Cadeaux

Les patients reconnaissants apportent souvent de petits cadeaux au cabinet ou à l’hôpital.

J’ai remarqué plusieurs choses:

  • Ce ne sont pas les patients les plus riches qui font des cadeaux, c’est même plutôt le contraire
  • Ce ne sont pas les patients que l’on a tiré du plus mauvais pas qui font des cadeaux, mais là, il y a vraiment aucune règle.
  • Quel qu’en soit la valeur, je suis toujours très gêné de les recevoir, persuadé que je ne les mérite pas (soigner, c’est quand même mon métier)

Je n’ai pas fait le compte depuis le début, mais voici un petit inventaire à la Prévert:

  • une serviette de bain à l’effigie de Marc Ravalomanana (précision importante: donnée en 2002).
  • des aliments: des « Ferrero Rochers », des makrouts, des feuilles de vigne faites maison, du nougat mou asiatique, des dattes « Deglet Nour » (mes préférées), du gibier (sanglier ou chevreuil), des kilos de miel corse, de chocolat et de pâtisseries.
  • des litres d’alcool: vin, champagne… (alors que je ne bois pas une goutte d’alcool).
  • des livres.
  • des plantes
  • un tableau tissé au Viêt Nam (scène de village)
  • une bonne dizaine de litres d’ huile d’olive de la ferme.

Depuis 10 jours, c’est le pays de Cocagne:

  • 3 kilos d’amandes au chocolat et de dragées
  • 3 litres de vin
  • 2 petits animaux faits maison
  • Photobucket

  • un paquet de « Ferrero Rochers »

Parfois, donc, c’est un peu kitch, mais ça fait toujours chaud au coeur. Pourvu que ça dure…

Pipi au lit

Qu’est ce qui arrive quand on prescrit du lasilix le soir?

(Ne riez pas, j’en vois passer quelques ordonnances par an)

(C’est très bon, Sam Sam)

Kiva Teams

L’an dernier, Kiva a permis à ses utilisateurs de se regrouper en équipes afin de prêter collectivement.

Personnellement, je pense que cela n’apporte pas grand-chose hormis peut-être un peu plus de communication entre les membres des différentes communautés, mais bon, rien de bien transcendant.

Je n’aime pas trop le communautarisme que ces équipes instaurent de facto (même si on peut tout à fait adhérer à plusieurs équipes), ni l’émulation un peu artificielle induite par la page qui recense les équipes et permet de les classer en fonction du nombre de leurs membres ou encore des sommes prêtées. Alors que justement, aucun classement n’est disponible pour les prêteurs individuels, ce que je trouve tout à fait sain.

J’ai pourtant adhéré assez rapidement à l’équipe « Kiva France« , mais je ne me suis jamais inscrit à leur forum sur lequel on trouve pourtant des choses sympas.

Mais bon c’est comme ça.

Par contre, ces équipes sont quand même parfois assez exotiques et jeter un coup d’œil sur le classement vaut un (tout) petit détour.

Les trois premières équipes ce jour sont:

  1. Atheists, Agnostics, Skeptics, Freethinkers, Secular Humanists and the Non-Religious
  2. Kiva Christians
  3. Team Obama

Le numéro 1 me convient parfaitement. J’imagine aussi avec délices comment ils doivent se tirer la bourre avec les seconds. Pour être tout à fait honnête, les « Kiva Christians » font bien plus de prêts par utilisateur que les Athées qui compensent par le nombre de leurs membres (5.7 prêts par personne contre 3.47). Enfin, c’est drôle de trouver ces deux grands antagonistes aux deux premières places. Curiosité quand même, les « Kiva Christians » se sont définis comme une équipe « Friends« , et non « Religious Congregations« . Un acte manqué?

Le numéro 3 est donc la « Team Obama ». En dehors de cette équipe, il n’y en a que 5 autres qui s’affirment comme étant « Democrats« , aucune ne dépassant  9 membres (les deux dernières ne l’étant pas, à mon avis). Selon le prisme Kiva, Obama, ce sont les démocrates et les démocrates, c’est Obama. Jusqu’à quand?

Je me suis alors demandé, et les républicains?

Je n’ai trouvé qu’une équipe « republicans« , de…8 membres et une seule équipe « McCain » de 1 membre, mais ce n’est pas un admirateur!

Les équipes « Local Area » montrent un peu les limites de ces groupes. A la sixième place, on trouve « Team Europe« , à la huitième « Belgium », à la dixième « Kiva Team Germany« , à la douzième « Netherlands« , à la seizième « Norway« , à la dix-huitième « Kiva France » et même « London » à la dix-neuvième.

« Kiva France » ou « Team Europe »? Question qui pourrait être cornélienne si elle avait de l’importance.

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Pour l’instant, Kiva ne connait pas la crise.

La micro-crédit a même plutôt le vent en poupe, notamment avec l’ADIE en France, qui fait beaucoup parler d’elle en ce moment (ici et ici).

Enfin, pour finir, aujourd’hui, c’est la journée de la femme.

78% des entrepreneurs qui ont bénéficié du micro-crédit sur Kiva sont des femmes.

Et ça, c’est une grande évolution positive.

Entretien exclusif

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LP : Je voudrais d’abord remercier le comprimé de Coumadine 2mg qui a accepté pour la première fois de parler à visage découvert. Nous espérons que son témoignage aidera d’autres comprimés dans la recherche de leur identité.

C2 : Merci à vous de m’avoir permis de m’exprimer.

LP : Depuis quand savez-vous que vous êtes « différent », et depuis quand l’assumez vous ?

C2 : Je suis rose depuis toujours, mais je ne l’assume ouvertement que depuis tout dernièrement. Pour être exact, depuis que je suis allé voir le film de Gus van Sant.

LP : « Harvey Milk » ?

C2 : Exactement. J’ai compris que la différence était une force et non une tare, et qu’il fallait que je m’estime pour que les autres le fassent.

LP : Vous a-t-on fait ressentir cette différence ?

C2 : Depuis toujours. Bien qu’étant l’ainé, mon petit frère de 5 mg m’a toujours fait ressentir qu’il m’était supérieur, et que nos parents [NDLR : Bristol-Mayer et Squibb] le préféraient.

LP : Vous a-t-il expressément insulté, avez-vous des exemples précis ?

C2 : Jamais expressément, en effet, mais je l’ai ressenti par des allusions blessantes, du genre « Moi, je ne suis pas un anticoagulant de pédé ! », « Tu ne fais même pas ma moitié ! » ou « Encore habillé en rose ce matin ? ».

LP : En effet, le genre de haine qui ne franchit jamais clairement la ligne rouge tracée par le législateur, mais qui n’en est pas moins destructrice. Et vos parents, quelles ont été leurs réactions ?

C2 : Le déni, à la fois de mon identité, et de l’attitude de mon frère. Nous sommes issus d’une vieille famille qui tient à sauvegarder les sacro-saintes apparences et à se préserver du « Qu’en dira t-on ? ».

LP : Pourtant, il existe des tas de petites pilules roses qui s’assument et ont fait une carrière remarquable. Je pense notamment au Coaprovel 300/25, à l’Amarel 1 mg et à l’Haldol 5.

C2 : Oui, mais c’est « chez les autres ». Un fait résume tout, mon frère vaut 12 centimes d’euros de plus que moi.

LP : Oui, mais il est plus récent et plus dosé !

C2 : Vous voyez, vous aussi !

LP : Uhmmm. Et quels sont vos rapports avec les patients ?

C2 : Plutôt bon. En général c’est « Oh, elle est mignonne cette petite pilule rose » et « Vous, au moins, vous gardez toujours le sourire ». Ce sont des réactions gentilles, mais je ressens toujours un peu de pitié. Sourire, toujours sourire, parfois c’est difficile de garder le masque. La France n’est pas encore totalement ouverte au multiculturalisme, contrairement à beaucoup de pays. Les AVK blancs et croisés [NDLR, les comprimés porteurs de la Croix de Saint André, pourtant reconnue depuis 2004 comme un signe ostentatoire d’appartenance religieuse, et à ce titre normalement prohibée] sont très largement majoritaires, choisis dans environ 8 à 9 fois sur 10. Et ce, c’est mon opinion personnelle, en dépit du bon sens, c’est à dire plus pour ce qu’ils sont que ce que pour ce qu’ils font.

LP : En effet … Avez-vous ressenti une évolution au fil des années ?

C2 : Heureusement, bien sûr ! Quand je suis né en 1959, les choses étaient bien plus difficiles que maintenant. Maintenant, nous sortons des pharmacies le soir, sans nous soucier du « Comme ils disent ». J’ai d’excellents amis qui m’aident à m’accepter, Coaprovel 300/25 que vous citiez tout à l’heure est l’un d’eux. Malheureusement, il est déjà en couple (sourires). Nous allons souvent en boite pour écouter «Placebo », un groupe qui a fait beaucoup pour notre reconnaissance. Assez souvent, nous nous mélangeons avec des comprimés blancs dans un climat détendu et tolérant. La musique nous rapproche, ce n’est plus comme avant…

LP : Et les pilules bi, voire tricolores, comme le Noctran 10 ?

C2 : Nous ne nous fréquentons pas trop, mais on devrait.

LP : Pour conclure, à l’heure actuelle, êtes-vous heureux ?

C2 : Ça commence. Le monde évolue. Encore trop doucement mais néanmoins surement. On vous juge de moins en moins sur ce que vous êtes et de plus en plus sur ce que vous faites. J’ai aussi trouvé récemment un équilibre affectif avec un AVK, même si c’est difficile, puisque pour des raisons évidentes, nous ne fréquentons jamais le même pilulier. Mais j’ai de plus en plus confiance en moi.

LP : Pouvez-vous nous dire lequel est-ce ?

C2 : Pas encore. Il n’a pas encore franchi le pas. Mais là aussi, les choses évoluent dans le bon sens et le temps viendra ou nous pourrons être heureux ensemble, sans avoir à nous cacher.


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Rassurez-vous, je ne suis pas en train de devenir zinzin!

On a fait dire à Charlie Chaplin, après une scène légendaire de la « Ruée vers l’or » que ce n’était pas grave si, souffrant de solitude, vous parliez à vos chaussures, mais que ça le devenait si elles commençaient à vous répondre.

Ce comprimé ne m’a jamais répondu, je n’en suis pas encore là!

Mais l’idée d’un entretien avec une petite pilule rose m’a inspiré ce matin.

J’ai pris beaucoup de plaisir en écrivant ce petit texte, j’espère qu’il en sera de même pour vous.

Il sous-tend sous des dehors humoristiques une notion simple mais fondamentale qui me tient vraiment à coeur, et que j’espère bien transmettre à mes enfants: la différence est source d’enrichissement.