Finalement, continuez à fumer…

Je suis en cours de réalisation d’un diaporama sur les interactions médicamenteuses et en cherchant des données je suis tombé sur deux interactions intéressantes mettant en jeu le tabagisme.

Fumer induit les CYP1A1, 1A2 et peut-être le 2E1. Il faut fumer pas mal, plus de 20 cigarettes par jour pour obtenir une induction significative.

La théophylline est une base xanthique utilisée dans le traitement de l’asthme et de la BPCO, notamment…tabagique. C’est un médicament à marge thérapeutique étroite avec une toxicité qui peut être sévère: convulsions, troubles du rythme cardiaque, diarrhée, agitation psychomotrice…

Or, la théophylline est métabolisée principalement par le CYP1A2…

Vous voyez la situation délicieusement perverse?

Fumer diminue la théophyllinémie par induction du CYP1A2, donc arrêter de fumer l’augmente… Et ce n’est pas marginal.

Après 7 jours de sevrage tabagique, la clairance de la théophylline est diminuée d’un gros tiers et la demi-vie plasmatique de la théophylline est augmentée dans les mêmes proportions.

Le BJMP relate la triste histoire d’une patiente de 76 ans qui a fait une intoxication grave à la théophylline parce qu’elle a arrêté de fumer…

Moralité, si un de vos patients, gros fumeur et sous théophylline, se sèvre, réduisez la posologie de sa théophylline de 35-40% et dosez-lui sa théophyllinémie régulièrement en début de sevrage.

Autre interaction sympa.

Devinez quel est le produit qui se marie bien avec le tabac mais qui est un substrat du CYP1A1?

coffee-689423_1280(Source)

Le café…

Un gros fumeur métabolise très bien son café. On estime qu’il doit boire environ 3-4 fois plus de café qu’un non fumeur pour obtenir la même « caféinémie ».

Si il se sèvre, il va donc devoir lui aussi revoir à la baisse sa consommation quotidienne de café si il ne veut pas devenir un peu nerveux…

Imaginez un patient tabagique, caféinomane sous théophylline… Autant qu’il continue son intoxication tabagique, non?

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Smoking and drug interactions. Catherine Lucas. Aust Prescr 2013;36:102–4

Les Variations Goldberg

Bah ouais, c’est du Bach, pas du Verchuren!

Moi, c’est Bach!

Un lecteur vient de m’envoyer ce message au sujet de la mort d’Oliver Sacks, que j’avoue ne connaître que par la série d’articles qu’il a écrit récemment pour le NYT:

Au cas où vous jugeriez cette proposition de texte intéressante vous pourriez éventuellement la publier quelque part sur le site : Oliver Sacks, célèbre neurologue américain vient de mourir à l’âge de 82 ans. Pourquoi aborder ici ce sujet? tout simplement pour l’importance que le Dr Sacks a toujours accordée à la musique, omniprésente sur ce site animé par un cardiologue.

Voici quelques phrases relevées sur Time à l’adresse http://mobile.nytimes.com/2015/08/31/science/oliver-sacks-dies-at-82-neurologist-and-author-explored-the-brains-quirks.html?_r=0

A skilled pianist, Dr. Sacks often wrote about the relationship between music and the mind, eventually devoting a whole book, “Musicophilia” (2007), to the subject.

Referring to Nietzsche’s claim that listening to Bizet had made him a better philosopher, Dr. Sacks said, “I think Mozart makes me a better neurologist.”

“I haven’t heard of a human being who isn’t musical, or who doesn’t respond to music one way or another,” he told an audience at Columbia University in 2006. “I think we are an essentially, profoundly musical species.

Je retiens de Oliver Sacks le dernier paragraphe de son dernier article, Sabbath:

And now, weak, short of breath, my once-firm muscles melted away by cancer, I find my thoughts, increasingly, not on the supernatural or spiritual, but on what is meant by living a good and worthwhile life — achieving a sense of peace within oneself. I find my thoughts drifting to the Sabbath, the day of rest, the seventh day of the week, and perhaps the seventh day of one’s life as well, when one can feel that one’s work is done, and one may, in good conscience, rest.

Moi, j’aime Bach depuis longtemps. Il a écrit des musiques merveilleuses, mais aussi des trucs que je trouve très chiants (La Passion selon St Matthieu…). Dans les musiques merveilleuses, ma préférée est le prélude de la suite N°1 pour violoncelle.

Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je l’écoute, notamment avec ses hésitations et ses emballements, je me dis que cette musique, c’est la Vie. Cette musique est tellement humaine qu’elle en devient inhumaine, divine surhumaine.