Retrouver les fondamentaux

En ce moment, des tas de petits ennuis s’accumulent dans ma petite vie bien tranquille. Impôts (a priori nouvelle bêtise de mon ex-expert comptable), mal de dos, changement de voiture imminent (tombe mal financièrement), confrères n’ayant que la première syllabe du mot…

Bref, période difficile pour quelqu’un comme moi qui n’a encore jamais connu le malheur.

J’espère que vous avez lu cette magnifique note de Stéphane.

[Alors que je viens d’écrire cette phrase, je suis allé sur ton blog, pour récupérer un lien hypertexte, et j’ai lu la suite, et là bien évidemment, rien ne peut plus être pareil, surtout pas la fin de ma propre note. Je compatis avec ton angoisse]

journée chargée et cortisonée

Il y a des jours…

Un de ceux-là.

Je me lève avec une lombalgie carabinée, en tout cas la plus intense à ce jour. Un bi-profenid de la pharmacie familiale.

Arrivé à la consultation hospitalière, je pousse des petits cris à chaque déplacement entre le fauteuil et le tabouret sur roulettes de la salle d’échographie. L’infirmière, et l’aide soignante sont tout à la fois hilares et empathiques. L’élève infirmier me regarde carrément avec un regard inquiet.

Je prends 1 gramme de dafalgan et 40 mg de solupred, la journée peut commencer.

  • Une bombe brune en tanga hyper échancré et une poitrine débordante (littéralement). Des palpitations depuis qu’elle est avec son copain. « Ben, changez-en! » Grosse gaffe, le dit copain est le fils d’un membre du personnel de l’hôpital que je suis depuis des années. « Je plaisante, oubliez ce que j’ai dit, je ne tiens pas à avoir de problèmes!« . En fait il n’y a pas que le copain qui l fasse palpiter: 1 paquet par jour et une cafetière entière. On peut donc être brune et bête comme une blonde.
  • Un type qui sent le tabac, adressé en externe par un service pour une échographie cardiaque et un doppler artériel des membres inférieurs, alors qu’il était rentré pour anémie. Le bilan gastro est pour l’instant négatif. Quand il quitte la consultation, je lui ai trouvé une cardiopathie dilatée, une artère iliaque occluse et un énorme masse intra vésicale bourgeonnante et infiltrante , (la vessie est juste à côté de l’iliaque, et on la voit très bien quand elle est pleine, ce qui était le cas). Je crois avoir trouvé la cause de l’anémie. Courrier au médecin traitant
  • Un type d’une quarantaine d’année qui est resté 48 heures couché sur le ventre et sur son bras droit après être tombé totalement ivre d’une mezzanine  de 2.40 m de hauteur. Personne ne s’est inquiété de sa disparition durant 48 heures. Il sentait la pisse. Bien triste.
  • Un jeune type noir et efféminé, HIV+, pour une échographie cardiaque à la recherche d’une endocardite. Il est devin, a des « flash » qui lui permettent d’atteindre des niveaux de conscience supérieurs. Il a essayé toutes les drogues et dit avoir arrêté depuis des années. Uhhmm. Ah oui, il était « coiffeur-danseur » sur Paris dans une vie antérieure. « J’avais une vie sexuelle débridée« . Ben, mon gars, ça ne m’étonne qu’à moitié, ce que tu me racontes.
  • Un type insuffisant rénal qui a vu 3 médecins différents (1 généraliste et 2 spécialistes) dans les suites d’une thrombose veineuse profonde jambière. Curieusement, aucun traitement n’a suivi un traitement d’une dizaine de jours par héparine (pas la bonne, j’ai pensé à toi, Stéphane). Bilan des courses, il est essoufflé et la thrombose remonte maintenant jusqu’en haut de la cuisse. Pas un succès, pour sûr.
  • Une dame essoufflée. Devant une assistance de 4 externes et malgré un examen consciencieux, je n’ai pas trouvé de réponse bien tranchée… Elles auront au moins vu un cardiologue faillir.
  • Un confrère, généraliste à la retraite, qui me raconte qu’il a accouché deux de ses trois enfants. « A la maison? Mais non, dans une clinique, on n’était pas en 1930! » Ben quand même, ça paraît antédiluvien cette anecdote…(Il a fait son dernier accouchement en 1972 et a pris sa retraite en 1996).
  • Une dame bien rougeaude et bien diabétique qui chipote sur un terme du courrier de son médecin traitant: « imprégnation oenologique« . « Je suis pas alcoolique, juste un whisky le midi et l’apéro avec les copines! » Ben voyons! Et puis c’est écrit « oenolique » et pas « oenologique » sur le courrier!
  • Un confrère m’a proposé de faire une présentation à la con sur un sujet qui ne m’intéresse pas. J’ai refusé, peut-être un peu trop sèchement, peut-être sous l’effet du solupred. Bref, on commence à m’en parler… Mon épouse m’a dit que même sans corticoïdes, je réponds souvent sèchement non. Et comme vous le savez, il ne faut jamais parler sèchement à un numide (Le Domaine des Dieux, Goscinny et Uderzo). Gardez moi de mes confrères, je me charge de mes patients.
  • Un patient essoufflé au moindre effort, pas de solution évidente, ou au contraire elle l’est tellement… J’ai augmenté son lasilix, et je lui ai donné rendez-vous dans 1 mois.
  • Un autre patient, encore plus essoufflé, pas de solution évidente non plus. Mais pour lui, pas d’attente possible, hospitalisation rapide.
  • Et pas mal d’autres encore…

Prescrire de février.

J’ai reçu hier la revue Prescrire de février, et un petit article a retenu mon attention.

Cet article relate que la FDA a publié en décembre 2008 un avertissement sur le résultat de l’étude IRIS.

Cette étude a été arrêtée en février 2008 par son comité de surveillance du fait d’une surmortalité observée dans le groupe du traitement étudié, en l’occurrence la tinzaparine.

Cet essai comparait l’efficacité de la tinzaparine vs héparine non fractionnée dans la thrombose veineuse profonde ou l’embolie pulmonaire survenant chez des patients âgés de plus de 70 ans, et ayant une insuffisance rénale définie comme telle: clairance inférieure à 30 ml/min si âge compris entre 70 et 75, clairance inférieure à 60 si âge supérieur à 75 ans.

L’étude a été arrêtée après que 350 patients aient passé le cap des 90 jours de surveillance, car la mortalité dans le groupe tinzaparine était alors de 13% (23 sur 176) contre 5% (9 sur 174) dans le groupe héparine non fractionnée.

Les causes de surmortalité ne sont pas claires, mais ne semblent pas dues à des accidents hémorragiques ou thrombo-emboliques.

Trois remarques.

  • Selon la formule MDRD, il suffit pour une femme de 70 ans d’avoir une créatininémie supérieure à 155 μmol/l pour avoir une clairance inférieure à 30 ml/min/1.73m² (201μmol/l pour un homme). A 75 ans, pour le même poids, et pour avoir une clairance inférieure à 60 ml/min/1.73m², il suffit que la créatininémie soit supérieure à 85 μmol/l pour une femme et 110 μmol/l pour un homme. Mais dans cette étude, les investigateurs ont utilisé la formule de Cockroft qui a tendance à surestimer le degré d’insuffisance rénale chez le sujet âgé de plus de 65 ans. Les chiffres de créatininémie utilisés pour l’inclusion des patients sont donc encore plus bas. Par exemple, pour un poids de 60 kg, un âge de 70 ans et une clairance inférieure à 30 ml/min: 172 μmol/l pour un homme, 146 μmol/l pour une femme. Pour le même poids, à 75 ans, et pour une clairance inférieure à 60 ml/min: 80 μmol/l pour un homme, et 68 μmol/l pour une femme. Note pour moi-même: prendre le réflexe de toujours calculer une clairance à l’aide d’une des deux formules lorsque je prescris un traitement contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale.


  • Pour une fois, je regrette de ne pas recevoir les labos, car je présume que les visiteurs médicaux de Leo Pharma (Innohep/tinzaparine) ont dû répercuter immédiatement les résultats inquiétants de cette étude, et ce, bien avant que je ne tombe dessus en lisant Prescrire.


  • Grosse mortalité (5% à trois mois dans le cas le plus favorable !) et énorme différence entre les deux groupes. Ce qui me chiffonne beaucoup est l’absence de cause clairement identifiée…

Grille de lecture critique.

Grâce au blog de David Rothman, j’ai découvert un site américain (Health News Review)  qui propose une grille de lecture afin d’estimer la qualité d’un article de la presse généraliste traitant d’un traitement médical, médicament ou procédure.

La grille est très intéressante, mais peut-être moins que la démarche en elle-même.

Cette dernière fait écho avec une discussion que nous avions eue avec le Dr JD Flaysakier sur le traitement journalistique des nouvelles médicales, et plus particulièrement sur l’indépendance des journalistes.

Les critères de Health News Review me semblent être simples et pertinents. Cela mériterait qu’on les adapte chez nous. En tout cas, je vais peut-être les tester sur le prochain article santé sur lequel je vais tomber, disons, dans Le Monde, par exemple.

Il manque peut-être une chose, mais qui n’apparait jamais dans ce type d’articles, que ce soit chez nous ou aux Etats-Unis; la déclaration d’éventuels conflits d’intérêts du journaliste….