Le problème du pont de Thor

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Je vous avais prévenu, je suis dans ma période Sherlock Holmes.

Je viens de terminer Le problème du pont de Thor, que vous pourrez lire ici.

J’avais vu une adaptation TV de ce court récit avec dans le rôle de Sherlock Holmes l’excellent et regretté Jeremy Brett. Cet acteur maniaco-dépressif (comme Sherlock!) semble être décédé d’une cardiopathie valvulaire post rhumatismale, une bien belle maladie des siècles passés (du moins dans nos pays développés, ailleurs, on meurt encore pas mal de ça…).

Je connaissais donc la conclusion de l’histoire, mais cela n’a pas entamé mon plaisir.

Hier au soir, j’ai aussi musardé dans Google Books pour retrouver des descriptions cliniques contemporaines des anévrysme de l’aorte thoracique. Je vous conseille notamment ce Guide du médecin praticien de 1866 qui apporte une description clinique d’autant plus fine qu’il n’y avait que ça pour faire un tel diagnostic (première radio en 1895!) et encore moins pour le traiter efficacement:

La marche de la maladie est ordinairement difficile à suivre dans les premiers temps. Le plus souvent lente et sourde, elle est quelquefois très-rapide, comme on en voit des exemples dans les cas où le développement de la maladie a succédé à un accident. Il arrive assez souvent, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, qu’après avoir marché lentement, l’affection prend un accroissement rapide, dont l’apparition d’une tumeur à la partie antérieure de la poitrine donne le signal. Dès ce moment, les symptômes sont beaucoup plus faciles à suivre, et vont plus ou moins rapidement en augmentant, a moins que le traitement ne vienne entraver leur progrès.

La terminaison de l’anévrysme de l’aorte est le plus souvent fatale ; toutefois il résulte d’un certain nombre des observations que nous ayons rassemblées, que la maladie ne doit pas être regardée comme désespérée.

A l’époque, la médecine c’était vraiment la science de l’expectative…

Quizz médico-littéraire

Notre bon Dr Watson au sommet de son art fait un brillant diagnostic, serez-vous capable d’en faire de même?


— Certainement que j’ai beaucoup de choses à dire, répondit tranquillement notre prisonnier. Je désire tout raconter à ces messieurs.

— Ne vaudrait-il pas mieux réserver tout cela pour le jour où vous comparaîtrez devant la cour ? demanda l’inspecteur.

— Peut-être n’y comparaîtrai-je jamais, répondit-il. Oh ! n’ayez pas l’air si inquiet. Je ne songe nullement à me suicider. Mais n’êtes-vous pas médecin, monsieur ? ajouta-t-il en fixant sur moi son œil noir et perçant.

— Effectivement, répondis-je.

— Eh bien alors, mettez votre main là », dit-il avec un sourire, en portant ses poignets enchaînés à hauteur de sa poitrine.

Je fis ce qu’il me demandait et je sentis aussitôt un trouble intérieur extraordinaire accompagné de violents battements. Les parois du thorax semblaient frémir et trembler comme celles d’un mince bâtiment qu’ébranlerait à l’intérieur une puissante machine. Dans le silence de la salle je pouvais percevoir un sourd bourdonnement qui provenait également de la même cause.

« Comment ? m’écriai-je, mais vous avez *** !


Le patient a une bonne cinquantaine d’années, il est fumeur, très actif, et très probablement hypertendu :

Il continuait à reculer pendant que je m’adressais ainsi à lui et je vis qu’il me croyait fou. Ah ! je l’étais en effet, à ce moment. Le sang faisait résonner mon pouls et mes tempes comme un marteau sur une enclume et j’allais certainement avoir une attaque quand, par bonheur, un violent saignement de sang vint me soulager.

Comme tout patient qui se respecte, il a aussi sa petite idée sur l’étiologie de sa maladie:

Il y a tant d’années que cela progresse ! Ce sont les fatigues et les privations que j’ai endurées dans les montagnes du Lac Salé qui m’ont donné cela.

Enfin, après avoir longtemps vécu dans la montagne dans l’Utah, il a fréquenté en dernier lieu les bas-fonds de Londres (dernier travail: conducteur de fiacres).

Alors, une idée? 😉

Les non-médecins ou ceux qui le sont mais qui s’estiment (à juste titre) en vacances, trouveront la solution de cette énigme diagnostique dans le sixième chapitre de la seconde partie d’une Étude en rouge.

PS: Je trouve la VO un peu plus évocatrice:


« I’ve got a good deal to say, » our prisoner said slowly. « I want to tell you gentlemen all about it. »

« Hadn’t you better reserve that for your trial? » asked the inspector.

« I may never be tried, » he answered. « You needn’t look startled. It isn’t suicide I am thinking of. Are you a doctor? » He turned his fierce dark eyes upon me as he asked this last question.

« Yes, I am, » I answered.

« Then put your hand here, » he said, with a smile, motioning with his manacled wrist towards his chest.

I did so; and became at once conscious of an extraordinary throbbing and commotion which was going on inside. The walls of his chest seemed to thrill and quiver as a frail building would do inside when some powerful engine was at work. In the silence of the room I could hear a dull humming and buzzing noise which proceeded from the same source.

« Why, » I cried, « you have *** ! »

Arthur Conan Doyle

De façon tout à fait inconsidérée, je suis parti en vacances sans livre.

Je me trouvais donc bien dépourvu quand la plage fut venue.

(je déteste la plage)

Je me suis rappelé que j’avais téléchargé quelques romans sur mon iPhone, plus pour voir comment ça marchait, d’ailleurs qu’avec une vraie intention de les lire.

J’avais quelques doutes sur le confort de lecture.

En fait, il n’en est rien. j’ai lu 2 romans de Arthur Conan Doyle (Le signe des quatre et La vallée de la peur), et j’en suis à mon troisième (Une étude en rouge), et leur lecture a été/est très agréable.

Je ne suis pas un fanatique, mais ça se lit très bien et j’adore la patine des descriptions de la Grande-Bretagne du XIXème.

J’ai un peu relu la biographie de l’auteur qui était donc médecin, et s’est inspiré de Joseph Bell pour son personnage de Sherlock Holmes.

Un passage de l’article de Wikipedia m’a fait sourire:

Au début, le cabinet n’a pas un grand succès ; en attendant les patients il recommence à écrire des histoires. Son premier travail d’importance est Une étude en rouge qui paraît dans le Beeton’s Christmas Annual en 1887 et voit la première apparition de Sherlock Holmes, personnage en partie inspiré par son ancien professeur d’université Joseph Bell, à qui Conan Doyle écrit : « C’est très certainement à vous que je dois Sherlock Holmes. Autour du noyau déduction, inférence et observation que je vous ai entendu enseigner, j’ai essayé de construire un homme »

Combien de carrières littéraires, combien de magnifiques constructions faites de mots ont été tuées dans l’œuf par un cabinet florissant?

La diminution du nombre de médecins dans les prochaines années devrait malheureusement encore accentuer ce phénomène.

Mais bien pire me semble être l’accès à la toile que nous avons tous dans nos cabinets.

Que faisons-nous en attendant le prochain patient?

Nous glandouillons sur internet, pardi!

Entre deux patients, ou avant le premier, en l’occurrence, Arthur Conan Doyle taillait ses plumes et créait le personnage de Sherlock Holmes.

Nous, nous twittons frénétiquement sur l’arrivée imminente du temps bénit où le web santé 2.0 servira enfin effectivement à quelque chose, nous alimentons des notes/commentaires de notes/fora/twits, comme si notre vie en dépendait, nous glandouillons sur santea.com, voire boursorama.com…

Le prochain grand auteur-médecin n’a ou n’aura ni l’ADSL, ni le câble, ni le Wifi.



Sans rapport

Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. Est-ce clair ?

Je me suis rappelé cette très belle phrase tirée du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa en lisant ces lignes de Pleure Ô pays bien-aimé:


Nous ne savons pas, nous ne savons pas. Nous continuerons à vivre au jour le jour et ferons ajouter des verrous à nos portes et nous achèterons un beau chien féroce quand la belle chienne féroce du voisin aura des petits, et nous serrerons plus fort contre nous notre sac à main. Et la beauté des arbres dans la nuit et les délices des amants sous les étoiles, ne seront plus pour nous. Nous éviterons de rentrer par des rues nocturnes, nous renoncerons aux promenades du soir dans le veld à la lumière des étoiles. Nous serons prudents et raierons ces choses de notre existence, nous nous environnerons d’assurances et de précautions. Et nos vies en seront diminuées mais ce seront des vies de personnages supérieurs; et nous vivrons dans la crainte, mais du moins ne sera-ce pas la crainte de l’inconnu. Et la conscience sera mise en veilleuse; la lumière de la vie ne sera pas éteinte mais, pour un temps, sous le boisseau afin d’être préservée pour une génération qui s’en éclairera de nouveau, un jour à venir; mais comment ce jour viendra, et quand il viendra, mieux vaut n’y point penser.

Alan Paton. Pleure Ô pays bien-aimé. 1948.


Qu’est-ce qui a changé en Afrique du Sud? Rien, sauf que l’argent a remplacé la couleur comme plan de clivage. Il y a encore toutefois bien plus de noirs d’un côté du mur barbelé et bien plus de blancs de l’autre.

Aucun rapport, mais cet article du NYT dépeint l’irrésistible ascension de l’Inde dans le secteur de l’industrie pharmaceutique. Ce pays passe petit à petit du stade de la fabrication à petits prix de génériques, à celui de princeps, puis à celui du R&D. Dans quelques années, on ne pourra plus stigmatiser l’origine indienne de tel ou tel médicament, car ils y seront en grande partie fabriqués et même développés.

Auteur: super@mit (sous contrat CC)