Beuarghhh

J’ai été touché par la sollicitude de trois lecteurs/lectrices qui se demandent pourquoi je n’ai plus rien écrit depuis le 30/11.

Ça va, je n’ai rien, ni souci ni grippâsse, grippette ou grippounette, selon la très récente classification de la société marseillaise d’infectiologie.

J’ai juste la flemme 2.0.

Et en plus, je suis un peu occupé en ce moment avec l’achat de ma maison qui est en cours de finalisation (prêt, paperasse, changement de banque, paperasse…), des obligations sociales, un cabinet qui déborde (pas les toilettes, heureusement), une patiente qui me fait faire du souci, un très prochain aller-retour sur Paris qui me tracasse pas mal….

Donc pas trop envie en ce moment.

Ce à quoi vous avez échappé:

  • L’histoire de la patiente qui a quelque chose de grave, mais je ne sais pas quoi.
  • Le récit de mon EPU surréaliste dans la Provence très profonde, avec un co-orateur commercial chez Orange (ils font des produits pour les professionnels de santé) très sympa, pas suicidaire pour un sou, mais qui s’est de toute évidence endormi trop souvent la tête contre sa LiveBox, le wifi activé.
  • Le premier échec de Mao à la tête de l’éphémère République soviétique chinoise du Jiangxi (novembre 1931-octobre 1934).
  • Un entretien avec une journaliste de la Gazette Santé Social. L’article paraîtra en janvier et contiendra d’autres témoignages de blogueurs appartenant au domaine de la santé et du social.
  • L’analyse de RE-COVER (dabigatran contre warfarine dans la thrombose veineuse profonde).

Merci de votre patience, et à bientôt pour de nouvelles aventures!

Ils sont trop forts…

Je fuis systématiquement toute opération commerciale comme la peste, notamment quand le prétexte vient « d’ailleurs », c’est à dire de facto des Etats-Unis.

Ça pourrait être un autre pays,  dans 20 ans, ce sera le nouvel an chinois, mais à ce jour, et depuis 1945 c’est de là-bas que viennent tous les prétextes plus ou moins ineptes: Noël en grande partie, Halloween…

La semaine dernière, c’était Thanksgiving et  le « Black Friday »(Merci Otir, pour les explications!).

Tellement inepte et tellement américain.

Mais sur l’Apple Store, c’est tellement tentant.

J’ai donc acheté des « oreillettes intra auriculaires », comme on dit, à -30% et un FPS à 79 centimes (Brothers In Arms) pour mon iPhone. D’ailleurs, j’oublie aussi tous mes principes médicaux car je mets toujours AC/DC à fond dans ma petite Yaris, et je crains le pire quand j’aurais reçu mes oreillettes. Un cardiologue sourd, c’est aussi peu utile qu’un dermatologue aveugle ou un psychiatre muet (mauvais exemple) ?

Uhhmmm.

Une pomme et j’oublie absolument tous mes principes moraux (et médicaux).


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Pas vraiment de pomme, mais j’aime bien celle-là:

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Conflits d’intérêts.

J’ai retenu un texte dans le numéro de décembre de la Revue Prescrire que je viens de recevoir.

Ce texte fait partie du « Forum », c’est à dire du courrier des lecteurs et porte la signature du Dr Jean-Luc Ansieux, Médecin généraliste en Belgique.

L’auteur se demande si ceux qui ont choisi d’avaler la pilule rouge, c’est à dire ceux qui ont décidé de s’extraire du monde merveilleux créé par les firmes pharmaceutiques n’ont pas eux-même des conflits d’intérêts quand ils analysent l’efficacité d’un médicament. Si leur analyse n’est pas brouillée, orientée par leur « idéologie ». Ce dernier mot est peut-être un peu fort, mais il ne l’est pas pour certains.

L’idée est très iconoclaste pour ceux qui ont choisi la pilule rouge, notamment les lecteurs de la revue Prescrire et évidemment totalement délirante pour les autres.

Et c’est pour cela que j’ai beaucoup aimé cette « pierre dans le jardin de Prescrire« , comme le dit joliment l’auteur. Pour cela et aussi car je me pose souvent la même question que lui.

On va reprendre depuis le début.

Depuis le berceau du bébé médecin, les firmes l’entourent d’informations rassurantes et de petits cadeaux à tel point qu’elles font parties du décor de sa formation professionnelle, et que cela ne choque absolument personne.

Pourtant, qui serait assez fou ou naïf pour acheter une voiture en se fiant uniquement aux publicités dans les médias ou aux conseils du concessionnaire?

Pourtant, c’est ce que font des tas de médecins tous les jours. Ils prescrivent car ils ont reçu une information de tel ou tel laboratoire pharmaceutique, et ils ne la remettent pas en doute un seul instant. Ils la prennent pour argent comptant et ne vont pas chercher au-delà.

Ce n’est pas qu’ils manquent d’intelligence, c’est tout simplement que depuis le berceau, ils entendent la petite musique rassurante des firmes. Certains feignent le cynisme et profitent du système, mais en fait ils ne sont pas moins influencés que les autres. D’autres profitent du système, point.

Puis un jour, certains,  à cause d’un évènement précis, ou comme cela, se retrouvent devant le choix de la petite pilule.

Ils découvrent alors avec horreur ce que Jean-Luc Ansiaux résume très bien, que la firme qui les informait et les dorlotait « cache les informations, invente des maladies nouvelles et lucratives, pousse à restreindre les limites de la normalité, manipule les médecins et les associations de patients…« .

Vous trouverez quelques exemples dans la catégorie « Optimiser les ventes« .

Et là, bien entendu, le réveil est brutal. D’autant plus que les scandales sont nombreux, tangibles, et qu’il en sort constamment. De façon très humaine, on devient « noniste », « pas-d’accordiste », et on ne croit plus en rien. Certains arrivent même au point où il « faut » que les autres ne croient plus non plus, et ils se mettent à jeter des anathèmes.

L' »éveil » qui induit l’obscurantisme, il n’y a rien de pire.

J’essaye donc de lutter contre mon naturel qui me pousse à être un « pas-d’accordiste », un « c’était-mieux-avantiste » lorsque je dois analyser le pour et le contre d’une nouvelle molécule, ou même plus simplement d’une prescription de tous les jours.

Idéalement, il me faudrait lire pour chaque molécule le/les articles princeps, l’éditorial si il y en a un, les commentaires faits par des gens intelligents non englués dans des conflits d’intérêts, l’article de Prescrire, et enfin faire la synthèse de tout cela sans a priori, ni biais.

Bref, « idéalement », le patient est déjà sorti depuis 48 heures du cabinet quand on pose la pointe de son stylo sur l’ordonnance.

Pas facile à faire, en pratique…

Mais le faire, même partiellement vaudra toujours mieux que d’écouter le chant des firmes pharmaceutiques.

Revenons à l’article de Prescrire.

On peut être d’accord ou non avec l’idée qu’il véhicule, dans tous les cas il fait réfléchir. Je pense que les réactions qu’il va susciter seront passionnées.

Presque plus important, trouver ce texte dans Prescrire est un signe de bonne santé de la Revue qui reste ouverte et suscite la réflexion plutôt qu’elle ne l’impose.


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Ansiaux JL. Conflits d’intérêts, oui mais lesquels ? Rev Prescrire 2009 ; 29 (314) : 952.

Parle à mon cœur, ma tête est malade

Un patient jeune arrive après un gros accident cardiaque et une grosse chirurgie, les deux survenus « comme un éclair dans un ciel serein » comme le dit le vieil adage (médical).

Son épouse est présente.

Je crois qu’il ne réalise pas encore tout. Elle, qui a tout vu et tout entendu, oui.

On discute et il me dit rapidement qu’il a un lymphocèle au scarpa qui descend uhmm, vers le bas.

Je lui dit qu’il ne faut pas y toucher, sauf grosse gène.

Je lui demande de jeter un coup d’œil. C’est en effet un lymphocèle respectable et mal placé.

Il me dit ensuite que ce lymphocèle lui pose bien plus de souci que l’accident, la chirurgie et la suite des évènements.

Je lui propose alors de le ponctionner à la première heure le lendemain.

Il est tout content car il focalise dessus. Il rajoute que c’est probablement pour ne pas penser au reste.

Classique.

Bon, bah on le laisse alors! 🙂

Non non, il me dit en riant qu’il préfère que je le ponctionne.

Bon, demain matin, alors.

Et il voudrait une permission pour dimanche.

Ahah, c’est pour essayer avec Madame!

Timides ouis.

Aucun souci, mais rien d’exotique!

Je leur raconte alors l’histoire du SMS.

C’était ma huitième entrée (il n’y a pas que les internes qui triment à faire des entrées), et j’ai bien fait de la garder pour la fin, c’était la plus sympa.

Le septième était sympa aussi.

Mais lui, c’est le boulot qui passe avant tout.

Il a fait un premier infarctus à la fin des années 90. Il est sorti contre avis médical au bout de 48 heures, est rentré de nouveau à l’hôpital la semaine d’après pour terminer son bilan et depuis, n’est plus suivi par personne.

Il a fait récemment une mort subite sur une récidive d’infarctus.

Je lui ai simplement dit que si un travailleur pouvait mourir, un mort ne pouvait certainement plus travailler.

Il a quand même acquiescé.