La vraie vie, de vrais patients, de vrais anticoagulants

La vraie vie, juste à l’instant.

Mon portable sonne.

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– Allo? (un ami, et un généraliste correspondant )

– Salut!

– Je peux te poser une question?

– Oui!

– On en est où avec les nouveaux anticoagulants?

Soupir.

– A cause de l’histoire des biologistes?

– Oui, je suis en visite chez un patient qui a fait un AVC sous AVK, et que XXX (un agrégé) a mis sous Pradaxa®. Il a entendu qu’il y a un problème avec les NACs et il veux arrêter son Pradaxa®.

Gros Soupir.

– J’ai téléphoné à XXX qui a dit que si il était inquiet, il n’avait qu’à prendre du Xarelto®!

Gros gros soupir.

– Dis-lui qu’il n’y a pas de sur-risque de saignement pour les NACs, et qu’il peut continuer son Pradaxa®, sous réserve que sa fonction rénale soit satisfaisante, et blablabla….

– Je lui propose de retourner voir XXX?

– Ouais, bonne idée!

Gros gros gros soupir.

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sitesjbmJe remercie vivement les jeunes biologistes d’avoir fait avancer, grâce à leur communiqué de presse tout en intelligence et en retenue, le débat sur les NACs et aidé la compréhension que les patients (et certains médecins) avaient de l’anticoagulation.

Je les remercie aussi de m’obliger à défendre des molécules que je n’apprécie pas afin que ces mêmes patients ne les arrêtent pas brutalement.

Jeunes biologistes, merci de tout cœur de tant simplifier notre métier, on en avait vraiment besoin.

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J’ai découvert les jeunes biologistes à la suite de cette histoire et j’ai passé un très bon moment avec l’un d’eux au téléphone. Ils sont vraiment super sympas, dynamiques et nous avons exactement le même ressenti sur les NACs. Enfin, leurs intentions étaient louables, leur but n’étant certainement pas de défendre leur galette d’INR. 

Mais pour faire du buzz et appâter le journaliste, ils n’ont pas hésité à utiliser des mots graves, et emprunter des raccourcis simplistes qui sont une insulte à leur intelligence, et à celle de leurs confrères, biologistes ou non.

Ils m’ont raconté des anecdotes de la vraie vie, aux dépens des NACs, en les agitant comme des étendards. Je leur ai raconté les miennes (Pradaxa 150*2 avec une créatininémie à 300 à 80 ans…).

Quelques observations saignantes, un beau story-telling, mais bien loin, très loin d’une analyse objective.

sjbmmediatorEt maintenant, on dit quoi aux patients qui veulent arrêter leurs NACs car c’est la même histoire qu’avec le Médiator®, une histoire de confiance en son médecin brisée en mille morceaux?

On leur dit que les études randomisées et observationnelles post-AMM n’ont pas montré de sur-risque, que la pharmacovigilance travaille à fond sur ce dossier…?

On leur dit « ayez confiance »?