Combien tu as fait, Stéphane?

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Encore un magnifique cas clinique interactif du NEJM.

Il était difficile, celui-là (en tout cas pour un cardio de base).

En parlant de iatrogénie, un article du Monde parle du Médiator ce matin, et pas en bien, vous pouvez bien l’imaginer.

L’article cite le Dr Irène Frachon qui a eu la gentillesse de me faire parvenir son livre dédicacé, « Médiator 150 mg. Sous-titre censuré » .

C’est le prochain sur ma liste de lecture.

Le Roi des Aulnes

C’est comme ce prénom d’Abel qui me semblait fortuit jusqu’à ce jour où les lignes de la Bible relatant le premier assassinat de l’histoire humaine me sont tombées sous les yeux. Abel était berger, Caïn laboureur. Berger, c’est à dire nomade, laboureur c’est à dire sédentaire. La querelle d’Abel et de Caïn se poursuit de génération en génération depuis l’origine des temps jusqu’à nos jours, comme l’opposition atavique des nomades et des sédentaires, ou plus précisément comme la persécution acharnée dont les nomades sont victimes de la part des sédentaires. Et cette haine n’est pas éteinte, bien loin de là, elle se retrouve dans la réglementation infâme et infamante à laquelle les gitans sont soumis -on les traite comme des repris de justice- et elle s’affiche à l’entrée des villages par les panneaux « Stationnement interdit aux nomades ».

Il est vrai que Caïn est maudit et son châtiment, comme sa haine pour Abel, se perpétue également de génération en génération. Maintenant, lui a dit l’Éternel, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Quand tu cultiveras la terre, elle ne te donnera plus ses fruits, tu seras errant et fugitif sur la terre. Voilà donc Caïn condamné à la pire des peines à ses propres yeux: il doit devenir nomade comme l’était Abel. Il a des paroles de révolte contre ce verdict, et d’ailleurs il n’obéit pas. Il se retire loin de la face de l’Éternel, et là, il construit une ville, la première ville, qu’il appelle Hénoc.

Le Roi des Aulnes (1970).

Gallimard.

Michel Tournier.


Lecture en cours

Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds,

A dix pas personne ne discerne nos paroles.

On entend seulement le montagnard du Kremlin,

Le bourreau et l’assassin de moujiks.

Ses doigts sont gras comme des vers,

Des mots de plomb tombent de ses lèvres.

Sa moustache de cafard nargue,

Et la peau de ses bottes luit.

Autour, une cohue de chefs aux cous de poulet,

Les sous-hommes zélés dont il joue.

Ils hennissent, gémissent,

Lui seul tempête et désigne.

Comme des fers à cheval, il forge ses décrets,

Qu’il jette à la tête, à l’œil, à l’aine.

Chaque mise à mort est une fête,

Et vaste est l’appétit de l’Ossète.

L’épigramme à Staline. Osip Mandelstam. 1933

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Robert Littell, L’hirondelle avant l’orage, éd. BakerStreet, 2009

Comment être un indien

Comment être un Indien

L’avenir de la nation indienne étant désormais tout tracé, la seule possibilité de promotion sociale pour un jeune Indien ambitieux consiste à faire le figurant dans un western. À cette fin, voici quelques instructions essentielles qui permettront à notre jeune ami d’obtenir le label « Indien de western » et de résoudre ainsi le problème du sous-emploi endémique de cette catégorie socio-professionnelle.


Avant l’attaque

1. Ne jamais attaquer tout de suite. Se faire remarquer de loin, plusieurs jours auparavant, en émettant des signaux de fumée bien visibles, afin de donner à la diligence ou au fort le temps d’avertir la Cavalerie.

2. Si possible, se montrer par petits groupes sur les montagnes environnantes. Placer les sentinelles sur des pics très isolés.

3. Laisser des traces évidentes de son passage : empreintes de chevaux, feux de bivouac éteints, plumes et amulettes permettant l’identification de la tribu.


Attaque de la diligence

4. Pour attaquer la diligence, la suivre de loin ou, mieux, la longer de côté, afin d’être toujours à portée de fusil.

5. Freiner les mustangs, notoirement plus rapides que les chevaux de trait, pour ne jamais la précéder.

6. Ne chercher à l’arrêter que un par un, de façon à être blessé par le cocher et piétiné par l’attelage.

7. Ne jamais couper en masse la route de la diligence : une telle manœuvre réussirait à la stopper aussitôt.


Attaque d’un ranch isolé ou d’un cercle de chariots

8. Ne jamais attaquer de nuit, au moment où les fermiers s’y attendent le moins. Respecter le principe selon lequel l’Indien attaque de jour.

9. Pousser avec insistance le cri du coyote afin de signaler sa position.

10. Si un Blanc pousse le cri du coyote, pointer aussitôt la tête afin d’offrir une cible facile.

11. Attaquer en rond, sans jamais resserrer le cercle, de façon à être touché un à un.

12. Ne jamais engager tous les hommes dans une attaque en cercle, les remplacer au fur et à mesure qu’ils sont touchés.

13. Bien que montant à cru, se prendre systématiquement le pied dans le harnais du cheval en tombant, de façon à être traîné par l’animal.

14. Veiller à utiliser des fusils (achetés à un trafiquant malhonnête) dont on ignore le maniement. Mettre une éternité à les recharger.

15. Ne pas interrompre le cercle à l’arrivée des renforts, attendre la Cavalerie, ne pas se porter au-devant des soldats, se disperser en désordre au premier choc, afin de permettre les poursuites individuelles.

16. En cas de ranch isolé, envoyer la nuit un homme en éclaireur. Il devra s’approcher d’une fenêtre allumée, observer longuement une femme blanche à l’intérieur, jusqu’à ce qu’elle aperçoive le visage d’un Indien contre la vitre. Ne tenter de s’échapper qu’après son hurlement et la sortie en trombe des hommes.


Attaque du fort

17. Point essentiel, libérer les chevaux la nuit. Surtout ne pas chercher à les voler, les laisser se disperser dans la prairie.

18. En cas d’assaut, escalader le mur un par un. Pointer son arme d’abord, puis sa tête, lentement, et se redresser en temps voulu, après que la femme blanche aura signalé votre présence à un tireur d’élite. Ne jamais tomber vers l’intérieur du fort mais en arrière, vers l’extérieur.

19. En cas d’échange de tirs de loin, se poster au sommet d’un pic et s’écrouler en avant pour aller se fracasser sur les rochers en contrebas.

20. En cas de duel, prendre le temps de viser avec soin.

21. Dans la même situation, ne jamais utiliser de pistolets, lesquels résoudraient vite le problème, mais uniquement des armes blanches.

22. En cas d’une sortie des cow-boys, ne jamais récupérer les armes de l’ennemi tué. Ne voler que sa montre et s’attarder à écouter son tic-tac jusqu’à ce qu’arrive un autre ennemi.

23. En cas de capture d’un visage pâle, ne pas le tuer tout de suite. L’attacher à un poteau ou le ligoter sous une tente et attendre que ses amis viennent le délivrer à la pleine lune.

24. Dans tous les cas, chercher à abattre le trompette ennemi dès que résonne au loin la sonnerie de la Cavalerie. À ce moment-là, le trompette du fort se dresse et répond, debout sur le plus haut créneau des remparts.


Autres cas de figure

25. En cas d’attaque du village indien, sortir des tipis en proie à la panique, courir partout, chercher les armes difficiles d’accès.

26. Contrôler la qualité du whisky vendu par les trafiquants, veiller à ce que la proportion d’acide sulfurique soit de trois pour un.

27. Lors du passage du train, s’assurer qu’un chasseur d’Indiens est à bord avant de longer le convoi à cheval en agitant son fusil et en poussant des hurlements de salutations.

28. En bondissant sur le dos d’un Blanc, tenir son propre couteau de façon à ne pas le blesser, afin de permettre le corps à corps. Attendre que le Blanc se retourne.


Umberto Ecco.

Texte de 1975, retrouvé dans Comment Voyager avec un Saumon. Nouveaux pastiches et postiches.