Truismes

Un truisme est une évidence, une banalité qu’il est ridicule d’énoncer.

En médecine, énoncer une évidence, comme vérifier au bloc opératoire que le patient, l’intervention prévue et le site opératoire soient bien les bons permet  pourtant d’éviter une importante morbi-mortalité.

J’ai trouvé un article très modeste dans le numéro du 25 février du JAMA, très modeste car les auteurs s’excusent presque d’énoncer des évidences.

Le sujet est pourtant fondamental, puisqu’il s’agit rien de moins que d’améliorer ses prescriptions.

Améliorer « dans l’intérêt du patient » bien sûr, et cela à  l’exclusion de toute autre considération.

Les auteurs proposent 25 règles simples et évidentes, donc d’autant plus fondamentales, regroupées en 6 grands principes:


  • Réfléchissez au delà des médicaments.
    • Cherchez des alternatives non médicamenteuses en premier lieu, et non pas en dernier ressort.
    • Traitez la cause sous-jacente, pas les symptômes.
    • Prévenir vaut mieux que diagnostiquer une maladie ou améliorer un symptôme.


  • Prescrivez de manière plus réfléchie
    • Retardez l’instauration d’un traitement chaque fois que c’est possible et souhaitable.
    • Utilisez peu de médicaments, mais apprenez à bien vous en servir.
    • Évitez les changements de médicaments, sauf raison impérieuse basée sur des preuves scientifiques.
    • Soyez suspicieux devant les traitement « sur mesure » quand les études montrent peu de preuves en faveur d’un bénéfice dans la population étudiée.
    • Méfiez-vous des prescriptions par téléphone ou messagerie électronique.
    • Chaque fois que c’est possible, n’instaurez qu’un seul nouveau médicament à la fois.


  • Améliorez la vigilance du patient sur les effets secondaires
    • Entretenez un haut niveau de suspicion pour la détection des effets secondaires.
    • Éduquez vos patients sur les effets secondaires potentiels, afin d’accélérer leur détection.
    • Recherchez activement les indices évoquant des symptômes liés à l’arrêt d’un médicament, qui mimeraient une rechute de la maladie.


  • Méfiance et scepticisme vis à vis des nouveaux médicaments
    • Recherchez des informations concernant les nouveaux médicaments sur des sources non biaisées, et auprès de confrères ayant la réputation d’utiliser des traitements éprouvés.
    • Ne cherchez pas à être le premier à prescrire un nouveau médicament, car les nouveaux effets secondaires apparaissent souvent plus tard.
    • Soyez certains que le traitement améliore des critères cliniques, et non uniquement un marqueur intermédiaire.
    • N’élargissez pas les indications au-delà de celles validées par des essais cliniques
    • Évitez d’être séduits par une pharmacologie ou un mécanisme physiologique élégant en l’absence d’amélioration clinique.
    • Méfiez vous des communications ou des présentations « sélectionnées » des études.


  • Ayez un programme commun avec votre patient
    • N’ayez pas le réflexe de céder à la demande de prescription d’un nouveau médicament de la part d’un patient qui en a entendu parler, ou en a vu la publicité.
    • Évitez d’additionner les prescriptions de médicaments pour traiter des problèmes réfractaires, sans avoir recherché une éventuelle non compliance.
    • Récupérez la liste des anciens traitements afin d’éviter de represcrire des médicaments qui ont été essayés sans succès.
    • Arrêtez les médicaments qui ne marchent pas ou qui ne sont plus nécessaires.
    • Travaillez avec le patient et encouragez sa volonté de suivre un traitement éprouvé.


  • Soupesez le long terme et envisagez les effets collatéraux.
    • Pensez au delà des effets à court terme, envisagez les bénéfices et les risques sur le long terme.
    • Optimisez votre mode de prescription (système de prescription médicale informatisée, surveillance biologique fiable) plutôt que de compter seulement sur les nouveaux médicaments pour améliorer votre thérapeutique médicamenteuse.

La traduction est personnelle, soyez indulgents. »Traduttore traditore« .

J’ai notamment des doutes sur ma traduction de « conservative prescribing » par « traitement éprouvé ».

Qui dit mieux?

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Gordon D. Schiff; William L. Galanter. Promoting More Conservative Prescribing. JAMA. 2009;301(8):865-867.

Hit the road Jack!

In memoriam

Peut-être que je l’enterre un peu vite, mais la formule de Cockcroft-Gault a pris du plomb dans le ventre dans les dernières recommandations de la SFN sur  l’ « Évaluation de la fonction rénale et de la protéinurie pour le diagnostic de la maladie rénale chronique chez l’adulte ».

Pour en savoir plus (et mieux), ça se passe bien sûr chez Stéphane.

Medec j-10

Voici, je le pense, la dernière version du diaporama pour ma petite présentation du MEDEC.

J’ai donc opté définitivement pour l’option « sans filet », c’est à dire avec des diapos quasi mutiques et rares (10 diapos pour 15 minutes).

Cela n’a pas été très simple, car j’ai toujours fait comme tout le monde, c’est à dire se rassurer en lisant des diapos bavardes.

Je me suis donc impregné des conseils de Garr Reynolds (qui en a d’ailleurs fait un métier) sur la suggestion de OnTheOtherSide.

L’autre intérêt, hormis, j’en suis certain (j’en suis certain, j’en suis certain…), d’optimiser ma présentation est que je peux modifier à loisir mon discours en fonction de ce qui se sera dit, et en fonction de l’ambiance (Be aware…).

Le pire est que malgré l’absence total d’enjeu objectif, je commence à avoir les mains moites.

(mais en fait, si j’ai bien appris une chose en 36 ans, c’est que toute représentation est un enjeu)

Je me tâte (le pouls) pour me betabloquer.

C’est curieux car ce serait d’une facilité déconcertante. J’ai amplement les connaissances pour le faire (je ne vous l’ai jamais dit, mais j’ai un DPRBM de « pharmacologie générale et approfondie »), l’accès illimité à la pharmacie de la clinique, (sans même parler de me faire une ordonnance et d’aller à la pharmacie du coin) et j’aime beaucoup cette classe thérapeutique. Mais l’expérience de ma thèse m’a un peu refroidi. Sous Avlocardyl, j’avais soutenu ma thèse sans une goutte de transpiration ni une once d’inquiétude. C’était même « trop », car je l’ai passée dans une indifférence affective totale. Je n’étais pas anxieux, mais pas heureux non plus. Je n’ai aucun souvenir affectif de ce moment, et je le regrette encore, presque 7 ans après.

C’est stupide, mais j’ai (eu) une grosse suée en regardant cette vidéo d’une session de l’an dernier. La journaliste qui modère sera la même, de même que le thème général, à un iota près. Je crois que ce sont les costumes-cravates et surtout l’absence totale d’humour et de sourires qui m’inquiètent. Le sérieux avec lequel ils font tous « cela » m’impressionne. Ce serait une conférence sur la faim dans le monde, la crise économique actuelle, ou l’abime vers lequel roule de plus en plus vite notre planète, je ne dis pas. Mais là, je suis étonné et inquiet. Inquiet car je suis totalement incapable de faire quoi que ce soit avec un tel sérieux (même l’amour à mon épouse). Et étonné car on dirait vraiment qu’ils croient ce qu’ils disent et, qui plus est, que c’est important. Très impressionnant (« C’est magnifique, mais ce n’est pas la guerre« ).

Pas de costume-cravate pour moi, je vais opter pour des vêtements « à la Steve Jobs » (jean et pull uni fin).

Je vais faire « nature peinture », comme je suis d’habitude.

(pas certain que ce soit totalement une bonne idée)

Je vais faire abstraction des costumes-cravates.

Joue le à la Steve Jobs.

Sans le cancer.

Zen.