Iconographie

Un patient arrive hier pour une ischémie critique des deux membres inférieurs. Il est diabétique et a déjà bénéficié d’une angioplastie avec pose d’endoprothèses sur les deux iliaques communes.
Le service de vasculaire demande un doppler et une artériographie en urgence.
Je tombe d’emblée sur une image curieuse dans la lumière de l’aorte abdominale. Cette calcification traverse la lumière, et divise le flux artériel en doppler couleur. A priori, une énorme plaque ulcérée.

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Il faudra que les radiologues fassent attention quand ils monteront la queue de cochon (c’est le nom de la sonde qui permet d’injecter l’iode) pour faire leur aortographie.

Comme souvent, les iliaques sont difficiles à analyser. Je parie quand même sur une sténose juste à la bifurcation iliaque interne/iliaque externe gauche.

Pour l’instant, toutefois, rien qui explique l’ischémie bilatérale.

Mais je tombe rapidement sur le problème.

A gauche, une occlusion de l’artère fémorale superficielle peu après sa naissance.

Et à droite, cette belle sténose:

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J’avoue que l’image est moyenne, il y a bien trop de bruit, et je n’ai pas réussi à bien dérouler l’amont de la sténose (qui est à gauche).

En doppler pulsé, c’est déjà plus parlant:

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La flèche simple montre la vitesse systolique en aval de la sténose (un peu moins de  1m/s), la double, juste après, là où la vitesse est maximale. (un peu plus de 6 m/s). Ce qui nous fait un rapport systolique tout à fait respectable, supérieur à 6. Vous remarquerez aussi la vitesse diastolique qui atteint presque 2 m/s.

Les conséquences sur les flux d’aval sont majeures:

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Le flux artériel, totalement démodulé est au dessus de la ligne de base, le flux veineux en dessous. Il n’y a vraiment pas grand’chose qui passe.

La chute

La chute de Bernard Madoff n’aura pas que des conséquences sur les cours de la bourse des établissements bancaires qui lui avaient fait confiance, ou sur le patrimoine des rares privilégiés qui pouvaient accéder à son fond de gestion.

La lame de fond touche plusieurs œuvres de charité, qui lui avaient confié une partie de leurs avoirs, ou dont les habituels contributeurs ont été ruinés dans cette affaire de fraude pyramidale (le « Ponzi Scheme » des américains). Une œuvre charitable, la Robert I. Lappin Charitable Foundation, a déjà mis la clef sous la porte. La Gift of Life Bone Marrow Foundation recherche 1.8 millions de dollars pour boucler son prochain budget.

Car Bernard Madoff, philanthrope lui-même, fréquentait la haute sphère financière, notamment issue de la communauté juive, où il a recruté une bonne partie de ses clients. A ce jour, c’est la famille Shapiro et sa fondation qui a perdu le plus d’argent: 145 millions de dollars, soit 45% des avoirs de la fondation.

La famille Shapiro avait notamment participé à la création d’un centre cardio-vasculaire ultra moderne et s’était engagée pour 27 millions de dollars dans le centre de traitement anti cancéreux Dana-Farber /Brigham and Women’s dans le célèbre Brigham and Women’s Hospital.

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Madoff Collapse Hits Bone Marrow Foundation, Hospital

Jacob Goldstein

WSJ Health Blog

December 16, 2008.

Boston donors bilked out of millions

Beth Healy and Steven Syre

The Boston Globe

December 13, 2008.

Standing Accused: A Pillar of Finance and Charity

Alan Feuer and Christine Haughney

December 13, 2008.

Au taquet

« C’est à vous! ».

La dame au manteau de fourrure, et au respectable solitaire pendu à son cou pose l’annuaire téléphonique qu’elle était entrain de consulter, se lève et esquisse un petit mouvement de doigt vers la porte d’entrée.

« Ce n’est pas pour moi ».

Elle va chercher celui qui devrait être son mari/compagnon, tout en récupérant l’annuaire, qui je le précise, est à elle. Celui-ci fume tranquillement devant l’entrée, tout en contemplant au sec la pluie battante qui rend l’atmosphère grisâtre. Il jette alors d’une pichenette son mégot au loin, alors qu’un cendrier se trouve juste devant son pied droit.

Il a une quarantaine d’années, est gras et tangue comme Monsieur Culbuto en marchant.

J’entame la conversation et donnant un coup de menton vers l’endroit où il fumait nonchalamment en attendant son tour chez le cardiologue: « Ca commence bien! »

« Docteur, je vous le dis banco: je bois, je fume, et parfois du cannabis! »

En effet, ça commence bien, je pressens la consultation grandiose.

Son histoire est simple, finalement: il ne fait rien, vit d’une brasserie mise en gérance et cumule les facteurs de risque, sans vouloir en corriger un seul: tabac, cannabis, alcool, sédentarité poussée au stade de mode de vie, frère coronarien, père diabétique, diabéte débutant.

Il déclare fièrement fumer 1/2 paquet quand il bois et 3 paquets les jours ou il est sobre.

Il a des douleurs précordiales depuis 8 ans, nitro-sensibles et déclenchées notamment par le froid.

C’est miraculeux, si j’ose dire que personne ne l’ait ligoté sur une table de coronarographie depuis tout ce temps, alors que l’on en fait quotidiennement à des gens qui ne se plaignent de rien, uniquement pour rentabiliser le ticket d’entrée dans la SEL de coronarographistes. C’est dire comme il est négligeant de sa santé.

Il se moque aussi de mon nom, par une assonance taquine. Bof, je suis habitué depuis l’école primaire. Par contre, cette taquinerie est le signal que je peux me lâcher au cours de cette consultation un peu particulière. Je vais enfin pouvoir faire du Dr. House dans la réalité. Je ne me suis pas retenu.

En me tournant vers Madame: « J’espère qu’il a une bonne assurance vie en votre faveur, car vous allez bientôt être veuve, alors autant que cela vous rapporte quelque chose! »

Même pas, cet individu n’a pris aucune précaution, pas même d’épouser la femme avec qui il est depuis 5 ans. Il en rit, même.

Il n’arrive pas à terminer son épreuve d’effort, ce qui n’est pas étonnant. Sa compagne, bien plus intéressée maintenant sur son état de santé qu’au début de la consultation me demande ce que j’en conclu.

« Rien, il n’a pas été au bout »

« L’examen n’a donc servi à rien?! »

« Si, bien sûr, il m’a rapporté 76.80€ (DKRP004)! »

Il éclate de rire: « Au moins vous êtes franc »

« Moi aussi, je joue cartes sur table ».

Je lui fait une ordonnance pour passer une échographie à la dobutamine, mais je pense plutôt que ses symptômes sont liés à un spasme coronaire (un Prinzmetal), car depuis 8 ans, une lésion serrée aurait probablement déjà parlé bien plus bruyamment. Je refuse de téléphoner pour accélérer le rendez-vous (à la demande de celle qui se voit bientôt sans le sou). Il ne faut pas abuser, non plus.

Par contre, il ne coûte pas un sou à la collectivité, il a en effet refusé que je lui fasse une feuille de maladie, bien qu’il soit assuré social. En fin de consultation, Madame reprend sa recherche fébrile dans les pages jaunes, afin de lui trouver sur le champ un pneumologue car « il siffle ».

Vraiment des gens curieux.

Toutefois, j’espère bien ne jamais plus les revoir. Pas parce qu’il n’est pas sympathique, au contraire, on a bien discuté, mais car je ne peux pas concevoir une telle absence de respect pour sa propre vie et celle de ses proches.

Cachez cette étude que je ne saurais voir…

Un article publié dans le WSJ du 12 décembre fait une synthèse éclairante sur le biais de publication de certaines études scientifiques.

Ou comment les études gênantes sont balayées subrepticement sous le tapis.

Le journaliste cite notamment l’article de PLoS Medicine que Stéphane a évoqué dans cette note, ainsi que de nombreux autres exemples.

On dit que la constatation est le premier pas avant la correction. J’espère donc que cet article, paru dans une grande revue non médicale va accélérer (enclencher?) le processus du nettoyage des écuries de l’EBM.

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What You Don’t Know About a Drug Can Hurt You

By Robert Lee Hotz

The Wall Street Journal

December 12, 2008.