PROSPECT

L’étude PROSPECT a été présentée au congrès TCT 2009, et ses résultats sont très intéressants. Vivement leur publication complète. Il s’agit du suivi coronarien et cardiovasculaire sur 3 ans de 700 patients ayant été revascularisés sur 1 ou 2 coronaires pour un syndrome coronaire aigu, en association avec un traitement médical optimal.

Le suivi était clinique, et les auteurs ont réalisé une exploration assez extensive du réseau coronaire.

A bout de 3 ans:

  • toutes lésions confondues, 20.4% des patients ont présenté un évènement cardiovasculaire, c’est à dire: une mort cardiaque, un arrêt cardiaque, un infarctus du myocarde, un angor instable, ou un angor progressif.
  • Ces évènements avaient pour origine la ou les lésions traitée(s) initialement dans 12.9% ou une lésion ailleurs sur le réseau coronaire dans 11.6% des cas.

20.4% à 3 ans, ça peut paraitre beaucoup mais la récurrence d’un évènement se fait dans la grande majorité des cas selon un mode mineur par rapport à l’évènement initial, c’est à dire un angor instable ou progressif.

C’est un peu l’impression que j’en avais. Mais c’est toujours bien d’avoir des chiffres pour appuyer ses explications à des patients toujours inquiets d’être rentrés dans la maladie coronaire.

« Ça peut recommencer, mais ça sera moins grave« .

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Michael O’Riordan. PROSPECT: Vulnerable lesions lead to unstable angina rather than MI or death. theheart.org. [Clinical Conditions > Interventional/Surgery > Interventional/Surgery]; Sep 25, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/1007873.do on Sep 30, 2009

Traduction française:

Catherine Desmoulins, en collaboration avec Michael O’Riordan. Après angiostenting, 20% des patients feront un nouvel événement coronaire à 3 ans. theheart.org. [International Editions > Édition française > Sections > Actualités > Maladie coronaire/Interventionnel]; 29 sept. 2009. Consulté à http://www.theheart.org/article/1009503.do le 30 sept. 2009

Le médecin patient (nième)

Cardiopathie ischémique, fraction d’éjection à 25%, gros anévrysme antérieur, le défibrillateur implantable ne se discute pas, sauf si…

Je suis un patient, médecin généraliste à la retraite, et marié à une infirmière (classique), pour une cardiopathie ischémique sévère. Chaque fois, j’ai droit à mes trois bouteilles d’un excellent muscat dont je ne profite malheureusement pas.

Je n’ai jamais pensé à lui parler du défibrillateur.

Hier, il m’en a parlé spontanément, en me précisant qu’il n’en voulait pas, pour des raisons « philosophiques ».

Son épouse nous a demandé ce que c’était, puis lui a aussitôt reproché de ne pas vouloir se faire implanter.

Il aurait été un patient « normal », j’aurais insisté, expliqué, ré-expliqué, marqué dans le dossier que sa décision était éclairée, bref, tout le tintoin pour ouvrir le parapluie en grand.

Mais là, comment avoir une attitude « médico-légale » avec un confrère qui connait parfaitement les tenants et les aboutissants de sa maladie?

Comment refuser à quelqu’un d’éclairé, éclairé dans un sens bien plus large et riche que le pauvre terme qu’il est devenu actuellement sous la plume de la technocratie médicale, la possibilité de mourir rapidement, proprement et sans souffrir?

Comment lui refuser une mort que je me souhaite?

Son épouse a tout résumé par cette phrase: « Dans la mort subite, seul l’entourage souffre ».

On s’est séparé en se disant à l’an prochain.

Une prise en charge optimale

C’est une gentille petite dame de quatre-vingt deux-ans, hypertendue, dyslipidémique et diabétique, qui rentre dans un service des urgences du CHU pour une suspicion d’accident ischémique sur une parésie brutale du membre inférieur droit.

Faute de place, elle est transférée dans un service de maladies infectieuses où elle reste 6 jours avant de rentrer à la maison.

Je la vois en consultation externe 18 jours après son entrée pour faire une échographie cardiaque afin de compléter le bilan de cet accident vasculaire.

Je n’ai pas de courrier, mais le compte-rendu d’hospitalisation du service d’infectiologie.

Après une brève histoire de la maladie, on trouve l’examen clinique initial:

« A l’entrée: apyrexie. Monoparésie MID sans syndrome pyramidal. Pas de souffle cardiaque BDC irréguliers.« 

(MID: membre inférieur droit, et BDC, bruits du cœur)

Le premier signe noté est « apyrexie ». C’est un signe cardinal pour un service de maladies infectieuses, ça l’est un peu moins pour une suspicion d’accident vasculaire cérébral ischémique. L’hypothèse initiale d’une méningo-encéphalite amibienne primitive à Naegleria fowleri perd donc en terme de probabilité.

Le dernier signe noté est donc « BDC irréguliers », pourtant ça peut être important comme notion dans un accident cérébral ischémique.

Qu’ont-ils fait comme bilan?

« TDM cérébral: hypodensité ischémique frontale D et ocipitale D. Lacunes bithalamiques. AngioTSAO : en cours d’interprétation. Thorax:cardiomégalie. Holter ECG: en cours d’interprétation. EEG: pas de signe irritatif.« 

(TDM pour scanner, AngioTSAOpour angioscanner des troncs supra aortiques, EEG pour électroencéphalogramme)

Bon, et bien, à la sortie, on n’avait pas grand chose, grand chose à se mettre sous la dent comme bilan. Et la cardiomégalie? Mais ce n’est pas grave, on la fait sortir quand même, car tout rentre dans l’ordre grace à la médecine moderne:

« Mise sous AAP. Régression de la monoparésie.« 

(AAP pour antiagrégant plaquettaire, ici Kardégic 160)

« En conclusion: probable AVC ischémique. Poursuite du bilan en externe. ETT le **.**.09 à 10h. »

Donc la patiente vient me voir 18 jours après son accident, 12 après sa sortie du CHU pour finir son bilan.

L’échographie est normale, le « BDC irrégulier » l’est qu’à cause d’extrasystoles auriculaires. La cardiomégalie est un des classiques faux positifs d’une radiographie du thorax mal faite. La famille m’a apporté son angioscanner des TSAO qui est peu inquiétant.

Bilan de tout ça?

  • La prise en charge d’un accident vasculaire cérébral n’est pas optimale dans un service de médecine infectieuse, surtout si la patiente est apyrétique. Je ne critique pas les infectiologues, les internistes n’ont pas fait mieux au cours d’une histoire précédente. Elle aurait pu aussi bien tomber en rhumato, ça aurait été pareil. Au lieu de commencer l’examen par « apyrexie », ils auraient mis « dorsiflexion du poignet droit OK ». Le seul service où elle n’aurait pas pu atterir étant la neurologie.


  • Finalement, quitte à la faire sortir en n’ayant pas fait de bilan, ou en n’ayant pas récupéré ce qui a été fait au bout de 6jours, ce qui revient au même en terme de synthèse pour définir la meilleure prise en charge, autant la laisser dans son lit à la maison en lui faisant donner ses sachets d’aspirine dissouts dans de l’eau bénite par le prêtre du quartier. Cet algorithme de traitement est en effet bien plus économique pour le même résultat.


  • Bosser l’internat ne sert à rien, hormis pour le classement. Vu que l’on fait n’importe quoi ensuite quand il s’agit de traiter les patients. Je sais, ça ne motive pas, mais c’est la dure loi de la médecine du XXIème siècle.

Aliskiren (suite)

Sur le bureau commun, une grande publicité à la une de l’immense revue scientifique « Cardiologie Pratique » a attiré mon attention.

Le produit vanté par cet encart est le Rasilez® (l’aliskiren en DCI).

J’en avais déjà parlé ici puisqu’un grand monsieur de la cardiologie française l’avait déjà encensé dans un article de l’autre grande revue scientifique française, « Paris-Match ».

D’ailleurs, c’est assez drôle, puisque lorsque l’on tape « aliskiren publicité » (sans les «  ») dans Google Images, on obtient cela, avec la binette du monsieur en premier résultat.

L’image d’illustration de l’encart publicitaire me semble être typique d’un acte manqué.

Un homme au corps argenté d’athlète m’évoquant irrésistiblement un T1000 part sur la droite à grandes foulées. Il exprime la puissance. En fait, son pied gauche s’arrache avec difficulté d’une colonne de mercure d’un tensiomètre (on comprend alors qu’il est fait de mercure). Je dis « avec difficulté » parce que malgré sa puissance apparente, son talon est toujours retenu par le métal liquide. Si il était si puissant que cela, il se serait déjà détaché, non?

Je ne vais pas faire d’exégèses sur talon/talon d’Achille/Achille Talon.

Par contre, le fait qu’il ne soit pas arrivé à se décoller du tensiomètre me semble être significatif. J’imagine l’image d’après, toujours retenu par le talon, il se vautre lamentablement par terre dans un grand éclat de mercure (métal cancérigène, je vous le rappelle) .

Sans savoir ce que c’est, l’image ne donne pas envie de prescrire. Je pense en fait que les graphistes qui ont pondu cela connaissaient l’efficacité réelle du médicament.

Note pour le service marketing, ne plus dire aux graphistes si le médicament vanté est efficace ou pas.

Maintenant, j’avoue que cette publicité et la relecture de l’article dans Paris-Match m’ont donné envie d’écrire une nouvelle note factuelle sur l’aliskiren. Mais j’avoue aussi que la perspective de relire tous les articles princeps, la méta-analyse de  Cochrane et l’article de Prescrire (Rev Prescrire 2007:27(290):885-888.) sur ce produit ne m’enchantait pas du tout, mais alors, pas du tout.

C’est alors qu’une petite astérisque dans le titre de la publicité: « Traitement de l’hypertension artérielle essentielle de seconde intention* » a sauvé ma fin de semaine.

Je me réfère à la note en bas de page pointée par *:

« Place dans la stratégie thérapeutique: en l’absence de démonstration d’un bénéfice en terme de réduction de morbi-mortalité, (Avis de la commission de la Transparence du 6 février 2008). »

En fait, beaucoup de médicaments, même cardio-vasculaires, n’ont démontré aucun bénéfice sur la morbi-mortalité, mais ils sont prescrits pour leur effet sur des critères intermédiaires, comme la tension artérielle, le LDL…

Mais quitte à prescrire une molécule, autant qu’elle ait un bénéfice prouvé sur le patient, ou au pire qu’elle ait une antériorité suffisante pour que sa balance bénéfice/risque soit parfaitement connue.

Enfin, la HAS a édité très récemment un guide du bon usage du médicament avec pour titre: « Quelle place pour l’aliskiren (Rasilez®) dans le traitement antihypertenseur ? » et dont les conclusions sont loin d’être enthousiastes puisqu’il affuble l’aliskiren du peu glorieux « ASMR V » pour un surcoût loin d’être négligeable par rapport aux molécules de référence.

Prenez une grande inspiration, relisez l’article de Paris-Match, la publicité, et méditez ces « En l’absence d’un bénéfice en terme de réduction de morbi-mortalité » et « L’aliskiren n’apporte pas d’amélioration du service médical rendu« .

Puis rigolez-en (ou pleurez-en, c’est selon)

Ce traitement fait baisser la tension artérielle, d’accord.

Mais il ne diminue ni la mortalité, ni la morbidité et a des effets secondaires. Aucune chance en l’état actuel des choses, que je l’inscrive sur une ordonnance.

Ite, Missa est.



Modifications 18h30: modifications stylistiques, correction des fautes, et ajout de la référence HAS.