HBPM et valves mécaniques

Cette question revient très fréquemment sur le tapis, et comme toujours, ma réponse fut sans nuance:

Puis j’ai réfléchi, et je suis allé voir les recommandations en vigueur.

Il en existe deux:

L’américaine est la moins directive sur l’utilisation des HBPM:

9.2.5. Bridging Therapy in Patients With Mechanical Valves Who Require Interruption of Warfarin Therapy for Noncardiac Surgery, Invasive Procedures, or Dental Care

Class I

1. In patients at low risk of thrombosis, defined as those with a bileaflet mechanical AVR with no risk factors,* it is recommended that warfarin be stopped 48 to 72 h before the procedure (so the INR falls to less than

1.5) and restarted within 24 h after the procedure. Heparin is usually unnecessary. (Level of Evidence: B)

2. In patients at high risk of thrombosis, defined as those with any mechanical MV replacement or a mechanical AVR with any risk factor, therapeutic doses of intravenous UFH should be started when the INR falls below 2.0 (typically 48 h before surgery), stopped 4 to 6 h before the procedure, restarted as early after surgery as bleeding stability allows, and continued until the INR is again therapeutic with warfarin therapy. (Level of Evidence: B)

Class IIa

It is reasonable to give fresh frozen plasma to patients with mechanical valves who require interruption of warfarin therapy for emergency noncardiac surgery, invasive procedures, or dental care. Fresh frozen plasma is preferable to high-dose vitamin K1. (Level of Evidence: B)

Class IIb

In patients at high risk of thrombosis (see above), therapeutic doses of subcutaneous UFH (15 000 U every 12 h) or LMWH (100 U per kg every 12 h) may be considered during the period of a subtherapeutic INR. (Level of Evidence: B)

Class III

In patients with mechanical valves who require interruption of warfarin therapy for noncardiac surgery, invasive procedures, or dental care, high-dose vitamin K1 should not be given routinely, because this may create a hypercoagulable condition. (Level of Evidence: B)

*Risk factors: atrial fibrillation, previous thromboembolism, LV dysfunction, hypercoagulable conditions, older-generation thrombogenic valves, mechanical tricuspid valves, or more than 1 mechanical valve.

[…]

LMWH is attractive because it is more easily used outside the hospital. One study of bridging therapy for interruption of warfarin included 215 patients with mechanical valves. In the total group of 650 patients, the risk of thromboembolism (including possible events) was 0.62%, with 95% confidence intervals of 0.17% to 1.57%. Major bleeding occurred in 0.95% (0.34% to 2.00%). However, concerns about the use of LMWH for mechanical valves persists, and package inserts continue to list a warning for this use of these medications.

En fait, elle ne recommande rien sur ce point précis. Le praticien qui prescrit des HBPM le fait à ses risques et périls.

L’européenne est nettement plus précise:

Interruption of anticoagulant therapy

Although most instances of short-term anticoagulation interruption do not lead to thrombo-embolism or valve thrombosis, the corollary is that most cases of valve thrombosis occur following a period of anticoagulation interruption for bleeding or another operative procedure.

Anticoagulation management during subsequent non-cardiac surgery therefore requires very careful management on the basis of risk assessment. Besides prosthesis- and patient-related prothrombotic factors (Table 17), surgery for malignant disease or an infective process carries a particular risk, due to the hypercoagulability associated with these conditions. For very high-risk patients, anticoagulation interruption should be avoided if at all possible. Many minor surgical procedures (including dental extraction) and those where bleeding is easily controlled do not require anticoagulation interruption. The INR should be lowered to a target of 2.0.(Recommendation class I, Level of evidence B).

For major surgical procedures, in which anticoagulant interruption is considered essential (INR ,1.5), patients should be admitted to hospital in advance and transferred to intravenous unfractionated heparin (Recommendation class IIa, Level of evidence C). Heparin is stopped 6 h before surgery and resumed 6–12 h after. Low molecular weight heparin (LMWH) can be given subcutaneously as an alternative preoperative preparation for surgery (Recommendation class IIb, Level of evidence C).

However, despite their wide use and the positive results of observational studies, the safety of LMWHs in this situation has not been widely established and their efficacy has not been proved by controlled studies, particularly in patients at high risk of valve thrombosis. When LMWHs are used, they should be administered twice a day, using therapeutic rather than prophylactic doses, adapted to body weight and if possible according to monitoring of anti-Xa activity. LMWHs are contraindicated in case of renal failure.

Despite the low level of evidence for both strategies, the committee favours the use of unfractionated intravenous heparin.

Donc les HBPM sont une alternative malgré l’absence d’argument d’essai contrôlé. Les auteurs recommandent néanmoins l’héparine non fractionnée.

Voilà voilà voilà…

Donc, les HBPM, c’est possible mais sans preuve scientifique bien nette.

Donc mea culpa, les recos en parlent et ne les excluent pas formellement.

Mais pour moi, étant donné la faiblesse des preuves scientifiques en faveur de leur utilisation, ça reste non.

Un peu hors sujet, mais intéressant quand même, les recommandations de l’ACCP de février 2012 parlent des HBPM chez les porteurs de valves mécaniques en post-opératoire immédiat de chirurgie cardiaque:

9.1 Early Postoperative Bridging to Intermediate/ Long-term Therapy (Postoperative Day 0 to 5)

9.1. In patients with mechanical heart valves, we suggest bridging with unfractionated heparin (UFH, prophylactic dose) or LMWH (prophylactic or therapeutic dose) over IV therapeutic UFH until stable on VKA therapy (Grade 2C)

Mais cette période reste très particulière et ne doit certainement pas être généralisée. La suite de cette note ici.

Apprendre l’auscultation cardiaque

Apprendre l’auscultation n’est pas chose simple.

En 1837, il fallait un stéthoscope et des cadavres: 

DE L’AUSCULTATION ARTIFICIELLE,OU ESSAI D’UNE MÉTHODE NOUVELLE POUR APPRENDRE L’AUSCULTATION.

Un ancien élève de l’École de Médecine de Lyon, M. le docteur Petrequin a présenté à l’Institut, le 23 janvier, un mémoire sur l’auscultation artificielle, dont nous allons donner une courte analyse.

Frappé des difficultés qu’il y a à apprendre seul l’auscultation, et des erreurs auxquelles on s’expose quand on s’adonne sans maître a cette étude, M. Petrequin a cherché un moyen facile pour montrer de suite les rapports qui existent entre les lésions organiques et les bruits stéthoscopiques: son travail se divise en quatre parties :

1° Il explore des poumons détachés, tantôt sains, tantôt malades, qu’il insuffle en imitant les mouvements respiratoires; il parvient ainsi à entendre les bruits normaux et morbides ; avec injections dans les bronches, il simule les râles tubaires. Dès lors est établie la possibilité de l’auscultation artificielle.

2° Il pratique alors l’auscultation artificielle sur le cadavre, et réussit à percevoir les divers bruits bronchiques et pulmonaires, bruit amphorique , etc. Il a pu diagnostiquer ainsi la pneumonie, l’hydrothorax, les cavernes, la perforation du poumon, etc., sur des cadavres dont il ignorait l’histoire pathologique.

3° Un problème difficile restait à résoudre, c’était l’auscultation artificielle de la voix et de la toux. Après plusieurs essais l’auteur imagine d’appliquer le pavillon du stéthoscope sur le larynx d’une personne parlant à haute voix, et l’autre bout sur l’origine des bronches du sujet pendant qu’on simule les mouvements respiratoires, et il obtient, par ce mécanisme , la production artificielle de la voix et de la toux dans la poitrine du cadavre.

4° M. Petrequin montre les différentes applications qu’on peut faire de la méthode de l’auscultation artificielle ; il l’a appliquée à l’étude de divers points de la pathologie du thorax et de certains phénomènes mécaniques de la respiration. Il fait voir qu’on peut produire à volonté un certain nombre de lésions (l’hydrothorax, le pneumato-thorax, etc.), et obtenir artificiellement le tintement métallique, le bruit d’amphore et la plupart des lignes stéthoscopiques. M Petrequin a entrepris ces recherches à Lyon dès 1832 ; il pense qu’en combinant cette méthode avec l’auscultation quotidienne des malades , on pourra avancer dans cette étude plus facilement, plus sûrement, plus vite et sans erreur, puisqu’on sera toujours à portée de corriger à l’instant, par l’autopsie, les infidélités de diagnostic.

Ces diverses séries d’expériences constituent ainsi une méthode nouvelle pour apprendre l’auscultation.

Tels sont les résultats principaux signalés par M. Petrequin à l’Académie des Sciences; nous ne pouvons que renvoyer au mémoire pour les détails techniques et opératoires dans lesquels l’auteur entré au sujet de ses diverses expériences. MM. Serres et Savart ont été nommés commissaires.

(Le Censeur du 4 février 1837)

Aujourd’hui, c’est un peu plus simple.

Il faut un iPhone ou un iPad et télécharger:

Ou chercher un peu sur le Web, par exemple sur le site de l’Université de McGill.

Mais le mieux, il y a 200 ans, comme aujourd’hui, reste de suivre la visite…

La valise iatrique

J’ai découvert ce matin tout un pan de la culture lyonnaise grâce à ce tweet:

La presse lyonnaise était particulièrement dynamique au XIXième.

J’ai trouvé dans les archives de la Bibliothèque municipale de Lyon une publicité grandiose pour ALOPEX, à l’enseigne de la mort qui trompe, une boutique de matériel médical sise 20 rue de la Lune (actuelle rue Tupin).

Cette publicité a été publiée dans La semaine lyonnaise du 23 octobre 1819.

Voici le début de l’annonce:

AVIS TRES-IMPORTANT.

LA VALISE IATRIQUE.

Ou l’art d’exercer la médecine d’une manière sûre , facile, prompte, agréable et à la portée de tout le monde.

Messieurs,

Je vous prie de vouloir bien insérer dans votre feuille hebdomadaire l’annonce suivante ; le public vous en saura d’autant plus gré , que ma découverte intéresse essentiellement la société et l’humanité souffrante. Elle datera, je l’espère, dans les annales de la postérité.

J’ai donc l’honneur d’annoncer aux Lyonnais mes compatriotes , qu’après avoir voyagé pendant 20 ans dans les cinq parties du monde , et fréquenté les écoles de médecine les plus célèbres, telles que celles de Paris, de Péckin , de Congo en Afrique , où J’ai vu le célèbre Mungo-Parck de Diemen , dans la nouvelle Hollande , et d’Acapulco en Amérique ; qu’après avoir fait des recherches chez les Illinois , les Groénlandais , les Kamschat-Kades , les Tartares Usheks, les Mingréliens , les Indous , les Perses , les Turcs , et les Arabes, j’ai trouvé enfin le moyen de réduire la médecine à l’état d’un art mécanique, c’est-à-dire, que par des instrumens aussi ingénieux que commodes et positifs , l’homme même le plus ignorant peut reconnaître clairement la nature d’une maladie quelconque , et la guérir, comme dit le fameux proverbe si souvent en défaut, luto , cito et jucundè.

Ah ! que l’envie et l’ignorance ne disent plus maintenant que la médecine est une science hypothétique et vaine ; elle sera désormais , grâces aux machines que j’offre aux vrais connaisseurs et estimateurs du mérite , un art aussi exact , aussi sûr que celui de l’horloger , et bien plus certain-encore que la chirurgie dont on vante tant l’infaillibilité , et qui en a si peu , que d’illustres professeurs n’ont pas même pu reconnaître naguère la fracture de la clavicule qu’une chute avait occasionnée en cette ville à un de leurs savans confrères de Montpellier ; et qu’un autre chirurgien d’une grande ville prit une bosse pour un anévrisme de l’artère scapulo humérale. On ne commettra point de semblables erreurs au moyen de mes instrumens qui sont au nombre de 11 renfermés dans une caisse que j’ai nommée valise iatrique ou médicale. Ainsi sera démenti le proverbe impertinent qu’on a fait contre les médecins, experientiam per mortes agunt. Voici en quoi consiste ma valise.

La description des 11 instrumens vaut son pesant de cacahouètes, la suite est ici (page 2).

La fin de la promotion du Lipitor aux EU

Pfizer a annoncé au WSJ (via Cardiobrief) la fin de la promotion de son médicament phare, le Lipitor® (atorvastatine), quelques mois après l’expiration de son brevet aux États-Unis.

Pour fêter cela, je vous offre la rediffusion de billets écrits en 2006 et 2008 sur la fameuse campagne de publicité avec Robert Jarvik qui avait beaucoup fait jaser à l’époque.

Ça n’a pas trop mal vieilli, non?

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

L’avenir? (13/12/2006)

L’immense fantasme d’une grande partie de l’industrie pharmaceutique serait de pouvoir promouvoir ses produits directement auprès du public en Europe (aux EU, c’est déjà le cas depuis longtemps), pour que celui-ci fasse pression sur les prescripteurs. D’ailleurs, ils font tout pour, j’en parlerai un autre jour.

Bien évidemment, le public serait une cible facile, car sensibilisé à la maladie (et pour cause) et surtout ignorant de bien des subtilités de l’évaluation de la balance risque/bénéfice de telle ou telle molécule.

Déjà que l’immense majorité des médecins (dont moi) est une cible assez facile pour la rhétorique des laboratoires malgré 10-11 ans d’études médicales, alors imaginez vous le fleuriste ou le boucher du coin !

En lisant un article sur le « Washington Post » online de ce matin, je tombe sur la publicité suivante :

Le « Lipitor » est le nom commercial de l’atorvastatine (« TAHOR » en France).

Deux remarques (indépendantes des performances de la molécule):

Primo, l’attaque directe contre les concurrents directs du « Lipitor », notamment le « Crestor » d’ Astra-Zeneca. Ce n’est pas exceptionnel aux EU, mais la comparaison directe, interdite en France me surprend toujours un peu. Mais là, les choses sont claires, et les « ennemis » bien identifiés. On retrouve bien sûr cette confrontation en discutant avec les visiteurs médicaux.

Secundo, le gentil sexagénaire (il est né un 11 mai 1946) de la photo est un chirurgien cardiaque, Robert Jarvik, spécialisé dans l’assistance cardiaque, notamment la conception des cœurs artificiels de la série des « Jarvik » (« Jarvik 7» puis récemment « Jarvik 2000 Heart »). Il a fondé en 1988 une société dédiée à la fabrication et au développement de ces systèmes : la « Jarvik Heart, Inc ».

C’est cet homme qui a inventé le cœur artificiel qui permet de sauver des centaines voire des milliers de vies par an.

Petite remarque ancillaire : il ne semble n’avoir jamais eu trop de difficultés pour trouver des noms à ses créations.

Demander un avis sur les statines et les dyslipidémies à un chirurgien cardiaque inventeur et PDG d’une société qui fabrique des cœurs artificiels en dit long sur le respect que porte l’annonceur pour le grand public.

En gros, on leur balance un nom connu, ça va les éblouir. Personne ne se demandera si la « vedette » mise en avant a seulement une fois prescrit une statine de sa vie. En tout cas, « Pubmed » (LA base de données sur les études scientifiques) répond qu’il n’a jamais rien publié sur les statines (comme l’atorvastatine…).

Personnellement, j’aurais mis quelqu’un plus connu et surtout avec plus de crédibilité : Noah Wyle.

Il a quand même bien dû prescrire des statines dans un des épisodes de la série « Urgences » ?

Ne riez pas, ça va venir chez nous tôt ou tard.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Petit supplément:

A quoi pense-t-il en souriant devant l’objectif ?

A. Le lipitor est vraiment la meilleure statine que je n’ai jamais prescrite.

B. J’ai bien fait de choisir cette petite cravate violette, elle me va à ravir.

C. Putainnnn, souris, tu te fais des couilles en Or (en VO pour les puristes : « Putainnnn, I’m making solid gold bollocks ») !

D. Mon cardio m’a mis sous Crestor le mois dernier, est-ce finalement un bon choix ?

E. Après le déjeuner, séance photo pour la Wii.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

On nous aurait trompés? (08/01/08)

Je suis tombé sur cet article de theheart.org qui relate une enquête du Congrès américain sur une publicité directe faite par Robert Jarvik sur le Lipitor (atorvastatine) aux EU.

J’avais justement parlé de cette publicité à cette époque [le lien envoie vers la première note].

Il semble que les choses aillent bien plus loin que mes remarques ironiques d’alors.

D’après les déclarations de John Dingell, le responsable du comité [lien mort, je n’ai pas retrouvé le document] qui a réalisé l’enquête, le Dr Jarvik n’aurait jamais obtenu de diplôme lui permettant de pratiquer, ou de prescrire aux EU.

En VO : “In the ads, Dr. Jarvik appears to be giving medical advice, but apparently, he has never obtained a license to practice or prescribe medicine.”

Je suis scié, je pensais qu’il était chirurgien cardiaque.

J’attends de voir la suite.

Mais si cela se confirme, je n’étais pas trop loin de la vérité en proposant Noah Wyle comme homme-sandwich en partant du principe qu’il aurait plus de crédibilité….

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

On nous aurait trompés (2) (28/02/2008)

Pfizer jette finalement l’éponge en retirant la campagne publicitaire qui met en scène le très sportif Dr Jarvik ventant les mérites de sa statine, molécule phare du groupe (13.6 milliards de dollars de vente en 2006).

Ce type de publicité, qui s’adresse directement au consommateur est pour l’instant rigoureusement interdite en Europe et en France.

Mais aux Etats-Unis (et en Nouvelle Zélande), c’est permis.

L’industrie jure le cœur sur la main que ces campagnes font progresser l’état de santé de la population en diffusant des messages de prévention « éclairés ».

Bon, admettons et analysons objectivement cette publicité.

D’abord, il faut pouvoir la voir : c’est ici (merci le NYT).

Qu’y voit-on ?

Un leader médical mondial, la soixantaine, en pleine forme physique, qui fait de l’aviron dans le cadre magnifique d’un lac de montagne. Il force un peu sur les plans intermédiaires, mais il va vite.

Quel homme.

Nous suivons avec admiration la descente miraculeuse du LDL cholestérol grâce à cette statine sur un magnifique plan ou se surimpressionnent la gracieuse trajectoire de son bateau et un graphique éloquent.

Il va même un peu trop loin, puisqu’il sort de l’écran. Ce n’est plus le 1 g/L que l’on vise, mais le 0 g/L, voire un chiffre négatif.

Ne riez pas, encore quelques études bien conduites selon les critères de l’EBM et le but du traitement sera d’avoir un LDL cholestérol à -0.5 g/L.

Il donne des conseils, précise les quelques rares effets secondaires, que la statine est un des traitements possibles (quand même) et qu’il faut en parler à son docteur.

Franchement, je suis cardiologue, et quand j’ai vu cette publicité, je m’en suis immédiatement parlé et je me suis prescrit sans plus tarder ce produit miracle.

Si Jarvik le dit et vu qu’il rame à 62 ans comme un gamin de 22, ce produit est vraiment merveilleux.

Malheureusement, certains esprits chagrins et envieux, qui oeuvrent secrètement pour la progression de maladie cardio-vasculaire sont allé fourrer leur sale nez dans cette si merveilleuse histoire (la Nature, un homme robuste et sa statine).

Une commission sénatoriale américaine a donc enquêté.

Primo, Jarvik a encaissé 1.35 millions de dollars pour cette campagne.

Ah bon, je croyais qu’il l’avait fait pour le bien de l’humanité et en mémoire de son père terrassé par une maladie cardiaque ?

C’est pourtant ce qu’il dit : « My work in the field of artificial hearts spans 36 years, including inventions contributing to the first permanent total artificial heart used in a patient. . . . I accepted the role of spokesman for Lipitor because I am dedicated to the battle against heart disease, which killed my father at age 62 and motivated me to become a medical doctor, » it says. « I believe the process of educating the public is beneficial to many patients, and I am pleased to be part of an effort to reach them. »

Secundo, il ne serait pas médecin.

Alors là, je suis scié.

Mais ce n’est pas certain.

Le sénateur JD Dingell, président de la comission dit : « In the ads, Dr Jarvik appears to be giving medical advice, but apparently, he has never obtained a license to practice or prescribe medicine. »

Alors que Jarvik répète que « I am in fact a medical doctor; I am a world expert in mechanical heart technology… ».

Qui a raison ?

Et puis, c’est quoi un « unlicensed physician » ?

Est-ce donc si difficile aux EU pour savoir si un individu est médecin ou non ?

Il a fait cette publicité pour de l’argent, et il ne serait peut-être pas médecin, mais c’est quand même un champion d’aviron !

Mais non, même pas.

Celui qui fait de l’aviron se nomme en fait Dennis Williams, un fervent local de ce noble sport.

Jarvik n’a pas ramé, non pas à cause de ses capacités physiques qui sont intactes (« I am an athletically fit man who takes care of his own health through diet and exercise, including frequent five-mile runs »), mais pour des histoires d’assurances. Il ne faudrait quand même pas que la vedette tombe dans une eau glacée. Ça ne ferait pas beau de parler de la statine avec la goutte au nez et entre deux éternuements….

Quand même, il a fait cette publicité pour de l’argent, et il ne serait peut-être pas médecin, et c’est pas lui qui a ramé, mais c’est un sportif, tout de même ?

Voyons ce qu’en dit un proche collaborateur, le Dr. OH Frazier : «…about as much an outdoorsman as Woody Allen. He can’t row ».

Sportif comme Woody Allen !

Uhmm, finalement, je crois que j’ai un peu trop cru au Père Noël Pfizer/Jarvik…

Tout cela est bien drôle.

Mais nous devons rester vigilant et prendre garde que la publicité directe ne soit pas un jour autorisée en Europe et donc en France.

Pendant que nous rions à ces tartufferies ridicules, des groupes de pression y travaillent et les firmes essayent de contourner l’obstacle de façon plus ou moins insidieuse.

°0°0°0°0°0°0°0°0°

J’ai déjà parlé de cette histoire ici, et ici. [les liens conduisent vers les deux notes reproduites]

Une petite sélection d’articles du NYT sur le sujet.

« Prescrire », encore et toujours.

Le FORMINDEP

La note que consacre « Pharma Marketing Blog » au sujet (et ici, concernant sa qualité de médecin).

Un article écrit par Dennis Williams, la doublure de Jarvik dans le LWRC (la gazette universellement connue du Lake Washington Rowing Club). J’adore la photo!

La déclaration de Robert Jarvik, sur jarvikheart.com.

Ce qu’en dit Pfizer sur son site (Pfizer.com, EU).

Shelley Wood. Pfizer pulls Lipitor ads featuring Dr Robert Jarvik. theheart.org. [HeartWire > MediaPulse]; February 26, 2008. Accessed at http://www.theheart.org/article/845359.do on Feb 28, 2008.

Sue Hughes. Congress investigates Jarvik’s Lipitor ads . theheart.org. [HeartWire > MediaPulse]; January 08, 2008. Accessed at http://www.theheart.org/article/836205.do on Feb 28, 2008.

Shelley Wood. Jarvik gets paddled as Lipitor ads raise concerns in Congress. theheart.org. [HeartWire > MediaPulse]; February 07, 2008. Accessed at http://www.theheart.org/article/842351.do on Feb 28, 2008.