L’enterrement

Récemment, je suis allé à l’enterrement d’un notable de la région

Comme ma mère qui le connaissait bien ne pouvait pas s’y rendre, je l’ai donc « représentée » à l’église, accompagné de ma grand-mère.

Je regrette la messe, bien trop longue à mon goût, mais pas la représentation sociale à laquelle j’ai assisté.

L’arrivée de la famille derrière le cercueil a donné le ton.

Dans un ordre inconscient de préséance sont apparus la veuve, les enfants et les petits-enfants, tous très dignes et racés, puis une petite dame boulotte trottinant, mal fagotée dans des vêtement noirs dépareillés. Mais c’était aussi la seule qui sanglotait.

J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de la « dame de maison ».

Les dix premières rangées sont clairement « fourrures et bijoux » pour les dames, avec notamment de très beaux visons et « agneau retourné et cravate » pour les messieurs

Puis, en se rapprochant de la porte, on passe progressivement aux textiles naturels puis aux vestes indifférenciées en polyester.

Au fil des décennies, les travées du fond viennent se substituer à celles de devant, sauf la première, la plus égalitaire, celle réservée à la famille. De la noblesse de l’Ancien Régime, il ne reste devant le plus souvent qu’un représentant âgé, voire deux. En général, ils suivent assidument la messe et la vie de la Paroisse. Ça les occupe, et ainsi, ils ne voient pas le monde qui avance.  En fait d’ascenseur social, j’imaginais dans cette église plutôt un tapis roulant social avec un mouvement lent mais inéluctable qui dépose les familles au pied du maître-autel, avant de les déverser de nouveau à côté de la porte. Combien de temps les occupants de la dernière rangée vont mettre pour arriver aux premières et passer du polyester au vison, et vice-versa ? Surtout vice-versa.

Bien entendu, comme pour tout enterrement d’un  homme notable qui se respecte, il y avait la dame seule, « inconnue », très-trop-maquillée, habillée très-trop- « porno chic ». En tout cas bien trop pour son âge ovarien.

J’ai demandé à ma grand-mère si c’était « la » maitresse. Elle ne le savait pas, mais ne la « connaissait » pas non plus, ce qui nous a fait conserver une lueur d’intérêt et de schadenfreude.

Finalement, il s’est avéré que cette dame faisait partie de la belle famille du défunt. Peut-être a-t’elle assisté à deux enterrements dans la foulée ? D’un autre côté, en général, la femme seule et « inconnue » se place dans un coin discret, à l’abri des regards accusateurs de la famille, le plus souvent derrière un pilier, et non pas dans les premiers rangs comme ici.

Les élégies ne m’ont pas paru trop élégiaques, justement.

J’ai eu la nette impression qu’au moins une comportait bien plus d’allusions et de sous-entendus sur certains défauts du défunt que n’en aurait souhaité en dire l’auteur en pleine église. Peut-être justement qu’ils ont un peu trop fait les 400 coups ensemble. J’en ai frémi pour la veuve.

Mais en discutant ensuite avec une très ancienne amie de la famille (la mienne et celle du défunt), je me suis rendu compte que, peut-être, c’est le texte lu par la veuve qui a été le plus lourd de sous-entendus. En effet, bien que notable, et ayant eu une digne profession (héritée de son père, qui la tenait lui-même de son  propre père), notre défunt avait la réputation de ne pas avoir inventé l’eau froide. Encore un coup du « syndrome du Guépard »? Quoiqu’il en soit, cela aurait bien entendu désespéré durant des décennies son épouse, bien plus fine et intelligente que lui. Je ne peux pas juger, les connaissant finalement très peu, et je suspecte beaucoup de mauvaise foi et d’intérêts contradictoires non dits chez mon interlocutrice. Cependant, cet éclairage aurait l’intérêt de donner une tout autre connotation à un texte bien banal, bien qu’émouvant pour celui qui ne sait pas.

Au moment de la communion, j’ai poussé ma grand-mère dans la file, pour pouvoir laisser passer les gens à ma gauche qui ont consciencieusement ânonné l’ensemble de la messe. En revenant, ma grand-mère, bientôt 85 ans, m’a confié qu’elle trouvait que les hosties étaient énormes à notre époque, et qu’elle avait eu du mal à l’avaler.Je suspecte probablement un peu d’hyposialie surajoutée…

Le prêtre a 84 ans, je crois. C’est lui qui a marié mes parents et m’a baptisé. Pourtant, faute de vocations, c’est toujours lui qui œuvre. Il est perclus de rhumatismes et se déplace douloureusement. Pourtant il dit encore bien la messe. Il a quand même failli lâcher le goupillon lors de la bénédiction du défunt. La famille et un employé des pompes funèbres ont fait de concert des mouvements brusques pour éviter une chute du goupillon à terre, qui heureusement ne s’est pas produite. L’image aurait été déplorable. Je crois bien qu’il va devoir pré-enregistrer sa propre messe d’enterrement.

Condoléances à la main, à l’ancienne, selon les vœux du défunt, puis nous avons vite regagné nos pénates sous un vent glacial fort peu engageant pour une seconde mi-temps au cimetière, afin de faire un compte-rendu détaillé à ma mère.

Nous n’avons rien raté du spectacle, nous en faisions partie, bien assis au septième rang.

Le prix des choses.

On m’a demandé récemment où je mettais mon argent.

La question, sans sous-entendu ni arrière-pensée m’a été posée dans le cadre d’une transaction commerciale banale, un achat de véhicule, pour tout dire.

J’ai été surpris par la question, et j’ai répondu par une pirouette de diversion: « Je suis dauphinois« , dans le sens je suis radin.

Mon interlocuteur s’étonnais que j’achète une petite voiture (je change ma Yaris noire par une grise!) alors que mes confrères roulent habituellement plus cossu.

« Vous mettez votre argent dans la maison?« .

Non plus. Pas non plus dans les vêtements, étant donné mon jean bleu délavé et mon vieux pardessus.

Ni dans les voyages, ni dans les montres, ni dans les objets high-tech, ni dans un cartable Hermès…

Je me suis alors posé la question, mais qu’est-ce que je peux bien faire de mon argent?

Curieux comme une remarque anodine, et encore une fois dénuée de toute malignité peut me faire douter de mes positions.

Et d’abord, ai-je une position définie sur le sujet?

Et d’abord, faut-il en faire obligatoirement quelque chose? Dans le sens dans lequel l’entendait peut-être mon interlocuteur, c’est à dire pour me faire plaisir, ou pour le faire voir.

J’ai touché du doigt l’imperceptible, mais néanmoins bien réelle poussée sociale qui fait que tout corps de métier plongé dans l’argent subit une force inverse qui tend à le lui faire dépenser et montrer aux autres.

Ben non, je suis un rebelle (vous le savez déjà), et je m’oppose de tout mon poids à cette loi.

Reste la question de ce que je fais avec ce que je gagne.

Je ne le verse certes pas dans ma baignoire pour prendre des bains dedans, comme le faisait l’oncle Picsou, et comme le font encore les vieux dauphinois.

J’achète du temps.

J’achète pour mon épouse et moi-même du temps passé avec mes enfants. J’achète des parties de Playmobil en cours de semaine, j’achète le temps passé auprès de ma petite femme, j’achète enfin une certaine indépendance vis à vis de mon travail, passion qui peut vite devenir tyrannique.

Ca coûte très très cher, n’est même pas tangible, mais pour moi, c’est sans prix.

Dans la période actuelle où tout le monde s’arrête de consommer par peur ou nécessité (je prédis une épidémie d’accidents cardio-vasculaires chez les vendeurs de voiture), je ne donne donc pas le bon exemple.

Tant pis, je suis un rebelle (vous allez finir par le croire) et j’avais commencé bien avant le début de ce grand et lent affaissement qui laisse tout le monde stupéfait.


C’est si vrai…

Si je vous ai raconté ces détails sur l’astéroïde B 612 et si je vous ai confié son numéro, c’est à cause des grandes personnes. Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d’un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l’essentiel. Elles ne vous disent jamais : « Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu’il préfère ? Est-ce qu’il collectionne les papillons ? » Elles vous demandent : « Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ? » Alors seulement elles croient le connaître. Si vous dites aux grandes personnes : « J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… » elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J’ai vu une maison de cent mille francs. » Alors elles s’écrient : « Comme c’est joli ! »


Le Petit Prince.

Antoine de Saint-Exupéry.

J’adore les samedis

Quel bonheur d’avoir des garçons!

A Noël et pour son anniversaire, Guillaume a eu des tas et des tas de romains, comme dirait Obélix.

J’en profite donc sans aucune retenue!

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Une demi tortue, pilums (pila pour les puristes) en avant.



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Revue de détail avec un porte enseigne et son Aigle (au féminin dans ce cas) particulièrement réussis. Un centurion avec son glaive (gladius) à gauche, peut-être un tribun au milieu.

Ne croyez pas que je les saoule avec tout ça quand on joue. En général, les romains se battent contre des indiens, des chevaliers du moyen-âge, voire contre des chars d’assaut….

Je vous ferai voir la galère un autre jour…