J’ai trouvé un petit texte très sympa sur le blog de notre cesslasanguine nationale. Il s’agit d’un éditorial de « Médecine et Maladies Infectieuses » décrivant les impressions de 6 PU-PH sur la correction de l’ENC 2008 à laquelle ils ont participé.
J’en ai retiré une impression de malaise, uniquement dissipée lorsque je me suis souvenu que j’étais déjà passé par cet obstacle (même si j’en rêve encore au moins une fois par mois). Ce n’est pas tellement que j’en garde un souvenir si terrible, mais les conditions de correction, et la façon même de corriger m’ont laissé un arrière goût un peu désagréable.
Je suis étonné par le caractère tordu des énoncés: une infection urinaire haute chez un nourrisson, d’accord, mais pourquoi une mère manipulatrice en médecine nucléaire?
Pour ceux qui veulent réviser, la question est disponible ici; le dossier est là.
Bon, d’accord, c’est pour sélectionner, mais de l’aveu même des correcteurs, ce dossier n’y est pas arrivé: « D’ailleurs notre question no 6, comble de la détresse, est apparue peu sélective avec en moyenne 57 points sur 100, ±11,90 pour notre groupe et une belle distribution normale.«
Pour le prochain dossier, je propose une endocardite infectieuse aiguë avec un embole rénal chez un patient non francophone revenant d’un voyage récent dans son pays situé en zone d’endémie palustre. On verra si la distribution est toujours autant « normale ».
Les énormités relevées ne m’ont toutefois pas trop impressionné, je pense que l’on pourrait en trouver d’aussi belles dans pas mal de copies chaque année depuis que l’internat, puis l’ECN existent.
Ensuite les conditions de correction me semblent assez peu propices à une correction réfléchie. Mais comme le soulignent les auteurs, où se situe la réflexion dans cette histoire?
Je m’étonne aussi du fossé qui semble exister entre le rédacteur du dossier et les correcteurs.
Gavage des oies, dossiers cliniques tordus, tyrannie des mots-clés, correction découplée de l’élaboration des dossiers, le constat de nos PU-PH est sévère.
Sévère et inquiétant: La formation médicale a toujours privilégié l’acquisition des connaissances à la réflexion, mais aujourd’hui la méthode de sélection finale modifie profondément la manière dont sont retranscrites ces connaissances ; l’étalage du savoir remplaçant la hiérarchisation de l’information. Il serait bon de s’interroger sur les conséquences à long terme de ce formatage de la pensée – et de l’exercice – de nos futurs confrères/collègues.
