AMPLIFY: apixaban dans la maladie veineuse thrombo-embolique

AMPLIFY a été publiée dans le NEJM le 29 août dernier. Cette étude avait pour but de comparer l’apixaban -Eliquis®-, un NAC (Nouvel Anti-Coagulant), au traitement par warfarine dans la maladie thrombo-embolique veineuse (MTEV).

Mais d’abord, posons-nous cinq minutes pour faire le point.

L’apixaban, comme ses prédécesseurs (dabigatran -Pradaxa®-) et rivaroxaban  -Xarelto®-), a été étudié dans deux grandes indications: prévention des complications thrombo-emboliques de la fibrillation atriale non valvulaire (ACFA) et traitement de la MTEV. Je laisse de côté la prévention de cette dernière, notamment après chirurgie orthopédique, qui ne m’intéresse pas plus que cela.

Le dabigatran a été étudié dans RE-LY (ACFA), et RE-COVER (MTEV), le rivaroxaban dans ROCKET-AF (ACFA) et EINSTEIN-PE (MTEV), l’apixaban dans ARISTOTLE (ACFA) et donc tout récemment AMPLIFY (MTEV).

La boucle n’est pas encore bouclée, puisqu’un quatrième NAC pointe son nez, l’edoxaban avec l’étude Hokusai-VTE qui est sortie il y a quelques heures, toujours dans le NEJM.

Je laisserai de côté RE-ALIGN, sortie elle aussi il y a quelques heures et qui a signé l’arrêt de mort du dabigatran (et aussi probablement celui des autres NAC…) dans la prévention des complications thrombo-emboliques des prothèses valvulaires mécaniques.

Vous l’avez compris, les NAC sont très à la mode et génèrent des flux financiers considérables qui engendrent des dizaines, des centaines d’articles, séminaires, EPU, publicités…

Bref, si vous voulez manger/voyager gratuitement lors de cette rentrée, il vous faudra faire mine de vous passionner pour les NAC (ou l’ivabradine, car Servier fait de très considérables efforts de promotion en cette saison).

Pour ceux qui préfèrent payer leurs repas/voyages et soigner leurs patients en conscience, il n’est pas non plus inutile de s’intéresser aux NAC et essayer de séparer le bon grain de l’ivraie en analysant les essais.

Globalement, le rapport bénéfice/risque des NAC n’est pas très différent de celui des AVK, à l’exception de l’apixaban qui a montré une supériorité pour l’efficacité (RR à 0.79) dans ARISTOTLE (ACFA) et le dabigatran 150 dans RE-LY (ACFA) (RR à 0.66). Les comparaisons des critères d’efficacité pour les autres NAC ne dépassent pas la pas-très-glorieuse « non-infériorité ». La sécurité d’emploi des NAC est soit similaire aux AVK, soit meilleure (RR à 0.80 pour le dabigatran 110 dans RELY et RR à 0.69 pour l’apixaban dans ARISTOTLE).

N’oublions pas non plus l’absence d’antagoniste en cas d’urgence, les interactions médicamenteuses, leur demi-vie courte, la fonction rénale à contrôler, et leur prix stupéfiant. Non seulement ces inconvénients pondèrent l’intérêt clinique des NAC, mais rend aussi discutable le choix d’une analyse en non-infériorité.

La HAS a donc logiquement statué en juillet dernier que les AVK restaient la référence dans la prévention des accidents thrombo-emboliques dans l’ACFA non valvulaire.

Pour ma part, pour l’instant, si il fallait en choisir un après avoir envisagé un AVK, ce serait plutôt l’apixaban dans l’ACFA.

On va donc voir ce que donne l’apixaban dans le traitement de la MTEV.


I. Quel est le résultat mis en avant par les auteurs?

Un traitement par apixaban est non inférieur au traitement conventionnel enoxaparine+warfarine dans le traitement des épisodes thromboemboliques veineux aigus. Il a engendré moins de saignements.

II. Interprétation critique

1) Validité interne

  • Réalité statistique du résultat

Les auteurs ont choisi un critère primaire composite d’efficacité:

  • Récidive thromboembolique symptomatique ou décès par thrombo-embolie veineuse .

La comparaison entre le groupe apixaban et le groupe traitement conventionnel montre pour le critère primaire d’efficacité un risque relatif à 0.84, pour un intervalle de confiance à 95% compris entre 0.60 et 1.18, p<0.001 pour la non-infériorité.

Le critère principal de sécurité est: saignements majeurs

Le critère secondaire de sécurité est composite: saignements majeurs et saignements cliniquement significatifs non majeurs.

Pour les saignements majeurs, le risque relatif est à 0.31, pour un intervalle de confiance à 95% compris entre 0.17 et 0.55, p<0.001.
Pour le critère composite saignements majeurs et saignements significatifs, le risque relatif est à 0.44, pour un intervalle de confiance à 95% compris entre 0.36 et 0.55, p<0.001.

Le choix de la marge de non-infériorité (choix crucial pour l’analyse de ce type d’essais) est satisfaisant: le seuil pour le risque relatif est à 1.8, ce qui correspond à la préservation d’au moins 70% de l’effet de la stratégie conventionnelle par rapport au placebo.

Le contrôle du risque alpha est contrôlé par la pratique de tests hiérarchisés pré-spécifiés. Cela est mentionné dans le protocole, pas dans le papier, c’est dommage.

  • Contrôle des biais

Prise en compte des facteurs de confusion:

Il existe un groupe contrôle contemporain représenté par le bras traitement conventionnel (warfarine et enoxaparine).

Prise en compte du biais de sélection:

L’essai est randomisé selon une procédure centralisée informatisée, via d’un serveur téléphonique interactif et stratifiée selon le diagnostic initial (embolie pulmonaire ou thrombose veineuse proximale). Il n’existe pas de différences entre les deux groupes à l’inclusion.

Insu:

L’essai est réalisé en double aveugle. Les auteurs ont mis en place un suivi factice par INR pour le groupe apixaban (les patients qui prenaient un placebo de warfarine).

Les arrêts de traitement, les déviations par rapport au protocole et les traitements concomitants ont été correctement documentés et recueillis.

Sorties d’essai, biais d’attrition:

Le nombre des perdus de vue est faible: 14 dans chaque groupe. Comme pour les autre études, il y a eu pas mal d’arrêts précoces: 377 dans le groupe apixaban, 413 dans le groupe conventionnel.

Les auteurs nous fournissent gentiment un flow chart pour bien visualiser les choses:

flowchartapixaban

  • Validité méthodologique:

L’hypothèse de l’efficacité de l’apixaban sur les patients inclus dans l’étude est issue d’une démarche hypothético-déductive.

2) Validité externe

A ce jour, AMPLIFY reste le seul essai comparant l’efficacité de l’apixaban et la prise en charge conventionnelle dans le traitement de la maladie veineuse thrombo-embolique.

3) Pertinence clinique

    • Critères de jugement

Les auteurs ont choisi un critère primaire composite d’efficacité:

  • récurrence symptomatique d’une maladie thrombo-embolique ou mort par maladie veineuse thrombo-embolique.

Et des critères secondaires:

  • mortalité toute cause
  • mortalité cardio-vasculaire
  • mortalité par maladie veineuse thrombo-embolique
  • Récurrence symptomatique d’une maladie thrombo-embolique

Ces critères ont été alloués par un comité indépendant ne connaissant pas la répartition des patients.

  • Taille de l’effet

Le risque relatif observé pour le critère principal composite est de 0.84 avec un intervalle de confiance à 95% entre 0.60 et 1.18 (p<0.001 pour la non infériorité).

La diminution relative moyenne du risque sous apixaban est de 16%, au mieux de 40%. Au pire, une augmentation du risque de 18% a été observée.

  • Patients inclus

Les critères d’inclusions étaient les suivants: Homme ou femme de 18 ans ou plus avec une maladie thrombo-embolique (embolie pulmonaire ou thrombose veineuse profonde proximale symptomatique).

Les critères d’exclusion étaient les suivants:

  • Saignement actif
  • Contre indication à l’enoxaparine ou à la warfarine
  • Créatininémie supérieure à 220 micromol/l ou clairance inférieure à 25.

Ces critères, et les critères diagnostiques des différents évènements étudiés me semblent pertinents.

Une remarque importante, merci @zeJeeP_ l’âge moyen des patients enrôlés, autour de 57 ans, est à des années lumières des patients que nous voyons en pratique…

Je me suis amusé à regarder les âge moyens des patients inclus dans ces essais sur les NAC, et, pas de surprise, ce ne sont pas les patients que nous voyons en pratique (ni ceux de la littérature observationnelle):

âgeNAC

  • Traitements comparés:

L’essai comparait deux stratégies:

  • enoxaparine durant au moins 5 jours puis warfarine durant 6 mois avec un INR cible compris entre 2 et 3.
  • apixaban 10 mg*2 par jour durant 7 jours puis 5mg*2 par jour durant 6 mois

Les patients sous AVK étaient dans l’intervalle thérapeutique (INR 2.0-3.0) durant 61% du temps (66% pour ARISTOTLE, 55% pour ROCKET-AF, 64.4% pour RE-LY).

  • Traitements concomitants

Aucune différence significative entre les deux groupes.

  • Effets indésirables

L’analyse des évènements hémorragiques montre une différence sur le critère principal de sécurité, les saignements majeurs: 0.31 (0.17-0.55); p<0.001. Soit une diminution relative moyenne du risque de 69%.

III. Conséquences de ce travail pour la pratique médicale.

AMPLIFY ne présente pas de défauts méthodologiques notables.

Cette étude n’a pas permis de montrer de supériorité de l’apixaban par rapport à une prise en charge conventionnelle par enoxaparine et warfarine. Par contre, on note une nette diminution du risque de saignement majeurs (en moyenne 69%).

Si l’on regarde ce tableau de synthèse, l’apixaban semble donc sortir (à ce jour) un peu du lot des NAC dans l’indication ACFA (en rouge) et MTEV (en bleu):

synthèseNACComme d’habitude, merci d’avance pour vos remarques!

Ma binette sur Youtube

Voici donc les vidéos de mon intervention à la CPAM de l’Aude en juin dernier.

Je remercie encore toute la dynamique équipe de la CPAM (je n’aurais jamais cru écrire cela un jour…) pour leur accueil et leur gentillesse .

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire cette présentation, j’espère que vous en prendrez aussi en la regardant.

 

MAGELLAN, tout est relatif

L’étude MAGELLAN qui compare énoxaparine et rivaroxaban en prévention d’un évènement thromboembolique chez les patients chez des patients médicaux hospitalisés a été publiée cette semaine dans le NEJM. L’étude montre une non infériorité à j10 et une supériorité à j35 du rivaroxaban, sur la survenue d’évènements thrombo-emboliques. Par contre, les saignements étaient plus fréquents dans le groupe rivaroxaban à j10 et j35.

Je me suis amusé à lire les compte-rendus faits sur theheart.org version anglaise et version française.

Dans les deux cas, on relate les données principales de l’étude avec une façon de présenter les choses assez particulière:

MAGELLAN published: Rivaroxaban reduces VTE risk in acutely ill patients

Le titre de la version anglaise, élément important dans le flux d’infos qui nous abreuve, parfois le seul lu, ne montre que le côté bénéfique du rivaroxaban. On ne parle même pas de non-infériorité, et surtout pas des saignements.

Rivaroxaban, a factor Xa inhibitor, is approved by the US Food and Drug Administration for the prevention of DVT in the setting of knee- and hip-replacement surgery. The indication for rivaroxaban in the orthopedic surgical setting is based on its performance in the three RECORD trials, in which it prevented VTE significantly better than enoxaparin with no increased bleeding risk.

Après la quand même nécessaire exposition des données sur les saignements, on rassure le bon peuple en précisant que dans une autre étude qui n’a rien à voir, le rivaroxaban ne fait pas plus saigner. Ouf!

Dans MAGELLAN, le rivaroxaban prévient les TVP mais fait saigner

Le titre de la version française est déjà plus objectif.

Comparé au traitement de référence par énoxaparine, ce nouvel anticoagulant satisfait le critère de non-infériorité en matière d’efficacité mais avec un petit prix à payer en matière d’excédent d’hémorragies.

Mais le premier paragraphe rassure bien vite: « petit prix à payer ». Ouf bis!

Les trois sous-titres sont aussi assez révélateurs:

Une étude en deux temps, répondant à deux questions

(Plus neutre que ça…)

La non-infériorité de rivaroxaban établie

(Chouette, super, le rivaroxaban)

Mais les saignements érodent le bénéfice clinique

(Érodent, juste un peu ou dissolvent totalement, à vous de juger!)

En terme de tolérance, il apparaît moins de saignements dans le groupe initialement sous énoxaparine, aussi bien à 10 jours (1,2 vs 2,8 %, p < 0,0001) qu’à 35 jours (1,7 vs 4,1 %, p < 0,0001).

Il y a moins de saignements, dans le groupe énoxaparine. C’est moins agressif que de dire qu’il y a plus de saignements dans le groupe rivaroxaban.

Je vais ré-écrire ce paragraphe en vous livrant exactement les mêmes données.

En terme de tolérance, le rivaroxaban provoque un risque de saignements majeurs, et cliniquement significatifs non majeurs supérieur à l’énoxaparine à j10 et j35 (respectivement risque relatif moyen à  2.3, et 2.5).

Cela fait un peu plus peur, non?

Si on rentre dans les détails, ces données sont encore un peu plus inquiétantes: 111 saignements majeurs ou significatifs dans le groupe rivaroxaban contre 49 dans le groupe enoxeparine à j10, 164 contre 67 à j35. Le risque relatif moyen de saignement majeur (incluant des décès) est de 2.2 à j10, 2.9 à j35.

2.9, presque 3…

« Malheureusement, saignements et hémorragies pénalisent le rapport bénéfice/risque de rivaroxaban qui ne peut pas être considéré comme supérieur à la prophylaxie standard. Il faut surtout retenir de ce travail que le risque thromboembolique va au-delà de la période du début d’hospitalisation, même si au demeurant les patients ont regagné un peu de mobilité à cette phase » conclut le Dr A. Cohen.

L’auteur principal de MAGELLAN en convient, avec un tel risque de saignement, on ne peut pas considérer que le rivaroxaban soit supérieur à l’énoxaparine.

« Dans cette population de patients présentant un problème médical aigu, il est très difficile de naviguer entre risque d’hypercoagulation et de saignement en raison de l’âge, de la diversité des pathologies, des comorbidités associées, des traitements suivis, de la durée et du degré d’immobilisation souvent imprévisibles. Il y a sans doute des sous-groupes de sujets à définir chez qui se dégagera un bénéfice du traitement oral ! »

Mais il se reprend bien vite, on va quand même pouvoir trouver des sous groupes, qui vont « bénéficier » du rivaroxaban.

(L’analyse en sous-groupe, quel bonheur: dommage pour les Gémeaux et les Balance dans ISIS)

L’article se termine par cette note optimiste. Je crois que j’ai envie de prescrire du rivaroxaban à mes patients alités. Pas vous?

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Je vous laisse, je vais lire les FMC de theheart.org sur les nouveaux anticoagulants (ici et ici).

Ces FMC sont parrainées par la SFC et réalisées grâce au soutien institutionnel de Bayer, conformément au Code de bonnes pratiques de la FMC, co-signé par le LEEM et le Ministère de la Santé.

ARISTOTLE: Apixaban et fibrillation auriculaire

L’apixaban (ELIQUIS®. BMS) est le troisième représentant de la famille des « Nouveaux Anticoagulants Oraux » (NAC ou NACO). Comme le rivaroxaban, il s’agit d’un inhibiteur direct du Xa. Les études qui ont permis l’obtention de son AMM aux EU et chez nous dans la prévention des accidents thrombo-emboliques dans la fibrillation auriculaire, sont AVERROES et ARISTOTLE. Je vais à peine évoquer AVERROES qui compare apixaban et aspirine chez les patients contre-indiqués aux AVK pour me concentrer sur ARISTOTLE.

Pour résumer les épisodes précédents, je dirais match nul entre AVK et NAC dans la fibrillation auriculaire dans le cas du dabigatran et du rivaroxaban. En fait, aucune donnée ne m’a convaincu de la supériorité des NAC et je continue en pratique à prescrire/conseiller la prescription des AVK, sauf cas particulier.

ARISTOTLE est une énorme étude multicentrique, randomisée en double aveugle de 18201 patients suivis sur une durée moyenne de 1.8 ans. Les auteurs ont prévu d’effectuer une étude de type non-infériorité, mais vous verrez que les données leur ont permis de passer en étude de supériorité. Bien entendu, tout cela était prévu au protocole. Nous sommes entre gens de bonne compagnie.

I. Quel est le résultat mis en avant par les auteurs?

Un traitement par apixaban est supérieur à la warfarine pour prévenir les accidents cérébraux (ischémiques ou hémorragiques) et systémiques. Il a engendré moins de saignements et une mortalité moindre a été observée dans le groupe apixaban.

II. Interprétation critique

1) Validité interne

  • Réalité statistique du résultat

Les auteurs ont choisi un critère primaire composite d’efficacité:

  • accident vasculaire cérébral (hémorragique ou ischémique) ou embolie systémique.

La comparaison entre le groupe apixaban et le groupe traitement conventionnel montre pour le critère primaire d’efficacité un risque relatif à 0.79, pour un intervalle de confiance à 95% compris entre 0.66 et 0.95, p<0.001 pour la non-infériorité et p=0.01 pour la supériorité.

Un autre critère est mis en avant, celui de la sécurité qui compare les saignements majeurs. Bien que qualifié de « primary safety outcome », je ne pense pas qu’il faille l’analyser comme étant un co-critère principal. En tout cas, dans la déclaration de BMS à clinicaltrials.gov, il n’est pas considéré comme tel.

Pour ce critère, le risque relatif est à 0.69, pour un intervalle de confiance à 95% compris entre 0.6 et 0.8, p<0.001.

Le risque alpha est contrôlé par la pratique de tests hiérarchisés pré-spécifiés (ne me demandez pas ce que c’est)

  • Contrôle des biais

Prise en compte des facteurs de confusion:

Il existe un groupe contrôle contemporain représenté par le bras traitement conventionnel (warfarine).

Prise en compte du biais de sélection:

L’essai est randomisé selon une procédure centralisée informatisée, via d’un serveur téléphonique interactif. Il n’existe pas de différences entre les deux groupes à l’inclusion.

Insu:

L’essai est réalisé en double aveugle.

Les arrêts de traitement, les déviations par rapport au protocole et les traitements concomitants ont été correctement documentés et recueillis.

Sorties d’essai, biais d’attrition:

Le nombre des perdus de vue est faible: 51 dans le groupe apixaban, 39 dans le groupe warfarine. 32 patients n’ont pas reçu le traitement adéquat dans le groupe apixaban, 29 dans le groupe warfarine. On note 35 perdus de vue dans le groupe apixaban et 34 dans le groupe warfarine. 92 patients ont retiré leur consentement dans le groupe apixaban, 107 dans le groupe warfarine. 2310 patients du groupe rivaroxaban (25.3%) et 2493 dans le groupe warfarine (environ 27.5%) ont arrêté précocement le traitement. C’est un peu plus que dans ROCKET-AF.

Même remarque que pour cette dernière: ça aurait été sympa de mettre le flow-chart dans le papier du NEJM, et pas uniquement dans le Supplementary Material

  • Validité méthodologique:

L’hypothèse de l’efficacité de l’apixaban sur les patients inclus dans l’étude est issue d’une démarche hypothético-déductive. Le rivaroxaban a montré une efficacité dans l’étude AVERROES contre l’aspirine, chez des patients porteurs d’une fibrillation auriculaire, et chez qui les AVK étaient contre-indiqués.

2) Validité externe

A ce jour, ARISTOTLE reste le seul essai étudiant l’efficacité de l’apixaban contre la warfarine chez les patients en fibrillation auriculaire. Cet essai s’insère néanmoins avec ROCKET-AF dans les essais comparant l’efficacité des anti Xa.

3) Pertinence clinique

    • Critères de jugement

Les auteurs ont choisi un critère primaire composite:

  • accident vasculaire cérébral (hémorragique ou ischémique) ou embolie systémique

Et des critères secondaires:

  • mortalité toute cause
  • infarctus du myocarde
  • un critère « principal » de sécurité: saignements majeurs
  • Critère composite de sécurité: saignements majeurs, saignements significatifs non majeurs
  • Autres critères de sécurité: saignements toute causes, anomalies hépatiques

Ces critères ont été alloués par un comité indépendant ne connaissant pas la répartition des patients.

  • Taille de l’effet

Le risque relatif observé pour le critère principal composite est de 0.79 avec un intervalle de confiance à 95% entre 0.66 et 0.95 (p=0.001 pour la supériorité).

La diminution relative moyenne du risque sous apixaban est de 21%, au mieux de 34%, au pire de 5%. Pour ce critère, l’apixaban est significativement supérieur par rapport à la warfarine.

Je note aussi un critère secondaire d’efficacité intéressant: la mortalité toute cause qui est significativement moindre, d’un-dernier-souffle, dans le groupe apixaban: risque relatif à 0.89 (0.8-0.998), p=0.047.

  • Patients inclus

Les critères d’inclusions étaient les suivants: Homme ou femme de 18 ans ou plus avec une fibrillation auriculaire avec au moins un des facteurs suivants:

  • Antécédent d’accident ischémique cérébral, d’accident cérébral transitoire, d’accident embolique systémique d’origine cardiaque.

  • insuffisance cardiaque ou FEVG inférieure ou égale à 40%,

  • antécédent d’accident ischémique cérébral, d’embolie systémique d’origine cardiaque

  • HTA,

  • âge supérieur ou égal à 75 ans,

  • diabète.

Vous aurez remarqué que ces points, comme dans ROCKET-AF regroupent les critères CHADS2. Les auteurs ont bien naturellement cherché à recruter des patients avec un risque embolique suffisant. Malgré cela, le CHADS2 des groupes apixaban et warfarine sont à 2.1+/-1, bien moins que dans ROCKET-AF où les CHADS2 sont à 3.48 dans le groupe rivaroxaban, et 3.46 dans le groupe warfarine. En fait, ces patients sont superposables à ceux de RE-LY en terme de risque thrombo-embolique.

Les critères d’exclusion étaient les suivants:

  • RM modéré à sévère
  • Prothèse valvulaire
  • AIT dans les 7 jours précédents
  • Nécessité d’un traitement par aspirine>165 mg/ jours ou d’une bithérapie aspirine+clopidogrel
  • Clairance inférieure à 25 (ou créatininémie >221 microMol/L)

Ces critères, et les critères diagnostiques des différents évènements étudiés me semblent pertinents.

  • Traitements comparés:

L’essai comparait une stratégie conventionnelle: warfarine avec un INR cible entre 2 et 3 et apixaban à 5mg*2 par jour ou 2.5mg*2 pour les patients ayant au moins deux critères parmi les suivants:

  • 80 ans ou plus
  • 60 kg ou moins
  • Créatininémie supérieure à 133

Les patients sous AVK étaient dans l’intervalle thérapeutique (INR 2.0-3.0) durant 66% du temps (bien meilleur que les 55% de ROCKET-AF), comparable au 64.4% de RE-LY.

  • Traitements concomitants

Aucune différence significative entre les deux groupes.

  • Effets indésirables

L’analyse des évènements hémorragiques montre une différence sur le critère principal de sécurité, les saignements majeurs: 0.69 (0.6-0.8); p<0.001. Soit une diminution relative moyenne du risque de 31%. En comparaison avec ROCKET-AF, les saignements sont moindres, même dans le groupe warfarine, ce qui correspond à une population à moindre risque.

III. Conséquences de ce travail pour la pratique médicale.

ARISTOTLE me paraît être la plus convaincante des grandes études sur les NAC chez les patients porteurs d’une fibrillation auriculaire. La qualité de sa réalisation et la supériorité avec une diminution moyenne du risque relatif de 21% pour le critère primaire me plaisent bien. La diminution de mortalité me fait moins rêver, mais bon, je ne vais pas faire la fine bouche. Le risque relatif des hémorragies majeures est diminué de 31% en moyenne dans le groupe apixaban par rapport au groupe warfarine. Il s’agit néanmoins d’un critère secondaire.

Bref, si je devais choisir un NAC, ce serait plutôt l’apixaban. Bon, maintenant, le problème principal des NACs reste entier: l’absence de traitement permettant d’antagoniser leur effet anticoagulant. J’ai un peu musardé, les interactions ne paraissent pas rédhibitoires, et l’utilisation de l’apixaban semble être un peu moins délicate en cas d’insuffisance rénale (attention clairance>25 quand même!). Le coût sera sûrement stupéfiant, je présume égal aux autres NACs.

Je n’ai pas de texte bien rigolo à vous faire lire pour vous récompenser de votre lecture. Juste cet article de theheart.org ou les supporters du dabigatran l’ont un peu mauvaise et font preuve de pas mal de mauvaise foi:

However, RE-LY investigator Dr Salim Yusuf (McMaster University, Hamilton, ON) pointed out to heartwire that although the ARISTOTLE results were very good, apixaban did not show a reduction in ischemic stroke, whereas the 150-mg dabigatran dose in RE-LY did. He said he would position the ARISTOTLE result « somewhere in between the two doses of dabigatran in RE-LY. »

Comme toujours, vos remarques seront les bienvenues.