Le DIU de réadaptation cardiovasculaire.

Je suis arrivé en réadaptation un peu par hasard, à la fin de mon assistanat. Je me suis formé sur le tas en regardant mes aînés.

Le DIU de prévention et réadaptation cardiovasculaire organisé par Tours/Paris Diderot/Paris Descartes m’a permis d’approfondir une sous-spécialité déconsidérée, longtemps vue comme étant le cimetière des éléphants des vieux cardiologues trop tremblants pour désormais monter un désilet artériel ou veineux.

Pourtant la réadaptation fait actuellement mieux que certains traitements médicamenteux, voire interventionnels dans pas mal de pathologies cardiovasculaires. On considère le patient dans sa globalité, on améliore sa vie et on la prolonge. La réadaptation est aussi le lieu où s’épanouie le mieux l’éducation thérapeutique du patient. C’est un des rares endroits ou l’expression « mettre le patient au centre de son processus de soins » n’est pas vide de sens.

La réadaptation avance, et j’ai été étonné par la prolixité de certains auteurs qui publient à tour de bras. L’ESC a son propre journal qui traite de la réadaptation, l’European Journal of Préventive Cardiology.

Au fil des années, le traitement des maladies cardio-vasculaires a énormément changé. Parallèlement aux progrès phénoménaux de la cardiologie interventionnelle et de la pharmacopée, une véritable science de la reconstruction des patients ayant présenté un accident cardio-vasculaire s’est développée.

On début, on ne faisait rien, c’était même conseillé de ne rien faire, puis on a fait de la convalescence, puis de la « vélothérapie », puis de la rééducation, puis de la réadaptation. Dans un avenir proche, on fera de la cardiologie préventive.

Pour illustrer mon propos, voici les premières lignes d’un article du grand Lawrence K Altman, publié dans le NYT en 2008:

After President Dwight D. Eisenhower suffered a heart attack in the middle of the night on Sept. 24, 1955, his physician told Mamie Eisenhower to snuggle with her husband in bed to keep him warm.

The physician, Dr. Howard M. Snyder, injected morphine and other drugs, none specific for a heart attack or for Eisenhower’s falling blood pressure and irregular pulse. Dr. Snyder, a general surgeon, let Eisenhower sleep until noon at Mamie’s family home in Denver, where he was staying. Then he called a cardiologist to do an electrocardiogram. Later, the president went by car to a hospital. There, he was largely confined for almost seven weeks to bed, chair rest and limited physical activity.

Si Eisenhower avait fait son infarctus aujourd’hui, il aurait été angioplastié, traité, puis aurait fait sa réadaptation où il aurait appris à corriger ses facteurs de risques, appris à vivre avec sa maladie, la connaitre, de même que ses traitements que les cardiologues-réadaptateurs auraient optimisés. Il aurait repris confiance en faisant de l’exercice physique et aurait compté les Watts le séparant de son objectif de fin de réadaptation.

Le DIU permet de connaître tout cela et de l’appliquer car l’enseignement y est en grande partie pragmatique.

Je ne peux que vous engager à vous y inscrire.

Le Tipp-Ex

Un Bic, un Tipp-Ex, une règle (en fait ma règle ECG), ma trousse était prête.

Comptant sur mon téléphone portable, je n’avais pas emporté de montre. Je n’en porte plus depuis des années. À force de chercher la montre parfaite, je l’ai rendue idéale. Cet oubli aurait pu être pénible et suscita une petite panique lorsqu’un collègue de DIU me fit très justement remarquer, juste avant de rentrer dans la salle que nous serions probablement obligés de garder nos portables dans les sacoches.

Heureusement, en rentrant dans la salle je remarquais une grande horloge numérique à chiffres rouges.

Bref, je repassais un examen.

De toute évidence, pour les appariteurs et surveillants de cet amphi de Bichat, c’était aussi la première fois depuis des temps immémoriaux qu’ils faisaient passer un examen. Il manquait les listes des étudiants des deux autres facs et l’administrative n’avait préparé logiquement que un tiers des places. L’appariteur, de la hauteur de sa considérable importance m’a toisé et ne voulait pas me faire rentrer dans la salle car mon nom n’était pas sur la liste. Je lui ai tendu ma convocation, mais il a jugé que ce n’était pas une preuve suffisante en m’épelant bien le mot convocation, au cas où je n’ai pas compris l’énormité de ma prétention. Ce n’est qu’en constatant que je n’étais pas le seul qu’il a daigné me faire rentrer. J’ai écrit mon nom et signé en face sur une feuille blanche sans montrer une quelconque preuve de mon identité. Du travail de pros. Ils devraient passer un DIU d’examens.

La préparation de ce DIU m’a fait revenir en 2004, date de mon dernier examen écrit.

C’est quand même drôle, les examens…

C’est comme un sport, il faut s’entraîner pour réussir, et quand on s’arrête, ça fait mal avant de pouvoir « retrouver ses sensations », comme disent les sportifs quand ils veulent dire quelque chose sans avoir à réfléchir.

J’ai passé des heures devant mes diaporamas et ce qui me semblait non mémorisable l’est devenu. J’ai retrouvé le plaisir de me souvenir dans l’ordre de listes de mots qui ouvrent d’autres listes de mots, comme autant de tiroirs: intérêt psychologique, effet anti-thrombotique, antiarythmique, anti-ischémique, prise en charge des facteurs de risque (je suis quand même assez fier de m’en souvenir, dans ce TGV, sans effort, 7 jours exactement après l’examen). Je me souviens même de la diapo illustrée d’une photo avec quatre patients pédalant devant un poster montrant un paysage montagneux. Dans le cours sur l’artériopathie des membres inférieurs, j’ai appris jusqu’à une arborescence à trois niveaux. Disséquer les cours en suivant les titres et les sous-titres, écrire les listes sur une feuille de papier en faisant appel à ma mémoire vive, faire des pauses quand tout devient confus et que l’esprit vagabonde, autant de sensations qui sont devenues, durant la préparation de l’examen, ma madeleine. Avoir un objectif, rester concentré, bien dormir, mais aussi douter quand tout s’embrouille et qu’il semble impossible de trouver le bon tiroir devant la future feuille blanche, tout m’a rappelé mes examens passés.

C’était un DIU, pas l’internat. Je n’y ai passé aucune nuit, que des après-midis ou des matins. Je n’y pensais pas tout le temps non plus, et surtout j’espère bien ne pas en rêver au moins une fois chaque mois comme je le fais de mon internat depuis 1997. Mais en parlant avec les autre étudiants, comme moi sortis depuis longtemps de la course d’obstacle des examens, je me suis rendu compte que nous avions tous eu les mêmes sensations.

De l’examen lui même, j’ai retrouvé l’impression d’une série d’apnées durant lesquelles l’impression du temps qui passe disparait. Et pourtant il passe, rendant nécessaire le retour périodique à la surface pour savoir le temps qui reste. Une grande inspiration, on plonge dans une question, retour à la surface pour regarder l’heure, on replonge pour la question suivante…
Je me suis réservé les 20 dernières minutes pour me relire, sûrement le moment le plus horripilant d’un examen. On a tout donné (ou rien) et on ne pense qu’à laisser derrière soi l’épreuve (qui porte ainsi très bien son nom), mais il faut rester pour se relire.

Finalement, ce ne sont pas les heures passées en solitaire devant un écran, les doutes, les angoisses qui m’ont laissé le pire souvenir. C’est d’écrire trois longues heures. Je n’écris quasi plus au stylo depuis bientôt 13 ans. Mes plus longs textes manuscrits sont désormais les trois lignes écrites dans les fiches d’appréciation des internes tous les six mois ou de temps en temps quelques mots laconiques sur la carte fantaisie ornée d’un illusoire « on pensera toujours bien fort à toi » d’un membre du personnel de la clinique qui part. Et comme j’ai toujours mal écrit, forcer sur le Bic pour écrire lisiblement pendant trois d’heures a été un petit supplice chinois.

A la fin de l’examen, mon vieux cal du majeur droit était rouge et douloureux.

Je me suis positionné pour un autre diplôme l’an prochain, un DU de coeur artificiel/assistance cardiaque. Mais j’ai bien veillé à ce qu’il n’y ai pas d’examen écrit à passer, seulement un mémoire.