Hypnagogie

L’hypnagogie est ce moment rare et précieux où, au cours de l’endormissement, les limites de votre corps se dissolvent, tout devient à la fois très flou, mais aussi incroyablement tangible, palpable, vous ne faites qu’un avec votre lit moelleux et chaud, mais vous pouvez en même temps sentir parfaitement sous les quatre pieds les irrégularités des tommettes rouges disjointes, vous flottez dans votre conscient, voire un peu au delà, exceptionnellement, en cas de tempête parfaite, vous pouvez même diriger vos rêves, avant qu’ils ne finissent par reprendre le pouvoir.

Pour moi, le meilleur moment est le matin quand je me rendors. Le soir, après une journée de travail, je suis claqué et je sombre comme une pierre.

Ce matin, je ne faisais qu’un avec le monde, après m’être réveillé à 5 heures, j’avais le temps, pas envie de pisser et j’étais assez détendu pour m’assoupir.

Un moment parfait, donc, ce matin. Il faut dire que je l’avais mérité. En pleine nuit, je me suis réveillé en sursaut après avoir coulé à pic dans un fleuve boueux, entrainé par l’aspiration d’un ferry rouge et blanc qui a sombré en quelques secondes.

Désagréable sensation que celle de mourir noyé…

Ce matin, je me suis donc fait plaisir.

J’ai repensé à ce geste si doux qu’a eu pour moi cette si jolie infirmière il y a quelques jours. Geste amical ou sensuel ?

Toute la vie repose sur cette incertitude à la fois troublante et parfois déchirante. Sans elle, disparait une grande partie de l’intérêt.

Mon hypnagogie a choisi.

Qu’importe la réalité quand je la reverrai tout à l’heure.

Transméditerranéen

Un confrère cardiologue algérien que j’ai rencontré alors qu’il faisait un stage de vasculaire à l’hôpital a traversé toute la ville ce soir pour nous apporter un couscous « maison ». Malheureusement il n’a pas pu rester le déguster avec nous.

Le couscous de son épouse était à se rouler par terre. Très différent de celui que prépare mon épouse, qui la tient d’une copine berbère. Je présume qu’il y a 1000 façons de l’accommoder. Ce couscous était très doux, faisant la part belle aux légumes. Rien de piquant, hormis d’énormes piments verts qu’il ne fallait surtout pas confondre avec des poivrons (ce que nous avons pourtant fait!).

Un jour, il faudra que je traverse la Mediterranée.

Sens clinique.

Thomas, 5 ans, revient du jardin l’air triste.

« Papa, j’ai trouvé un gendarme mort ».

Pas d’inquiétude, il parle de l’insecte.

« Je suis triste, car il est mort, et les gendarmes sont mes amis »

– « Tu sais, les gendarmes, ça vieilli, et ça meurt »

– « Oui, mais celui là, il est jeune »

– « Comment tu le sais? »

– « Mamie, elle est vieille [NDLR 85 ans], et elle a les veines qui sortent, et lui non »

J’ai quand même jeté un coup d’œil à la fenêtre…


Mimosa

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