Un contrôle doppler d’une thrombose veineuse profonde traitée offre parfois de belles surprises, comme cette main rouge qui s’apprête à saisir un thrombus en cours d’organisation.
Nous sommes en mode 2D-énergie. Le poignet est dessiné par la crosse de la saphène interne, le pouce et les doigts par la lumière résiduelle de la fémorale. Les trois petits points rouges sur la droite sont un résidu de flux dans une artère fémorale en diastole.
En ce moment, des tas de petits ennuis s’accumulent dans ma petite vie bien tranquille. Impôts (a priori nouvelle bêtise de mon ex-expert comptable), mal de dos, changement de voiture imminent (tombe mal financièrement), confrères n’ayant que la première syllabe du mot…
Bref, période difficile pour quelqu’un comme moi qui n’a encore jamais connu le malheur.
J’espère que vous avez lu cette magnifique note de Stéphane.
[Alors que je viens d’écrire cette phrase, je suis allé sur ton blog, pour récupérer un lien hypertexte, et j’ai lu la suite, et là bien évidemment, rien ne peut plus être pareil, surtout pas la fin de ma propre note. Je compatis avec ton angoisse]
Je me lève avec une lombalgie carabinée, en tout cas la plus intense à ce jour. Un bi-profenid de la pharmacie familiale.
Arrivé à la consultation hospitalière, je pousse des petits cris à chaque déplacement entre le fauteuil et le tabouret sur roulettes de la salle d’échographie. L’infirmière, et l’aide soignante sont tout à la fois hilares et empathiques. L’élève infirmier me regarde carrément avec un regard inquiet.
Je prends 1 gramme de dafalgan et 40 mg de solupred, la journée peut commencer.
Une bombe brune en tanga hyper échancré et une poitrine débordante (littéralement). Des palpitations depuis qu’elle est avec son copain. « Ben, changez-en! » Grosse gaffe, le dit copain est le fils d’un membre du personnel de l’hôpital que je suis depuis des années. « Je plaisante, oubliez ce que j’ai dit, je ne tiens pas à avoir de problèmes!« . En fait il n’y a pas que le copain qui l fasse palpiter: 1 paquet par jour et une cafetière entière. On peut donc être brune et bête comme une blonde.
Un type qui sent le tabac, adressé en externe par un service pour une échographie cardiaque et un doppler artériel des membres inférieurs, alors qu’il était rentré pour anémie. Le bilan gastro est pour l’instant négatif. Quand il quitte la consultation, je lui ai trouvé une cardiopathie dilatée, une artère iliaque occluse et un énorme masse intra vésicale bourgeonnante et infiltrante , (la vessie est juste à côté de l’iliaque, et on la voit très bien quand elle est pleine, ce qui était le cas). Je crois avoir trouvé la cause de l’anémie. Courrier au médecin traitant
Un type d’une quarantaine d’année qui est resté 48 heures couché sur le ventre et sur son bras droit après être tombé totalement ivre d’une mezzanine de 2.40 m de hauteur. Personne ne s’est inquiété de sa disparition durant 48 heures. Il sentait la pisse. Bien triste.
Un jeune type noir et efféminé, HIV+, pour une échographie cardiaque à la recherche d’une endocardite. Il est devin, a des « flash » qui lui permettent d’atteindre des niveaux de conscience supérieurs. Il a essayé toutes les drogues et dit avoir arrêté depuis des années. Uhhmm. Ah oui, il était « coiffeur-danseur » sur Paris dans une vie antérieure. « J’avais une vie sexuelle débridée« . Ben, mon gars, ça ne m’étonne qu’à moitié, ce que tu me racontes.
Un type insuffisant rénal qui a vu 3 médecins différents (1 généraliste et 2 spécialistes) dans les suites d’une thrombose veineuse profonde jambière. Curieusement, aucun traitement n’a suivi un traitement d’une dizaine de jours par héparine (pas la bonne, j’ai pensé à toi, Stéphane). Bilan des courses, il est essoufflé et la thrombose remonte maintenant jusqu’en haut de la cuisse. Pas un succès, pour sûr.
Une dame essoufflée. Devant une assistance de 4 externes et malgré un examen consciencieux, je n’ai pas trouvé de réponse bien tranchée… Elles auront au moins vu un cardiologue faillir.
Un confrère, généraliste à la retraite, qui me raconte qu’il a accouché deux de ses trois enfants. « A la maison? Mais non, dans une clinique, on n’était pas en 1930! » Ben quand même, ça paraît antédiluvien cette anecdote…(Il a fait son dernier accouchement en 1972 et a pris sa retraite en 1996).
Une dame bien rougeaude et bien diabétique qui chipote sur un terme du courrier de son médecin traitant: « imprégnation oenologique« . « Je suis pas alcoolique, juste un whisky le midi et l’apéro avec les copines! » Ben voyons! Et puis c’est écrit « oenolique » et pas « oenologique » sur le courrier!
Un confrère m’a proposé de faire une présentation à la con sur un sujet qui ne m’intéresse pas. J’ai refusé, peut-être un peu trop sèchement, peut-être sous l’effet du solupred. Bref, on commence à m’en parler… Mon épouse m’a dit que même sans corticoïdes, je réponds souvent sèchement non. Et comme vous le savez, il ne faut jamais parler sèchement à un numide (Le Domaine des Dieux, Goscinny et Uderzo). Gardez moi de mes confrères, je me charge de mes patients.
Un patient essoufflé au moindre effort, pas de solution évidente, ou au contraire elle l’est tellement… J’ai augmenté son lasilix, et je lui ai donné rendez-vous dans 1 mois.
Un autre patient, encore plus essoufflé, pas de solution évidente non plus. Mais pour lui, pas d’attente possible, hospitalisation rapide.
Hier, nous sommes allé écouter l’orchestre symphonique du coin qui donnait un concert gratuit dans une petite salle des fêtes.
Au programme, l’ouverture de Fidelio et la septième de Beethoven, deux pièces de Mendelssohn, la première et la cinquième danse hongroise de Brahms. En bis, la quatrième.
Bon, je me suis laissé un peu traîner, car je ne suis pas un fanatique de musique, et surtout je suis très casanier.
Je n’ai pas été déçu par mon manque d’enthousiasme.
Les 45 musiciens étaient serrés comme des sardines sur la petite estrade de la salle à l’atmosphère tropicale. J’avais le nez dans les odeurs de transpiration et d’eau de toilette de mon voisin de devant. A un moment, entre deux morceaux, une violoniste avec des mèches blondes s’est levée pour repousser sa chaise en poussant un « je peux pas » pathétique vers un chef d’orchestre bien ennuyé. Un peu plus tard, au cours d’un autre intermède, les musiciens ont demandé bruyamment à boire au régisseur. Enfin, pour couronner la soirée, un violoncelliste a cassé la caisse de son instrument lors de la note finale de la cinquième danse hongroise. Grosse gène…
Bon, quelle idée aussi de faire tourner un violoncelle dans un espace aussi restreint, tout en poussant un « Ah! » à l’unisson ? Sans doute pour faire plus hongrois.
Hongrois rêver…
L’idée de faire découvrir la musique au plus grand nombre, et de l’apporter gratuitement pour ne pas exclure ceux qui n’ont pas les moyens financiers ou matériels pour se rendre en ville dans une salle de spectacle est excellente. Mais cela ne devrait pas se faire au détriment des conditions d’exécution, et dans une moindre mesure, d’audition.