant l’aplatir d’un coup vif, mais l’animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu’il ait pu l’assaillir.

La Disparition-Georges Perec

JR6

JR au Louvre

In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes

Internet a permis à la prédiction de A. Warhol de se réaliser fractalement. J’ai trouvé deux histoires qui tournent pas mal en ce moment, et qui ont apporté la célébrité à leurs protagonistes.

La première est cette maman du Texas, prise d’un fou rire communicatif, lorsqu’elle déballe et joue avec un masque de Chewbacca. La vidéo a été vue 150 millions de fois et a fait l’objet d’un article du NYT. Le succès de cette vidéo tient à l’immense spontanéité du moment, sa bonne humeur communicative, l’absence totale d’artifices et aussi par l’emballement social et médiatique qui l’amplifie.

Facebook et Kohl’s se sont empressés d’accompagner le mouvement en déversant sur la famille une pluie de cadeaux pour cette dernière société. Là, on tombe dans le Disney, et c’est déjà un peu moins spontané…

Je trouve la seconde histoire plus intéressante car elle mêle deux sujets qui m’intéressent, l’art contemporain et… les lunettes. Deux copains visitent le SFMOMA. Ils s’interrogent alors sur la nature de l’art contemporain en découvrant certaines installations qui leurs paraissent moches, triviales, vides de sens, bref un aperçu de la majorité des pièces de la collection permanente du MAC. L’un d’eux place alors ses lunettes au sol…

https://twitter.com/TJCruda/status/734951316095533057

La blague n’est pas spontanée car j’ai cru comprendre qu’ils avaient apporté et collé au mur un petit bristol, mais la réaction du public est intéressante. Il faut porter des lunettes de vue pour comprendre toute la tragique fragilité contenue dans cette paire posée au sol. Là aussi, l’histoire a fait un beau buzz avec notamment deux articles dans le Guardian (ici et ici) et dans BuzzFeed. La plupart des articles sont ironiques: Ah, les cons, ils ont pris des lunettes au sol pour de l’art… Une installation devient une œuvre d’art lorsqu’elle nous fait réfléchir et nous réfléchit. On pense bien sûr au Ready Made de Duchamp. C’est finalement très individuel, et une œuvre devient un chef d’œuvre lorsque qu’elle fait réfléchir et réfléchit un grand nombre d’individualités. Ces lunettes m’évoquent la fragilité, sont un pied de nez à l’art contemporain, et valident la géniale prédiction de Warhol. Elles méritent à mon sens amplement leur place au SFMOMA.

En écrivant cette note, j’ai découvert une autre œuvre d’art, « Left out » de Maxwell Rushton, remarquable et dramatique celle-là, par l’absence de réaction de la plupart des gens. Une parfaite réflexion de/sur notre société:

(merci à Golem13 de me l’avoir faite découvrir)

Un mystère de moins…

Hier, premier avril, j’ai compris une chose totalement triviale, mais qui n’a cessé de m’intriguer depuis 7 ans. Enfin, j’exagère un peu, c’est quelque chose qui m’avait surpris il y a 7 ans, et que je viens de comprendre grâce à… Google.

Rembobinons la bande.

Il y a 7 ans, le 18 juin 2009 pour être exact, évènement considérable, un groupe français, Phoenix se produisait chez David Letterman:

A la fin de la prestation, Thomas Mars balance son micro à terre (à 3’26). Je me suis longtemps demandé ce que signifiait ce geste: signe de mécontentement, arrogance, fatigue…

Les années passent jusqu’à hier ou Google plante lamentablement un poisson d’avril nommé « Mic Drop ».

Et là, tout c’est éclairé…

Pour en savoir plus: Mic Drop-know your Meme.