Un bien beau tracé.

Voilà un bien bel ECG vu ce jour:

PhotobucketDe haut en bas: I, II, III, avR, avL et avF.


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De haut en bas: V1 à V6.

J’ai vu ce patient en fin d’année dernière pour un simple avis, et son ECG était normal avec un QTc à 440ms, juste à la limite.

Entre temps, on le met sous voriconazole au long cours pour une aspergillose pulmonaire qui a finalement été opérée il y a 15-20 jours, c’est à dire environ 4 mois après le début de l’antifongique. A cette époque, son ECG était semble-t-il normal (je vais récupérer les tracés demain).

En post opératoire, il fait un épisode de fibrillation auriculaire qui bénéficie d’une dose de charge d’amiodarone et d’une dose d’entretien à 1 comprimé par jour depuis donc 15-20 jours.

Et voilà donc son ECG du jour. J’ai d’abord pensé à une onde U, mais son bilan ionique est normal (notamment la kaliémie et la calcémie, mais je n’ai pas de magnésémie). Puis j’ai pensé à un allongement du QT avec une onde T biphasique, ce qui ferait quand même un respectable QTc de 574 msec.

Je n’ai rien sur Pubmed pour voriconazole+amiodarone+QT, et la BCB ne repère aucune interaction entre les deux. Par contre, le RCP du voriconazole précise bien le risque d’allongement du QT, et demande d’éviter l’association avec des médicaments à risque.

Peut-être aussi une histoire de métabolisme, car celui de l’amiodarone passe par le CYP3A4 qui est inhibé par…le voriconazole… Mais par ailleurs, le produit du métabolisme de l’amiodarone est la desethylamiodarone qui est elle-même active. Donc ce n’est pas certain que l’inhibition du CYP3A4 puisse avoir un effet électrophysiologique…. Uhuhuh, à voir avec les gens qui savent!

J’ai donc arrêté la cordarone et je vais surveiller régulièrement le QT.

Doudou, ou les autres, vous en pensez quoi?

Le nouveau site de l’EMA

Le site de l’EMA (European Medicines Agency) a fait peau neuve récemment, et comme l’ancien site, il est assez touffu, même si les informations les plus récentes sont bien mieux mises en évidence.

Je vais vous faire voir comment retrouver les EPARs (European Public Assessement Reports) qui sont en bon français la partie rendue publique des rapports d’évaluation des molécules ayant été soumises à l’EMA pour l’obtention d’une AMM.

Ces rapports sont très intéressants pour ceux qui veulent en connaître un peu plus sur une molécule que le simple RCP (Résumé des Caractéristiques du Produit).

Au commencement, il y avait la page d’accueil (pas compliqué)

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Puis >Find Medicine


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Puis >Human Medicine.  On n’est pas vétos et nos patients ne sont pas des veaux. En passant, vous remarquerez à droite un très prometteur Herbal medicines for Human use, qui montre que l’Agence prend en compte sérieusement la mode des médecines naturelles (et ses risques).


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Puis >European Public Assessment Reports

Vous tombez sur plusieurs index.

Disons que je recherche l’EPAR du clopidogrel Mylan®, lettre C:

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Ne cliquez pas sur EPAR-Summary for the public, c’est parfaitement inintéressant, cliquez sur l’onglet Assessment history:

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Le PDF en bas est l’EPAR que nous cherchons.

Si vous cherchiez le RCP, disponible en français, c’est l’onglet Product Information.

En fait, je vous l’ai fait longue pour vous montrer ou trouver les index de toutes les EPARs, par exemple pour des recherches multiples, mais on peut faire bien plus rapide pour une recherche ponctuelle, à partir de la page de garde:

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On tombe directement là:

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Elle n’est pas belle, la vie?

J’ai rêvé de Napoléon…

Le site internet du NEJM a récemment radicalement changé pour laisser plus de place au multimédia.

Par ailleurs, l’intégralité des archives du NEJM, depuis 1812 est consultable.

Les éditeurs du NEJM ont offert à l’issue de la sortie de ce nouveau site ce petit cadeau qui est un fichier PDF d’environ 11Mb et qui collecte quelques articles intéressants.

Je vous recommande (mais ce n’est pas pour les âmes sensibles) le cas clinique de la page 25 qui raconte l’histoire d’un pauvre jeune homme qui a eu le malheur de croiser un streptocoque A particulièrement agressif.

Je vous recommande aussi l’article de la page 71, daté de 1846, qui relate les débuts scientifiques de l’anesthésie à l’éther. J’avais déjà parlé de la chirurgie avant l’anesthésie ici, et la lecture parallèle des deux articles me paraît intéressante.

Voici le récit d’une des premières anesthésies à l’éther décrites:

A boy of 16, of medium stature and strength, was seated in the chair. The first few inhalations occasioned a quick cough, which afterwards
subsided ; at the end of eight minutes the head fell back, and the arms dropped, but owing to some resistance in opening the mouth, the tooth could not be reached before he awoke. He again inhaled for two minutes, and slept three minutes, during which time the tooth, an inferior molar, was extracted. At the moment of extraction the features assumed an expression of pain, and the hand was raised. Upon coming to himself he said he had had a  » first rate dream—very quiet, » he said,  » and had dreamed of Napoleon—had not the slightest consciousness of pain—the time had seemed long : » ami he left the chair, feeling no uneasiness of any kind, and evidently in a high state, of admiration. The pupils were dilated during the state of unconsciousness, and the pulse rose from 130 to 142.

On ne peut vraiment pas dire que Napoléon n’a pas marqué son époque!

Le problème du pont de Thor

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Je vous avais prévenu, je suis dans ma période Sherlock Holmes.

Je viens de terminer Le problème du pont de Thor, que vous pourrez lire ici.

J’avais vu une adaptation TV de ce court récit avec dans le rôle de Sherlock Holmes l’excellent et regretté Jeremy Brett. Cet acteur maniaco-dépressif (comme Sherlock!) semble être décédé d’une cardiopathie valvulaire post rhumatismale, une bien belle maladie des siècles passés (du moins dans nos pays développés, ailleurs, on meurt encore pas mal de ça…).

Je connaissais donc la conclusion de l’histoire, mais cela n’a pas entamé mon plaisir.

Hier au soir, j’ai aussi musardé dans Google Books pour retrouver des descriptions cliniques contemporaines des anévrysme de l’aorte thoracique. Je vous conseille notamment ce Guide du médecin praticien de 1866 qui apporte une description clinique d’autant plus fine qu’il n’y avait que ça pour faire un tel diagnostic (première radio en 1895!) et encore moins pour le traiter efficacement:

La marche de la maladie est ordinairement difficile à suivre dans les premiers temps. Le plus souvent lente et sourde, elle est quelquefois très-rapide, comme on en voit des exemples dans les cas où le développement de la maladie a succédé à un accident. Il arrive assez souvent, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, qu’après avoir marché lentement, l’affection prend un accroissement rapide, dont l’apparition d’une tumeur à la partie antérieure de la poitrine donne le signal. Dès ce moment, les symptômes sont beaucoup plus faciles à suivre, et vont plus ou moins rapidement en augmentant, a moins que le traitement ne vienne entraver leur progrès.

La terminaison de l’anévrysme de l’aorte est le plus souvent fatale ; toutefois il résulte d’un certain nombre des observations que nous ayons rassemblées, que la maladie ne doit pas être regardée comme désespérée.

A l’époque, la médecine c’était vraiment la science de l’expectative…