IMPROVE-IT, c’est demain!

Demain sera un grand jour pour l’ezetimibe, car les résutats d’IMPROVE-IT vont enfin être dévoilés. Il s’agit d’une grande étude de morbi-mortalité qui compare simvastatine+ezetimibe contre simvastatine chez des patients ayant présenté un SCA moins de 10 jours avant. Cette étude est intéressante car nous allons enfin savoir si l’ezetimibe a un intérêt.

L’ezetimibe est assez largement prescrite depuis une dizaine d’années sans aucune preuve que cela améliore le destin de nos patients. J’avoue que cela m’a toujours laissé dubitatif.

Si cette molécule fait effectivement baisser le LDL (par exemple dans EASE), on ne sait en effet pas encore si cela a une conséquence sur la morbi-mortalité.

Des études ont déjà été publiées, et leurs résultats ne devraient pas motiver à la prescription.

Petit florilège:

  • ENHANCE: négative (le labo avait à l’époque tenté de ne pas la publier, mais ça s’était vu… ici et ici)
  • SANDS: négative
  • ARBITER 6-HALTS: négative (la niacine fait mieux que l’ezetimibe… uhuhuhu)
  • SHARP: non concluante (ezetimibe+simvastative vs placebo). La FDA a d’ailleurs refusé la demande d’AMM déposée après publication.
  • SEAS: négative (pas d’intérêt dans la sténose aortique, il fallait bien essayer)

Devant ce manque de résultats probants, la HAS a publié une fiche de bonne usage en 2006, actualisée en 2009 pour limiter la prescription de l’ezetimibe.

ASMR ezetimibe(Source)

Malgré tout cela, la prescription d’ezetimibe ne se porte pas mal, merci pour elle.

C’est même à un tel point que la CNAM a obtenu très récemment la nécessité d’une entente préalable avant toute nouvelle prescription d’ezetimibe:

Vu la fiche de bon usage du médicament de la Haute Autorité de santé de novembre 2009 intitulée « Quelle place pour l’ézétimibe dans l’hypercholestérolémie ? » ;
Considérant le caractère particulièrement coûteux de la prise en charge de l’ézétimibe, seul ou en association fixe avec de la simvastatine, par l’assurance maladie ainsi que le non-respect des recommandations de la Haute Autorité de santé,

Décide…

Donc on verra enfin demain si tout cet argent dépensé par la collectivité, tous ces effets secondaires observés depuis 10 ans étaient bien justifiés.

ezetimibe prix

On marche un peu sur la tête, non?

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L’un des notres

Aujourd’hui je suis allé à l’enterrement d’un de mes anciens co-internes, décédé dans des circonstances tragiques.

Nous avions le même âge. Comme je l’ai déjà écrit dans un tweet, c’était un chouette co-interne, un homme bien et un cardiologue très doué.

La cérémonie s’est déroulée dans le très impressionnant cimetière Saint-Pierre, véritable ville dans la ville. Les voitures circulent entre les tombes, les haies de cyprès et les différents carrés réservés. Certaines tombes sont de véritables mausolées ou oratoires plus ou moins décorés, d’autres sont de simples stèles. Quelques tombes, dans un style rocaille qui a eu sa vogue dans les années 20-30, se sont transformées avec le temps en  récifs morts et lépreux. Memento mori  dans le fond et la forme.

Dans ce cadre, j’ai rejoint une bonne partie de la cardiologie de la ville qui était venu se souvenir.

Nous avons reformés des groupes de co-internes, comme à la grande époque. En fait, chaque génération d’interne est une grande époque. L’Internat est une épopée permanente et il est un peu vain de penser que seule sa génération a marqué au fer rouge, ne serait-ce qu’un service.

Les cheveux se font fait plus rares, ou ont blanchi, ou sont devenus artificiels (comme les fleurs qui nous entouraient), les rides se sont creusées,… Mais nous sommes tous habillés comme des milords. Même nos inoubliables histoires de chasse sont devenues floues. Tu te souviens de… c’est quoi son nom? Non, pas vraiment… 

Nous avons tous pu constater le passage du temps. Nous ne sommes pas encore assez âgés pour nous demander qui sera le prochain, mais ça viendra, aussi , en son temps.

Aujourd’hui, j’ai enterré un très chic type qui aurait bien rigolé de nous voir tous ainsi, et mes années d’internat.

 La vie continue (avec nous).

L’interne

Ce lundi sera un grand jour puisque je vais accueillir mon premier interne, une en l’occurrence.

C’est une interne en médecine générale, premier choix qui sera sous ma supervision indirecte, puisque ce sera principalement le médecin responsable du petit service de médecine de la clinique ou je travaille qui la formera. Mais ce sera une première fois pour tous, et j’avoue être un peu nerveux.

Au début, j’étais très dubitatif quand à l’intérêt pédagogique de l’hospitalisation privée. Je le suis encore un peu. Que pourrait donc bien retenir un interne passant par certains services de cardiologie/vasculaire de l’urbs? Le réflexe oculo-sténotique? Que toute fibrillation atriale peut être ablatée?

Nécessité faisant loi, j’ai évolué, puis avec mon collègue de médecine et ami, nous avons réfléchi.

Nous lui montrerons la vérité sans fard pour qu’elle se fasse sa propre idée et qu’elle apprenne à séparer le bon grain de l’ivraie.

Nous pourrons lui apprendre tout ce que le CHU ne peut pas. Nous lui apprendrons la médecine au quotidien, le post-urgences, ou le post-cabinet quand le médecin généraliste ne peut plus s’en sortir mais que son patient (très) âgé n’a pas de belle pathologie lui donnant le droit de rentrer au CHU sans passer par la case urgences. Nous pourrons aussi lui apprendre tout ce qui se passe « après » ou « derrière le rideau », toute la partie médico-sociale qui a pour but de trouver une porte de sortie aux patients qui n’ont pas de devenir.

Je pense qu’elle nous apportera plein de choses en échange, des connaissances toutes fraîches, un point de vue rafraîchissant et décalé…

Nous nous nourrirons de notre inexpérience.

Vivement lundi!

Le réseau

J’ai oublié de vous raconter une histoire assez étonnante qui m’est arrivée il y a quelques semaines.

La belle-fille d’un patient de la clinique me contacte sur mon DECT pour discuter de la sortie proche.

Jusque là, rien d’inhabituel.

Puis elle me demande si je suis « Grange Blanche ».

Devant mon étonnement, elle me raconte que c’est son BlackBerry (et oui, il y en a encore quelques-uns en fonctionnement…) qui a mouchardé.

Alors qu’elle renseignait sur son téléphone mon nom et numéro de DECT, son appareil lui proposait obstinément mon compte twitter qu’elle suit depuis pas mal de temps.

Nous avons ensuite un peu échangé en DM puis en IRL à la sortie de son beau-père. 

Rigolo, non?

J’ai l’avantage de ne pas avoir à cacher mon identité de blogueur/twitter et de ne pas avoir honte de ce que je fais sur internet. J’ai trois patients sur mon compte Facebook que je n’utilise que pour diffuser les notes de ce blog. Sur Twitter, je ne sais pas, et cela m’importe peu, car tout est transparent pour moi.

Par contre, cette histoire est à prendre en compte pour ceux qui souhaitent maintenir une frontière imperméable entre leur activité sur internet et dans la vraie vie. L’interconnexion automatique des différents réseaux (WordPress/Twitter/Facebook/Linkedin/Viadeo…) que font tous nos téléphones intelligents/tablettes/Mac/PC peut être à double tranchant.

Par le passé, j’ai eu quelques surprises en regardant ma liste de contacts et en retrouvant des patronymes/situations professionnelles dont je n’avais jamais entendu parler.

En fait, il s’agissait de blogueurs/twitters dont je ne connaissais que le pseudo.

Je me suis dit au moins une fois que l’institution qui employait un de mes contacts ne devrait absolument pas faire le lien entre sa vie IRL et sur la toile…

Merci à la suiveuse sur Twitter, qui se reconnaîtra, pour avoir partagé une excellente discussion, et tous mes voeux pour la santé de son beau-père.