La brillante Kristin, m’a fait découvrir la semaine dernière un exemple impressionnant d’optimisation (pour rester poli) de données scientifiques par l’industrie pharmaceutique.
Il s’agit de l’essai Vigor, publié en 2000, qui étudiait l’intérêt du rofecoxib (Vioxx®) sur le naproxène sur la survenue d’évènements gastro-intestinaux. Je ne vais pas vous raconter le scandale du Vioxx®, vous en trouverez des résumés ici et ici. Je ne vais pas non plus vous parler des 3 infarctus qui ont été « malencontreusement » oubliés dans le groupe… rofecoxib (bien évidemment).
On va regarder de façon naïve les résultats dans le résumé de l’article de Bombardier et al. de 2000:
Le risque relatif moyen de saignements gastro-intestinaux du rofecoxib par rapport au naproxène est de 0.5 (0.3-0.6). Bon, d’accord, le rofecoxib fait deux fois moins saigner que le naproxène.
Maintenant, regardons les infarctus:
Les auteurs parlent d’incidence, mais en fait, c’est un risque relatif qui a été calculé. Passons. Le risque relatif moyen d’infarctus du myocarde du naproxène par rapport au rofecoxib est de 0.2. Bon d’accord.
Que remarquez-vous?
(…)
Entre le début et la fin de la section résultats du résumé, les auteurs ont inversé le dénominateur et le numérateur du risque relatif.
Si ils avaient gardé un risque relatif rofecoxib/naproxène, logique quand on souhaite comparer une nouvelle molécule par rapport à un produit de référence, le risque relatif des infarctus se serait donc exprimé ainsi:
Le risque relatif moyen d’infarctus du myocarde du rofecoxib par rapport au naproxène est de 5 [l’inverse de 0.2].
Et, là, ça fait bien plus peur, vous ne trouvez pas?
Les auteurs ont sciemment inversé numérateur et dénominateur pour cacher au lecteur peu attentif l’ampleur du problème.
Et cela n’est pas qu’une vue de l’esprit.
Si on regarde un peu plus loin dans l’article, on trouve ce passage absolument extraordinaire:
Thus, our results are consistent with the theory that naproxen has a coronary protective effect and highlight the fact that rofecoxib does not provide this type of protection owing to its selective inhibition of cyclooxygenase- 2 at its therapeutic dose and at higher doses.
The finding that naproxen therapy was associated with a lower rate of myocardial infarction needs further confirmation in larger studies.
Donc, c’est bien ce que l’on disait. Ce n’est pas le rofecoxib qui provoque plus d’infarctus que le naproxène, mais ce dernier qui a un effet protecteur (avec un risque relatif à 0.2).
Treize ans après, l’effet cardio-protecteur des AINS demeure un des chefs d’œuvre de la communication de l’industrie pharmaceutique. Et là, ce n’était pas dans une feuille de chou financée par l’industrie, mais dans le NEJM.
C’est merveilleux, la communication, non?
43.297612
5.381042
Pour partager cette note: