Petite musique de nuit

Cette nuit, un voisin s’est fait fracturer sa voiture. Les auteurs, particulièrement taquins et/ou fins mélomanes ont mis la radio à fond avant de se barrer en scooter.

Une douce et majestueuse mélodie s’est alors puissamment élevée dans la pas-encore chaude nuit phocéenne.

Des volets se sont ouverts et d’autres voisins sont allés réveiller les heureux propriétaires qui ignoraient posséder une boîte de nuit ambulante maintenant ouverte à tous les vents et diffusant du Radio Classique vers la voûte étoilée.

J’ai bien aimé le réveil. Je me suis même dit, à demi endormi, que je jouais très bien de la musique dans mes rêves.

Je pensais que c’était du Haydn. Puis après quelques recherches, j’ai retrouvé la référence, c’était le deuxième mouvement de la Symphonie n° 41 de Mozart:

Quel sera le programme musical de ce soir? Si c’est ma voiture que l’on fracture, ce sera du FAUVE≠. La programmation musicale du festival phocéen de vol à la roulotte est donc très éclectique cette année.

Bourgeois

Contact

Imaginons un endroit sobrement luxueux avec plusieurs salles de réunion. Dans chacune, un jury composé de médecins libéraux et d’universitaires siège derrière une table ornée d’un verre et d’une bouteille de Vittel posés sur de petits sous-verres ronds portant le logo de l’établissement. Les candidats sont des visiteurs médicaux.

Tout se passe de façon conviviale, il ne s’agit que d’un simple jeu de rôle. Il n’y a pas d’enjeu.

Enfin, si, car tout est enjeu dans la vie, mais ici il n’est pas pour ceux que l’on imagine.

Chaque visiteur médical doit présenter un produit au jury qui va noter la prestation.

Chaque jury aura bien sûr eu à cœur de prendre connaissance d’un minimum de choses sur le produit afin de juger en conscience. Et chaque jury va écouter 1, 2 , 3, 4 variations sur le même message commercial.

Et à chaque passage, poli par des conseils doctement délivrés, le « candidat » se corrigera afin de s’améliorer, d’épurer son discours, d’éviter les pièges.

6156241010_3f54a661a8_oŒuvre de Martin Nikolaj Christensen

A la fin de cette journée, quand les rayons du soleil teinteront d’or les bords de la piscine, jurys et candidats se retrouveront à partager une coupette de champagne autour de verrines sucrées-salées.

Tous, certains consciemment, d’autres non, se seront bien approprié le message.

VIGOR

La brillante Kristin, m’a fait découvrir la semaine dernière un exemple impressionnant d’optimisation (pour rester poli) de données scientifiques par l’industrie pharmaceutique.

Il s’agit de l’essai Vigor, publié en 2000, qui étudiait l’intérêt du rofecoxib (Vioxx®) sur le naproxène sur la survenue d’évènements gastro-intestinaux. Je ne vais pas vous raconter le scandale du Vioxx®, vous en trouverez des résumés ici et ici. Je ne vais pas non plus vous parler des 3 infarctus qui ont été « malencontreusement » oubliés dans le groupe… rofecoxib (bien évidemment).

On va regarder de façon naïve les résultats dans le résumé de l’article de Bombardier et al. de 2000:

vigorresults2Le risque relatif moyen de saignements gastro-intestinaux du rofecoxib par rapport au naproxène est de 0.5 (0.3-0.6). Bon, d’accord, le rofecoxib fait deux fois moins saigner que le naproxène.

Maintenant, regardons les infarctus:

vigorresults3Les auteurs parlent d’incidence, mais en fait, c’est un risque relatif  qui a été calculé. Passons.  Le risque relatif moyen d’infarctus du myocarde du naproxène par rapport au rofecoxib est de 0.2. Bon d’accord.

Que remarquez-vous?

(…)

Entre le début et la fin de la section résultats du résumé, les auteurs ont inversé le dénominateur et le numérateur du risque relatif.

Si ils avaient gardé un risque relatif rofecoxib/naproxène, logique quand on souhaite comparer une nouvelle molécule par rapport à un produit de référence, le risque relatif des infarctus se serait donc exprimé ainsi:

Le risque relatif moyen d’infarctus du myocarde du rofecoxib par rapport au naproxène est de 5 [l’inverse de 0.2].

Et, là, ça fait bien plus peur, vous ne trouvez pas?

Les auteurs ont sciemment inversé numérateur et dénominateur pour cacher au lecteur peu attentif l’ampleur du problème.

Et cela n’est pas qu’une vue de l’esprit.

Si on regarde un peu plus loin dans l’article, on trouve ce passage absolument extraordinaire:

Thus, our results are consistent with the theory that naproxen has a coronary protective effect and highlight the fact that rofecoxib does not provide this type of protection owing to its selective inhibition of cyclooxygenase- 2 at its therapeutic dose and at higher doses.
The finding that naproxen therapy was associated with a lower rate of myocardial infarction needs further confirmation in larger studies.

Donc, c’est bien ce que l’on disait. Ce n’est pas le rofecoxib qui provoque plus d’infarctus que le naproxène, mais ce dernier qui a un effet protecteur (avec un risque relatif à 0.2).

Treize ans après, l’effet cardio-protecteur des AINS demeure un des chefs d’œuvre de la communication de l’industrie pharmaceutique. Et là, ce n’était pas dans une feuille de chou financée par l’industrie, mais dans le NEJM.

C’est merveilleux, la communication, non?