Ivre, il a fini son labyrinthe…

Ça m’a pris pas mal de temps, mais finalement, pas tant que cela, mais j’ai terminé mon labyrinthe! L’orientation par rapport aux points cardinaux est la plus exacte possible. J’ai laissé les tracés préliminaires qui m’ont permis de créer une structure finalement très organisée.

J’ai beaucoup utilisé le croquis de Umberto Eco pour que chaque pièce ait son verset de l’Apocalypse. J’ai passé pas mal de temps là dessus car Eco écrit un peu mal et j’ai été obligé de googler de nombreux versets illisibles.

 Je n’avais pas écrit latin depuis le Lycée…

L’entrée du Finis Africae, pas de miroir dans Minecraft, dommage 😉

L’autel du Fons Adae

Ce dernier cliché, et la petite vidéo çi dessus se rapportent à ce passage:

Adso est alors pris d’hallucinations. Les herbes qui charbonnaient étaient probablement du chanvre. La dernière partie de la vidéo représente bien entendu l’entrée dans le Finis Africae, la découverte du deuxième livre de La Poétique d’Aristote et du fanatique Jorge. J’ai volontairement très peu éclairé l’intérieur du labyrinthe pour se rapprocher le plus possible de l’expérience des héros.

Petite ballade autour du Finis Africae, Hic sont Leones…

La vidéo permet bien de voir que le mot LEONES (les lions) est formé par la première lettre de chaque verset.

En faisant des recherches, j’ai trouvé d’autres foufous qui avaient transposé l’univers du Nom de la Rose dans Minecraft. Je suis notamment impressionné par le travail suivant qui a recréé l’ensemble de l’abbaye maudite:

Carryology 3

Cette fois, on va vraiment parler sacoche.

Certains ont remarqué que je n’utilisais pas la sacoche présentée dans Carryology.

De fait la première sacoche était une Original Briefcase de Filson, la seconde une 24h tin briefcase, de la même marque.

J’ai acheté l’une, puis l’autre, pour un tas de raisons toutes moins rationnelles les unes que les autres.
Elles sont à la fois semblable et différentes, et la philosophie de chaque sacoche est assez différente (oui, une sacoche peut avoir une philosophie, tout comme BHL).

La première est en serge de coton hydrofuge de 22 oz/sq yds soit environ 750 g par m². La serge est épaisse, très agréable au toucher. La finition externe est très pointilleuse: doublures de cuir, laiton poli, bandoulière en beau cuir avec une épaulette rembourrée. La finition intérieure est… réduite à son strict minimum. On y trouve des tas de rangements, mais l’intérieur n’est pas doublé. Il n’y a qu’une pochette externe (avec le fameux porte-clés).

La seconde est en serge de coton de 15 oz/sq yds soit environ 510 g par m². Donc en théorie plus légère, mais comme l’intérieur est doublé, on ne sent pas vraiment la différence. La grosse différence tient surtout dans le fait que le coton est totalement étanche car ciré, comme dans l’ancien temps. Filson offre d’ailleurs une boite de cire pour re-cirer le coton en cas de perte d’étanchéité. J’ai regardé des tutoriels sur le net, et le re-cirage s’apparente quasi à du loisir créatif pour quelqu’un qui ne saurait pas occuper ses journées.

Les finitions extérieures sont techniquement parfaites et solides comme le roc (comme tous les produits Filson, paraît-il), mais nettement plus frustres. Peu de cuir, laiton non poli, bandoulière en coton brut.

Par contre, il y a 2 grandes poches avec fermetures éclair, avec à l’intérieur encore des rangements, avec une poche elle aussi fermée par une autre fermeture éclair. Je note aussi l’existence de 2 autres poches « à ciel ouvert » et d’une pochette très pratique pour y mettre rapidement des papiers (avec le fameux porte-clés).

L’intérieur est doublé de partout par un épais tissu protecteur, avec là aussi des tas de rangements. On pourra idéalement y mettre un MacBook (Air pour moi), iPad, livres, vêtements…

La première sacoche est plutôt faite pour la ville et les réunions plus ou moins formelles. La seconde est faite pour se rouler dans la boue sous la pluie (ce que je n’aurais jamais l’idée de faire avec ou sans une sacoche).

Les deux ont des qualités et des défauts. Le mariage cuir/tissu de la première est somptueux. La cire et l’épaisseur moindre de la serge de la seconde rendent son contact moins agréable, presque humide je dirais. La seconde a un intérieur nettement plus fini et protecteur et des poches externes à ne pas savoir quoi en faire.

Aucun regret d’avoir acheté les deux, même s’il m’est impossible de me balader avec les deux en même temps. La qualité de fabrication est bien telle que ce que les utilisateurs de ces produits décrivent sur des forums d’aficionados de la marque. Je suis tombé un jour sur un témoignage d’un type qui dit avoir fait l’Afghanistan comme officier de renseignement. Il a bourlingué avec sa sacoche de partout, l’a jetée à l’eau, a transporté des munitions avec… Vraie ou pas, l’histoire m’a fait sourire et représente bien l’attachement des propriétaires de Filson.

L’Original Briefcase est à 325UD$, la 24h tin Briefcase est à 395US$ sur le site de Filson. Les prix européens conseillés par la marque sont totalement délirants (389€ et 489€). Je vous avais déjà conseillé un site français qui pratique des prix plus raisonnables. Je vous conseille de faire le tour des boutiques en ligne, notamment en Grande Bretagne où la livre est faible (pour l’instant?), et surtout y attendre les promotions qui peuvent atteindre 30-50%.

Carryology 2

J’ai entendu dire IRL et sur la toile que mon premier billet avait inspiré l’achat de sacoches. Je trouve ça plutôt rigolo. Ma carrière de cardiologue blogueur va se finir en celle de blogueur mode. À moi les articles sponsorisés et les produits gratuits en échange d’une note dithyrambique. Bon, c’est trop tard, les blogs, dont le mien, sont moribonds depuis quelques temps déjà. Il faudrait que je nourrisse mon compte Instagram pour parler de réadaptation ou de biostatistiques (on ne peut pas, n’importe quel texte de plus de 1 ligne sans hashtag rebute tout lecteur maintenant)…

Tout cela me fait penser que je n’ai plus le temps et/ou le punch et/ou la liberté d’écrire sur ce blog. Parfois les trois à la fois. Pourtant il y aurait des choses à dire, en cardio, en médecine, sur la toile…

Même sur Fillon.

J’ai failli écrire une note sur lui un soir où l’énormité de la situation que nous vivions avait dépassé mon absence quasi totale d’idéologie politique. Et c’était il y a très très très longtemps à l’aune de la folle succession des scandales fillonnesques (c’était la semaine dernière). Très curieusement, son comportement a fédéré les gens avec qui je discute. En général, avant une élection de cette importance, les gens sont assez arc-boutés sur leurs opinions et il n’est pas très simple d’initier sereinement une conversation politique, chez le coiffeur, ou parfois en fin de consultation quand le plus important a déjà été dit… Là, « on » en parle sereinement et la consternation est générale, quel que soit le bord politique de l’autre. On ne dit plus pour qui on vote (ceci étant fait après moult -adjectif invariable, je viens de vérifier- approches prudentes), mais on demande plutôt à l’autre pour qui il va voter, comme un conseil. Ce qui est totalement fou. J’ai l’impression que personne ne sait pour qui voter. Nous en sommes même au delà du « pour le moins pire ». Si, comme je l’espère très fort, Fillon se fait éjecter dès le premier tour, notre démocratie en sortira meilleure, car les votes auront clairement envoyé un signal fort aux politiques: nous ne tolérons plus les magouilles. Dans le cas inverse, et bien, nous aurons les hommes politiques que nous méritons et nous n’aurons plus le droit de nous plaindre. Indépendamment de cela je suis horrifié de constater que si toutes ces affaires n’étaient pas sorties, j’aurais très vraisemblablement voté pour un candidat dont j’ignorais tout des liens avec la droite catho, la manif pour tous… Pas bien, il va falloir qu’un jour je m’intéresse un peu plus à la vie politique de notre pays.

Bon, cette note part en roue libre, mais ce n’est pas plus mal. En la commençant, je comptais parler sacoche, et j’écris sur Fillon. Il en a reçue une en cadeau? De qui? Joaquín Guzmán? Pour vous éviter de chercher qui c’est, son article Wikipedia est .

Dernier aparté -nom masculin, je viens aussi de vérifier- avant de parler un peu du sujet de la note, ça fait un bien fou d’écrire. La discipline obligeant à se structurer et à synthétiser un sujet avant d’écrire (ce qu’ironiquement je ne fais pas du tout en ce moment car je ne sais pas de quoi je vais parler ensuite) me manque énormément. La note sur le sel dans les aliments est typique de ce j’aime faire, et la dernière avant elle date… de Mathusalem.

Bon, j’ai donc acheté une sacoche Filson, très américaine, mais ce que vous ne savez pas…

Et Trump?

Pour me détendre entre deux scandales Fillon, je lis avec avidité les torrents d’articles publiés par le NYT et le WaPo. Leur prédiction de la victoire de Hillary m’a évidemment beaucoup déçu. Je me suis alors rendu compte que ces deux monuments du journalisme mondial qui relèguent notre Monde au niveau de La Provence (supplément week-end) ne voyaient que par/pour une toute petite communauté d’américains. Ils n’ont rien vu venir des aspirations d’une bonne partie de leurs concitoyens. Même si Trump n’a pas gagné en nombre absolu de votes, j’ai été très déçu de leur manque de clairvoyance. Alors bien sûr, mortifiés comme ils l’ont été, ils tapent maintenant comme des sourds sur Trump et son administration. Et en face, la cible est facile tant ces derniers paraissent être clownesques et/ou incompétents. La critique politique est facile, et les humoristes en font des tonnes (je vous conseille la série de sketchs de  Melissa McCarthy sur Sean Spicer), mais que cette folie est triste pour cette si grande nation… Je vous suggère de lire/relire 1984 de Orwell. En effet, les conférences de Sean Spicer sont en grande partie en Novlangue (maintenant, ça s’appelle les alternative Facts ou la Post-truth). Trump vient de subir un échec historique devant le Sénat en  tentant de réformer le Patient Protection and Affordable Care Act. Tant mieux pour les plus démunis, mais que va encore sortir ce clown? Je ne serai pas surpris que les séries US en cours de tournage, et les futures ne délaissent leur habituel immense respect de la fonction présidentielle pour une peinture acide, cruelle, ridicule de cette dernière. Je ne vois pas Jethro Gibbs risquer sa vie pour Trump dans la prochaine saison.

Pardon de l’interruption d’écriture (que vous n’auriez pas remarqué si je ne vous l’avais pas dit), mais je viens de réserver un billet pour aller voir l’expo Vermeer. Merci à @edouriez de m’y avoir fait récemment penser.

Revenons à nos moutons.

Donc ce que vous ne savez pas, c’est que…

Bon, l’heure a tourné, je dois préparer à dîner pour mes fils. Je terminerai cette note une prochaine fois (ou pas).

Batrachotoxine et indiens Emberà (rediffusion du 30/11/2008)

Hier, j’ai regardé en pointillé un reportage sur les indiens Sakuddei qui vivent sur une île recouverte d’une forêt primaire au large de l’île de Sumatra.

Je ne suis pas un ethnologue dans l’âme, et le reportage n’a commencé à m’intéresser que lorsqu’il s’est intéressé à la fabrication des fléchettes empoisonnées pour sarbacanes.

Depuis tout petit, l’utilisation de poison, le plus souvent un alcaloïde végétal, pour la chasse, m’a toujours fasciné.

Le plus connu de ces poisons est le curare que nos amis anesthésistes utilisent larga manu.

J’ai donc un peu surfé sur la toile et je suis tombé sur un poison encore plus fascinant que le curare, la batrachotoxine.

Il s’agit encore d’un alcaloïde, mais animal toutefois. L’étiologie nous indique de quel animal il s’agit : βάτραχος, batrachos, batracien, grenouille.

Pour être plus exact, des grenouilles de la famille des dendrobatidae et notamment les phyllobates.

Je ne connais pas grand-chose dans les grenouilles, mais ce sont celles qui ont des couleurs vives qui « préviennent » les autres animaux de leur extrême dangerosité.

capture-decran-2017-01-01-09-56-22Dendrobates azureus.

Wikipedia précise même que cette stratégie d’annoncer la couleur, en somme répond du joli nom d’aposématisme.

Ces charmantes bestioles n’habitent pas du tout à Sumatra, mais dans la région frontalière entre le Panama et la Colombie.

La plus toxique d’entre elles a été nommée Phyllobates terribilis, et elle n’a été décrite qu’en 1978. Les indiens Emberà, qui habitent justement le coin utilisent son poison pour chasser.

capture-decran-2017-01-01-09-57-07Phyllobates terribilis.

Ils manipulent sans le savoir un des produits naturels les plus toxiques au monde. La dose létale estimée chez l’humain est de 1 à 2 microg/Kg.

Cet alcaloïde est neurotoxique et cardiotoxique.

Ils frottent leurs fléchettes contre le dos des grenouilles, là où se trouvent les glandes qui secrètent le poison. Contrairement à d’autres tribus voisines qui utilisent d’autres grenouilles que la P. terribilis, la létalité de sa toxine est telle que les Emberà n’ont pas besoin de la « torturer » pour lui faire fabriquer plus de substance. Ils les manipulent avec précaution, à travers des feuilles coupées, pour éviter de les toucher.

capture-decran-2017-01-01-09-57-21Un indien frotte sa fléchette sur le dos d’une P. terribilis en évitant tout contact direct. Source: Myers et coll.

Myers raconte qu’un chien est mort après avoir joué avec des gants usagés ayant servi à la manipulation d’amphibiens.

Par contre, une phyllobate ou une dendrobate née et élevée en captivité ne va pas sécréter de toxine. Le mystère n’a été partiellement dévoilé qu’en 2004, ou l’on a découvert que ces grenouilles concentraient la batrachotoxine à partir d’un coléoptère de la famille des Melyridae dont elles se nourrissent, et qu’elles ne trouvent bien entendu qu’en pleine jungle.

Comme la toile est grande, j’ai trouvé un lien qui mène directement à la publication princeps sur l’utilisation de la toxine de notre gentil batracien. J’ai sauté allègrement sur les premières pages de cet article qui en compte 72 pour lire les deux dernières parties qui se lisent très bien : « Utilization of Frogs for Dart Poisoning » et « Blowgun and Dart Fabrication ». J’y ai découvert des notions qui paraissent incroyables pour quelqu’un vivant dans notre société industrialisée ou l’immédiateté est devenue une fin en soi.

La fabrication de la sarbacane, de son carquois et des fléchettes prend environ 12 jours. La sarbacane, qui peut paraitre un objet frustre est en fait l’aboutissement d’un processus de façonnage et d’assemblage incroyablement complexe, avec notamment la confection d’une colle ou d’une résine qui va la rendre imperméable.

capture-decran-2017-01-01-09-57-37Les fibres végétales fixée à l’arrière de la fléchette servent à optimiser la poussée de l’air. Source: Myers et coll.

Ils sont forts ces indiens, c’est ce que je me suis dit. Mais bon, à côté de biochimistes intuitifs brillants, on trouve aussi des bras cassés de la pire espèce.

Vous pourrez en juger en lisant la composition de cette autre poison utilisé dans un tribu des Andes : sève d’arbre, serpents, fourmis, araignées, sang menstruel et testicules humain macérés. Miamm, santé ! L’utilisation de fléchettes empoisonnées contre d’autres hommes, au cours des guerres tribales est rare, voire mal vue. Cela explique pourquoi les chroniqueurs espagnols ne mentionnent qu’à peine leur utilisation guerrière. Mais les Emberà semblent moins choqués par cette utilisation. Myers relate ainsi un fait-divers de 1977 au cours duquel un homme frappé par une fléchette s’est écroulé mort, après une course de quelques centaines de mètres.

Voilà, c’était ma petite contribution pour le centenaire de Claude Lévi-Strauss, dont je n’ai encore rien lu.

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Myers C.W., Daly J.W., Malkin B.: A dangerously toxic new frog (Phyllobate) used by Emberá Indians of Western Colombia, with discussion of blowgun fabrication and dart poisoning. Bulletin American Museum Nat History, New York, 1978; 161: Article 2, 311-64.

Liens intéressants sur la toile :

La thèse de Benjamin Guillon, un vétérinaire, sur les dendrobatidae.

BATRACHOTOXIN…or, just touch me and you’re dead.

The True Poison-Dart Frog: The Golden Poison Frog Phyllobates terribilis. (lien mort)

John P. Dumbacher et coll. Melyrid beetles (Choresine): A putative source for the batrachotoxin alkaloids found in poison-dart frogs and toxic passerine birds. PNAS November 9, 2004 vol. 101 no. 45 15857-15860.

JOHN W. DALY. The chemistry of poisons in amphibian skin. Proc. Natl. Acad. Sci. USA. Vol. 92, pp. 9-13, January 1995

Dart Poison Frogs and Their Toxins. (papier intéressant, car le promoteur en est… une école de santé militaire tchèque. J’espère que l’on est encore copains avec eux !)