I Can’t Go for That

No Strings Attached

Mais que devient theheart.org?

theheart.org est resté longtemps mon site de référence pour me tenir au courant des dernières nouveautés en cardiologie.

La version anglaise était un peu au dessus de la française pour l’analyse qu’elle faisait des essais. En général dans cette version, un même article comprenait deux points de vue différents, et permettait ainsi au lecteur de se faire une opinion. La version française, elle, était un peu moins équilibrée.

Ce service était gratuit (il l’est toujours), ce qui suppose un sens critique raisonnablement émoussé vis à vis des annonceurs. Mais dans l’ensemble, j’aimais bien leur très relative neutralité. Et quand l’article était franchement déséquilibré, je me faisais un plaisir de le remarquer.

Puis theheart.org s’est fait croquer et englober par Medscape. Il existe toujours une version anglaise et une version française, mais j’ai l’impression que le contenu de la version française s’est drastiquement raréfié (vous en pensez quoi?).

On y trouve quelques articles, notamment celui-ci qui a retenu mon attention: HTA : Après SIMPLICITY, les arguments des « pro-dénervation ».

Pourquoi SYMPLICITY HTN-3 (si l’auteure de l’article passe par là, c’est un Y en premier) fut négatif?

Trois excellentes raisons sont données:

  • le choix de la méthodologie. On n’en saura pas plus, le pourquoi du comment n’est pas explicité.
  • la population: il y avait plus de femmes, d’afro-américains, de gros, de dyslipidémiques et de diabétiques que dans les deux études positives précédentes. Et les hypertendus, il n’y en avait pas un peu plus aussi? Ça peut jouer, ça aussi, les hypertendus. Enfin, trop de patients ont changé de traitement au cours de l’essai.
  • Enfin, les opérateurs étaient mauvais.

Pour résumer l’article, ce n’est donc pas la faute de la technique si SYMPLICITY HTN-3 est négative mais des patients trop divers, des opérateurs trop nuls et de la méthodologie trop on ne sait pas trop quoi.

Medtronic devrait apprécier.

Je me suis demandé pourquoi l’auteure de cet article, forte de son impartialité de journaliste et consœur, s’est contentée de retranscrire tout cela sans apparemment émettre la moindre question, lever ne serait-ce qu’un demi sourcil, je ne parle même pas de doute. À un moment j’ai eu l’impression de lire le QDM ou Cardiologie Pratique ou un communiqué de presse de Medtronic.

J’ai bien cru que Medscape avait éteint toute velléité d’indépendance, d’impartialité, de réflexion, qualités qui honoraient les équipes de theheart.org.

C’est pourquoi j’ai reconsidéré la question et la vérité m’a sauté aux yeux.

La fusion avec Medscape n’a pas atténué l’indépendance d’esprit de theheart.org, bien au contraire, elle en a fait un bastion farouchement anti firmes pharmaceutiques, qui fait passer les gens du Formindep pour des communiquants zélés de Servier.

Cet article en est la preuve éclatante car ce brûlot assassin véhicule une violente critique vis à vis de Medtronic, de la dénervation et l’auteure se fiche très ouvertement de l’expert interrogé.

Cette critique est bien trop violente pour que je puisse l’approuver, la lecture de ce texte me gène vaguement car l’auteur d’un site d’information se doit d’être un minimum équilibré et impartial, certainement pas cassant et humiliant.

Certes, Il faut relire attentivement ce texte pour en discerner le caractère sulfureux, mais une fois qu’on l’a vu, on ne voit plus que ça.

Attention, ça va assez vite:

Après l’échec de SYMPLICITY HTN-3 on aurait pourtant pu croire que l’enthousiasme pour cette technique allait retomber. Il n’en n’est rien. Et les pionniers de la dénervation ont analysé les raisons de l’échec de cette étude qui allait à l’inverse des résultats obtenus en préclinique et lors des phases 1 et 2. Selon eux, l’échec est notamment lié au choix du traitement médicamenteux, à la population des patients et aux opérateurs. Ils ont proposé de nouvelles pistes d’études. Bref, la dénervation rénale serait tout sauf l’échec annoncé au moment de la publication des résultats de SYMPLICITY HTN-3….

Alors, vous avez vu?

Non???

Je le repasse plus lentement:

Après l’échec de SYMPLICITY HTN-3 on aurait pourtant pu croire que l’enthousiasme pour cette technique allait retomber. Il n’en n’est rien. Et les pionniers de la dénervation ont analysé les raisons de l’échec de cette étude qui allait à l’inverse des résultats obtenus en préclinique et lors des phases 1 et 2. Selon eux, l’échec est notamment lié au choix du traitement médicamenteux, à la population des patients et aux opérateurs. Ils ont proposé de nouvelles pistes d’études. Bref, la dénervation rénale serait tout sauf l’échec annoncé au moment de la publication des résultats de SYMPLICITY HTN-3….

L’emploi d’un conditionnel moqueur, l’ironie marquée de Il n’en est rien et du bref, sans même parler de l’humiliante moquerie des …, tout cela est bien trop violent pour moi.

Je suis surtout choqué par les … qui sont suivis par un . final pour marteler, s’il en était encore besoin, le sarcasme.

J’espère que Medscape ne va pas casser le bel outil qu’était theheart.org en poursuivant dans cette fuite en avant sectairement anti firmes qui ne peut que nuire à sa crédibilité.

Dans le cas contraire, je me verrais dans l’obligation de saisir le CODEEM.

Tu apprends

J’ai retrouvé dans ma bibliothèque iTunes tout un tas de vieilleries que j’ai usées jusqu’à la portée à force de les écouter. Ré-écouter les succès d’Alanis Morissette m’a replongé avant mon assistanat.

C’était le temps un peu effrayant des possibles.

J’ai toujours eu la chance de rencontrer des gens, qui à des moments précis et cruciaux, m’ont permis de faire de pas trop mauvais choix professionnels. Et ce n’était pas gagné, car à cette époque, et jusqu’il y a très peu, j’avais un fort tropisme pour l’attentisme. J’étais le contraire du pilote résolu luttant contre les éléments. Je me laissais plutôt dériver paisiblement. Cela aurait pu être une horreur de voyage immobile, mais les vents ne m’ont pas été trop défavorables et des phares bienveillants m’ont toujours guidé.

En prenant un peu d’âge, je suis devenu plus calculateur, et je construis mes actions comme un mouvement aux échecs ou sur un champ de bataille. Les potentialités s’épuisent bien naturellement, les enjeux sont plus importants et se laisser dériver devient insupportablement trop hasardeux. Et encore, même là, je n’entrevois que rarement l’ampleur d’un mouvement avant qu’il ne soit bien amorcé, et pour tout dire, il faut souvent que ce soit un tiers qui me le révèle. Je compense un lourde myopie qui n’est pas que visuelle par un bon instinct et beaucoup de chance.  J’aurais fait un bien piètre militaire…

Je me revois sur mon matelas dans ma chambre de bonne à Clichy (je fais un peu pathos pour faire pleurer dans les chaumières, mais pas trop car j’ai toujours bien vécu) et maintenant et je me demande si il y a des leçons de tout cela à tirer pour dire que c’est quand même un peu plus que de la chance.

Je crois qu’il est temps pour moi d’enfiler les clichés comme des perles:

  • Toujours considérer l’humain comme primordial

  • Deux lectures très utiles, apparemment très paradoxales pour un humaniste qui se laisse dériver, mais j’aime bien les paradoxes: Le Prince de Machiavel et l’Art de la guerre de Sun Tzu. Ce dernier ouvrage est la tarte à la crème des écoles de commerce, ça le déprécie un peu, mais les premiers chapitres sont saisissants de bon sens.

  • Don’t be evil! Never.

  • Ne pas considérer un échec comme autre chose qu’un contre-temps ou un tremplin pour autre chose, de meilleur.

  • Ne jamais se prendre au sérieux, ni se croire supérieur aux autres.

  • Ne pas hésiter à se laisser guider par son instinct, et ne rien faire contre, ou à contre-cœur.

  • Idéalement, il ne faut jamais rien demander à personne, mais le susciter. (c’est pas facile).

  • Encore plus difficile: avoir un plan B, une alternative. Par exemple avoir plusieurs activités professionnelles.

  • Mon blog a totalement changé ma vie en m’ouvrant sur les autres et en me faisant rencontrer des gens fabuleux. Quand j’ai commencé à l’écrire en 2005, je n’aurais jamais pensé à tout ce qu’il allait m’apporter sur un plan personnel ou professionnel. N’hésitez pas à prendre le clavier!

  • Je crois à la supériorité de la vision stéréoscopique pour analyser méthodiquement l’environnement. J’essaye toujours de me mettre à la place des autres pour voir quelles sont leurs options, craintes, buts, espoirs, et les comparer aux miens… Le mieux est bien évidemment d’avoir une personne de confiance, un alter ego qui se situe à l’opposé du terrain et dont la vision  apporte le relief. Là, j’ai une chance inouïe.

  • En cas d’adversité, c’est heureusement rare, laisser l’autre se prendre tout seul les pieds dans le tapis, ou l’aider un tout petit peu en orientant son énergie vers la poussière du sol. Une fois qu’il s’est bien ramassé  (et pas avant!) lui tendre la main, une seule fois (gentil, mais pas benêt).

  • Ne pas hésiter, ni avoir honte d’avoir l’air un peu benêt, justement. Les mouvements s’effectuent alors plus rapidement, souvent à contre-temps. Après, on peut prendre un sourire carnassier à la Jack Nicholson (mais pas trop longtemps, il ne faut pas en abuser non plus).

  • Malheureusement, pour ne pas trop se manquer, il faut travailler comme un damné. Je suis un flemmard viscéral qui bosse tout le temps sans compter mes heures.