La petite mort hypnagogique

Le titre n’a quasi aucun rapport avec la note mais la remarque de Stockholm sur le fait que ce pourrait être le titre d’un bouquin chiant m’a fait tordre de rire.

Genre bouquin de psycho…

Mais j’ai été confronté récemment à ce que je pense être un superbe exemple d’acte manqué, peut-être révélateur de l’inconscient d’une personne.

Cette personne est un médecin absolument dramatique. Appelons un chat, un chat, il représente à lui tout seul un facteur de risque important de morbi-mortalité.

Bien entendu, cela « se sait » dans un rayon assez important autour de son lieu de pratique. Il a donc peu de patients, car les confrères ne lui en envoient pas.

Il développe donc une clientèle dans l’arrière pays en organisant des sortes d’EPU (Enseignement Post Universitaire), afin de nouer des contacts qu’il espère fructueux avec d’éventuels correspondants « qui ne savent pas ».

Chose étonnante, d’ailleurs, ses EPU sont remarquablement organisées, structurées et financées. Les autres intervenants (mais qui ne sont pas de la même spécialité que lui) sont souvent de qualité.

Ce qui m’a fait bondir dans le programme de sa dernière réunion est le titre des deux interventions qu’il fait à titre personnel.

Je ne peux pas vous en donner l’intitulé exact, mais l’une d’elle a pour thème l’au-delà, l’autre l’échec, la mort et le risque de certains gestes médicaux qu’il pratique.

Étonnante irruption de son inconscient qui « sait » qu’il est dangereux, et qui le fait savoir via des présentations saugrenues, en tout cas très atypiques dans le cadre assez conventionnel des EPU ?

En tout cas, j’ai du mal à imaginer le cynisme absolu de cette situation si il avait parfaitement conscience de sa « juste valeur ».

D’un autre côté, comment peut-il ne pas s’en rendre compte ?

Cela soulève aussi bien entendu le problème des mauvais médecins « avérés ».

Il n’existe, à ma connaissance, pas de mécanisme institutionnel d’auto régulation. De toute façon, pour l’instant, en France, il n’y a aucune évaluation continue de la pratique médicale qui puisse conduire vers une action ordinale.

D’ailleurs, est-ce une faute, un délit (ordinal ou autre), d’être mauvais sans être forcément négligent ?

Les seuls mauvais médecins identifiés le sont via des actions judiciaires telles que celle-çi par exemple. Et dans ces cas, il existe des négligences avérées, voire carrément une escroquerie vis à vis du patient ou de la sécu.

Et ce n’est qu’au cours de ces procédures que chaque patient se rend compte qu’il n’est pas le seul à avoir été victime d’un « aléa thérapeutique » qui n’en est pas un.

Le seul mécanisme qui permette de limiter leur pouvoir de nuisance est que les confrères ne leur confient personne. Mais malheureusement, ils arrivent toujours à avoir quelques malheureux patients, passés au travers des mailles du filet protecteur.

Ironie dramatique du calendrier, c’est ce qui s’est produit récemment pour un infortuné patient du médecin dont je parlais au début.

En effet, il est aussi difficile pour un médecin que pour un patient d’avoir une vision d’ensemble sur l’activité de tel ou tel praticien, et de pouvoir constater que sa compétence moyenne est nettement en dessous de celle de ses confrères. On peut bien sûr parfois le repérer sur un patient particulier, en constatant une anomalie de prise en charge, mais ce n’est pas toujours très facile. Et puis tout le monde peut se tromper une fois…

C’est pour cela que l’on se fait passer le mot entre nous, et que l’on échange nos informations, mais toujours avec une discrétion toute confraternelle.

Thérèse, comment ça se passe aux EU ?

Racisme ordinaire

J’ai encore fait mon Dr House.

Depuis l’admission de sa mère, une fille nous mène l’enfer sur tout et rien à la fois (le café, le lit qui grince…). Elles sont d’origine maghrébine, je crois, pour une fois que c’est important de le préciser.

Je vais la voir pour essayer de calmer le jeu.

En fait, sa récrimination principale est que sa mère est dans une chambre située à un étage qui n’a pas été refait depuis longtemps, contrairement à d’autres étages de la clinique.

« Je veux que ma mère soit dans cet étage particulier [le « beau »], qui est réservé à certains et pas à d’autres, et pas dans celui-çi. »

Le « réservé à certains et pas à d’autres » m’a fait bondir, je lui demande de préciser sa pensée, mais elle reste évasive.

Je suis revenu un peu plus tard la voir, et je l’ai tirée par la manche dans une « belle » chambre, dans le « bel » étage, occupée par deux maghrébins  Puis je lui ai montré un autre monsieur maghrébin qui sortait, lui aussi d’une « belle » chambre.

Elle a compris mon allusion et l’a niée. En parlant de « certains », elle parlait « d’amis » à moi.

Ummmh.

La suspicion rampante de racisme m’est parfaitement intolérable.

Peut-être que j’ai interprété, puisque tout c’est fait par sous-entendus, mais je pense quand même avoir mis le doigt sur la zone douloureuse.

Elle pensait qu’il y avait des étages (les moins beaux, bien entendu) réservé aux « arabes » (qui sont le plus souvent des kabyles, mais passons).

Ce n’est bien évidemment pas le cas.

Par contre, il est vrai que l’on groupe dans les mêmes chambre des patients qui nous semblent être de même religion/origine ethnique. Ça m’a toujours un peu choqué, mais en pratique c’est ce qu’il faut faire. Une fois, on avait mis un musulman à côté d’un juif sépharade au nom à la consonance maghrébine. C’était il y a 4-5 ans, et je m’en souviens encore parfaitement! Je ne parle pas non plus des connards de base qui ne veulent pas partager une chambre avec un »arabe » ou un « noir ». C’est encore assez fréquent pour me désespérer.

On verra bien ce qui va se passer aujourd’hui, et si elle change l’angle de ses récriminations incessantes.

En tout cas, je ne me suis pas faite une copine.

Tant pis, mort aux cons/connes, quelque soient leur race, religion, sexe, orientation sexuelle et politique.

Divers et variés

Deux rencontres qui n’ont pas beaucoup de rapport entre elles, sauf qu’elles n’incitent pas à l’optimisme.

La première, hier au soir, j’ai regardé une grande partie du documentaire de 2004 « Super Size Me« . Je me suis senti plus gros à la fin du documentaire qu’au début… A la maison, on a tous tendance à être un peu grassouillets, sauf Thomas qui est fin comme une allumette. Faute au manque d’exercice, à un bon coup de fourchette (Agnès cuisine très bien) et pas mal à la génétique. Les sodas ont toujours été bannis, et les sorties au McDo rarissimes (jamais pour moi). Mais ce documentaire dont j’avais entendu parlé à sa sortie est très impressionnant et inquiétant, notamment les plans-séquences sur ces dizaines d’énormes derrières au McDo, à l’école, dans la rue. Encore un coup de Pénélope….

Ce matin, hasard, il y a un article dans le NYT sur la sécurité sanitaire alimentaire qui ne s’améliore plus aux EU. Toujours plus, toujours moins cher, mais au prix de risques plus grands.

Le seconde est un billet de JD Flaysakier sur la grogne des praticiens travaillant à l’hôpital. Comme d’habitude dans notre pays, on va de Charybde en Scylla, de la gabegie la plus totale à la restriction bubdgétaire coupée des réalités médicales. J’ai aussi remarqué le flux qui devrait s’accentuer dans les prochaines années: l’hôpital pour les pauvres, et les cliniques pour les riches. En effet, les techniques de pointe ne sont plus l’apanage des hôpitaux publics, car les cliniques sont maintenant en général possédées par des groupes financiers énormes, capables de mettre des dizaines de millions sur la table. pour acheter du matériel et engager les meilleurs praticiens. Par contre, tout l’entourage de l’acte technique en lui même est clairement moins bon à l’hôpital. Le patient a bien moins de chance de s’y faire « tondre » qu’en clinique, mais au prix d’une intendance inadaptée et d’un bordel généralisé.

Assez récemment, j’avais le choix entre envoyer un patient pour un remplacement valvulaire aortique dans une grosse clinique ou au CHU. J’ai proposé le choix au patient: deux très bon chirurgiens, mais à l’hôpital vous avez des chances que votre intervention soit déprogrammée plusieurs fois, (jusqu’à 3-4 fois!) alors qu’à la clinique, tout se passera sans aucun accroc à la date prévue. Par contre, en cas de souci post-opératoire, vaut mieux être au CHU. Ils ont choisi la clinique, et tout c’est bien passé. C’était la première fois de ma vie ou j’ai légèrement appuyé sur le plateau de la balance d’une clinique privée. Probablement pas la dernière, même si c’est contre mes principes.


Syndrome de crise

Assez étonnant quand même comme la crise a modifié l’orientation générale de ma consultation au cabinet. Ce n’est pas un changement radical, mais quand même, je vois des gens qui ne venaient pas me consulter avant.

Pas mal de jeunes actifs à leur compte ou non qui ont une symptomatologie vaguement thoracique depuis quelques temps comme des oppressions, des palpitations, des « pointes au cœur ». Assez souvent, ils n’ont même pas de facteurs de risque, et parfois, même, ils font du sport.

Pas mal de promoteurs immobiliers, notamment.

Je vois aussi quelques femmes dont l’activité professionnelle du mari bat de l’aile.

Ça change des vieux cardiaques/vasculaires ou des patients accumulant les facteurs de risque. Ça change aussi de l’HTA à 143/95, résistante sous monothérapie.

Mais bon, quand à trouver une solution pour aider ces gens….

Les rassurer aide un peu, mais ce n’est bien évidemment pas suffisant.

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Recession Anxiety Seeps Into Everyday Lives by Pam Belluck. The New York Times. Published: April 9, 2009

Coping With Financial Stress by Pam Belluck. The New York Times. Published: April 9, 2009