Cadeaux

Les patients reconnaissants apportent souvent de petits cadeaux au cabinet ou à l’hôpital.

J’ai remarqué plusieurs choses:

  • Ce ne sont pas les patients les plus riches qui font des cadeaux, c’est même plutôt le contraire
  • Ce ne sont pas les patients que l’on a tiré du plus mauvais pas qui font des cadeaux, mais là, il y a vraiment aucune règle.
  • Quel qu’en soit la valeur, je suis toujours très gêné de les recevoir, persuadé que je ne les mérite pas (soigner, c’est quand même mon métier)

Je n’ai pas fait le compte depuis le début, mais voici un petit inventaire à la Prévert:

  • une serviette de bain à l’effigie de Marc Ravalomanana (précision importante: donnée en 2002).
  • des aliments: des « Ferrero Rochers », des makrouts, des feuilles de vigne faites maison, du nougat mou asiatique, des dattes « Deglet Nour » (mes préférées), du gibier (sanglier ou chevreuil), des kilos de miel corse, de chocolat et de pâtisseries.
  • des litres d’alcool: vin, champagne… (alors que je ne bois pas une goutte d’alcool).
  • des livres.
  • des plantes
  • un tableau tissé au Viêt Nam (scène de village)
  • une bonne dizaine de litres d’ huile d’olive de la ferme.

Depuis 10 jours, c’est le pays de Cocagne:

  • 3 kilos d’amandes au chocolat et de dragées
  • 3 litres de vin
  • 2 petits animaux faits maison
  • Photobucket

  • un paquet de « Ferrero Rochers »

Parfois, donc, c’est un peu kitch, mais ça fait toujours chaud au coeur. Pourvu que ça dure…

φάρμακον

Pharmakon, en l’occurrence « pharmacon », vous allez voir pourquoi.

Le commentaire du Toubib sur, je le cite, le « catastrophique quadrisécable d’avk » et son opposition connue au presque monopolistique Préviscan (en tout cas en France) m’a amené à m’intéresser à ces pilules d’anti-vitamines K (AVK) que je prescris à longueur de journée.

D’abord les bases.

En France, on a trois molécules disponibles sous 5 formes galéniques différentes.

  • la fluindione (le Préviscan 20mg)
  • L’acénocoumarol (le Sintrom 4mg et le Minisintrom 1mg)
  • la warfarine (la Coumadine 5 mg et la Coumadine 2 mg)

Ces molécules diffèrent principalement (pour leur utilisation pratique) sur un point, leur demi-vie: l’acénocoumarol a une demi-vie de 8 à 9 heures, la fluindione de 30 heures et la warfarine de 35 à 45 heures.

En général, on préfère les demi-vies longues pour assurer une meilleure stabilité de l’effet, en tout cas c’est ce qui se répète depuis des générations en fac de médecine.

J’ai parlé de quasi monopole en France car la fluindione représente environ 70 % des prescriptions, l’acénocoumarol de 15 à 20% et la warfarine le reste. Comme souvent, nous sommes une exception mondiale car ailleurs, c’est la warfarine qui domine très largement.

La fluindione présente pourtant un risque immuno-allergique notamment cutané que les autres molécules n’ont pas (je n’en ai cependant jamais vu). « Pays de la logique et de la raison pure », comme dit souvent le Toubib.

Les posologies usuelles sont de 20 mg pour la fluindione, 4 à 8 mg pour l’acénocoumarol et 5 à 20 mg pour la warfarine.

Donc toute la subtilité du traitement AVK est pour le médecin et le patient de jongler avec des petites pilules, des moitiés de petites pilules et des quarts de petites pilules pour obtenir une posologie éminemment variable selon le patient afin d’avoir l’efficacité voulue.

Maintenant, sous vos yeux ébahis, les photos:


Photobucket

Photobucket

De gauche à droite: Préviscan 20 mg, Sintrom 5 mg, Minisintrom 1 mg, Coumadine 5 mg et Coumadine 2 mg.

Première remarque, celui qui a créé le minuscule Minisintrom et ses 5 mm de diamètre devrait être fouetté jusqu’au sang en place publique après avoir avalé une boite de Sintrom. J’ai failli l’envoyer sous la table en le sortant de son emballage pour faire la photo. Alors imaginez un octogénaire parkinsonien en sevrage alcoolique…

Deuxième remarque, la quadrisecabilité c’est pas l’idéal. Le comprimé de Préviscan est trop petit pour obtenir des parts égales et il est très difficile à casser. Le Sintrom, lui, me semble trop gros s’il doit être pris entier (j’ai pas essayé).

Finalement, la Coumadine me semble être bien: pas trop gros et facile à couper en deux. Ça tombe bien, c’est le traitement que le reste du monde a choisi majoritairement.

A ce point de la note, vous devez vous poser deux questions (si vous êtes normalement constitués):

  • Pourquoi continue-t’on à  prescrire en France le « moins bon » des AVK ?

Réponse: à part tuer des vieux, je ne vois pas.

  • N‘a-t’il vraiment que ça à faire après ses journées de travail, photographier des comprimés d’AVK alignés sur une table?

Réponse: mon épouse et les petits étant à la neige, je m’ennuie un peu à la maison, alors je m’occupe comme je peux…

Sur ces bonnes paroles, je vais me coucher, je commence à saigner du nez à force de regarder mes petites pilules sous toutes les coutures et de les photographier en macro (20 essais pour arriver à ce résultat médiocre).

Bonne nuit à tous.

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Modification du 07/03/09, 9h00.

Vivement qu’ils reviennent, je commence à dialoguer avec le comprimé de Coumadine 5 mg, qui est par ailleurs tout à fait sympathique et souriant. Le comprimé de Coumadine 2 mg est sympa aussi, il vient juste de faire son « coming-out » après avoir vu le film « Harvey Milk ». Maintenant, il s’assume enfin aux yeux de tous.

Les figues molles

Il y a des patients, et bien, on pourrait leur tuer leur âne en lui lançant des figues molles avant qu’ils comprennent quelque chose.

J’ai rencontré un couple qui est tombé des nues en réalisant que, je cite au mot près « Quand on perd la moitié de sa capacité pulmonaire, ça a des conséquences sur les poumons« .

Et vi, quand le poumon est malade, le poumon est souvent malade.

Après cette introduction peu engageante, j’ai essayé de leur expliquer comment ils vont devoir gérer l’anticoagulation de la valve mécanique toute neuve du monsieur.

J’ai essayé de faire simple.

Je crois qu’ils ont un peu décroché après l’histoire de l’inhibition de l’époxide-réductase et de la NADPH-quinone-réductase.

(je plaisante)

Je plains quand même le généraliste.

la presse médicale en danger?

C’est le titre du grave éditorial en tête du dernier numéro de « Cardiologie Pratique » daté du 4 mars 2009.

Le constat est sans appel. L’industrie pharmaceutique est malade d’une sur-réglementation injuste qui fait diminuer ses ressources,  elle réduit donc ses coûts, notamment le nombre d’encarts publicitaires dans la presse médicale. L’éditorial appelle donc au secours ses lecteurs en leur demandant de s’abonner.

Je cite un extrait: « Un journal de cardiologie vit, en général, grâce à ses abonnés et surtout grâce à ses ressources publicitaires. ce sont ces dernières qui se tarissent. Soumise à des pressions de plus en plus lourdes, à des règlements tatillons, à une politique de taxation et de surtaxation, à des amendes énormes généreusement distribuées sans motif sérieux, victime d’une politique du « tout générique », l’industrie pharmaceutique connaît une des périodes les plus difficiles de son histoire. »

Je précise que je suis abonné depuis des années à « Cardiologie Pratique », comme la plupart de mes collègues, et cela sans avoir versé un seul centime, ni avoir envoyé une demande d’abonnement. Je présume donc que c’est un laboratoire pharmaceutique qui le paye pour moi, comme pour tous les autres.

La méforme actuelle de l’industrie pharmaceutique  a donc probablement un double impact: cette dernière ne s’achète plus d’espaces publicitaires dans des journaux qu’elle finance en partie en abonnant d’office des médecins.

Par ailleurs, je trouve cet éditorial incroyablement courageux car, à ma connaissance, c’est la première fois qu’un rédacteur en chef d’une revue médicale exprime et revendique noir sur blanc sa dépendance en l’industrie pharmaceutique.

Quelles solutions pour sortir de la crise?

Le rédacteur en chef en propose une en lançant un « abonnez-vous! » percutant. Est-ce à dire que je dois prendre un nouvel abonnement en plus de celui du labo pour soutenir « Cardiologie Pratique »?

Je propose modestement quelques pistes.

  • Pourquoi ne pas faire le pari de l’indépendance vis à vis de l’industrie pharmaceutique?
  • Pourquoi ne pas publier des articles intellectuellement honnêtes sur les nouvelles thérapeutiques et les essais cliniques?
  • Pourquoi ne pas, par exemple, publier une série d’articles qui nous apprennent à séparer le bon grain de l’ivraie parmi les informations médicales que nous lisons ou écoutons chaque jour (je pense bien sûr à quelques données fondamentales de statistique médicale)?
  • Pourquoi ne pas faire confiance en l’intelligence et le désir d’apprendre du lecteur?

En un mot, pourquoi ne pas faire le pari de la qualité et de l’indépendance qui intéresseraient, j’en suis certain, un véritable lectorat régulier et fidèle (même parmi les cardiologues) et non de compter, pour exister, sur une liste de noms à abonner dans le Filofax rouge d’une visiteuse médicale?

Je sais à quoi vous pensez. Ce tableau idéal de la presse médicale est le reflet presque exact de la revue Prescrire.

Et vous avez raison.

D’ailleurs, c’est drôle, le hasard est vraiment taquin, car dans le numéro de mars 2009, comme chaque année, la revue fait un petit résumé de ses finances.

Comme vous pourrez le constater ici (en accès libre), les choses vont plutôt bien.

La qualité est gagnante, parfois. Heureusement.


05/03/09, 20h50. Quelques modifications stylistiques et orthographiques et rajout du lien vers le site de Prescrire.