Papotages

Quand les patients papotent pendant la consultation et que vous avez le temps, c’est la fois bien et pas bien.

C’est bien car cela montre qu’ils ont confiance et que vous êtes accepté.

Mais ce n’est pas bien car si l’on n’y prend garde, c’est le début du commérage.

Un patient m’a raconté une histoire excellente ce matin. Malheureusement je ne peux décemment pas vous la raconter avant le décès du dernier descendant des deux protagonistes.

Le papotage, c’est donc presque aussi bien et pas bien que de suivre plusieurs personnes de la même famille, et ce, pour les mêmes raisons.

Dans tous les cas, c’est un apprentissage inestimable sur la nature humaine.


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« The Gossips »-Norman Rockwell-1948

Norman est le dernier de la troisième ligne, et le premier de la quatrième. Mary, son épouse d’alors est la seconde et la troisième de la troisième ligne. Tous les personnages sont des voisins du couple Rockwell.

Ironie de l’histoire.

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Cette photo datée du 22 septembre 39 représente les généraux Guderian (au centre) et Krivoshein (à sa gauche) assistant à une parade militaire à Brest en pleine campagne de Pologne.

Aujourd’hui, c’est le soixante dixième anniversaire du premier jour de cette campagne.


Une rose, des épines.

La médecine est une incroyable ouverture sur les gens, toutes les petites histoires que vous lisez ça et là en sont un excellent exemple.

Dans l’immense majorité des cas, ce sont les patients qui nous touchent, nous amusent, nous instruisent, bref nous surprennent.

Mais parfois ce sont les autres médecins.

J’ai rencontré récemment à l’hôpital une future collègue de travail, une superbe plante exotique élevée en serre, qui espère bien coloniser les étendues semi arides de notre CHU, même si pour cela il faut grignoter les quelques massifs laborieusement formés par les espèces locales, qu’elle regarde de toute la hauteur de sa tige.

On peut voir la chose de deux façon, comme pour tout, d’ailleurs.

D’un côté, si sa floraison est belle abondante et tenace, ça n’en sera que mieux pour le CHU et in fine pour les patients.

De l’autre, les espèces locales ne déméritent pas (loin de là) dans un environnement très hostile. Elles ne produisent certes pas beaucoup, ce qui au CHU est en théorie une faute, mais elles sont bien adaptées au terrain et elles n’ont certainement pas donné tout leur potentiel.

La belle plante est particulièrement exotique et ambitieuse, mais il me semble qu’elle va avoir beaucoup de mal à s’adapter au climat local qu’elle ignore totalement, ce qui ne serait pas tellement grave si elle n’était pas persuadée que sa présence allait influer sur le cours des saisons et des forces telluriques qui bien qu’elles s’annulent n’en sont pas moins puissantes.

Après avoir humé la belle plante, je suis allé caresser affectueusement les petits massifs et je me suis assis sur un petit banc de pierre pour observer comment va se dérouler l’automne.


Une ESC saignante (2).

Deuxième étude:RE-LY.

Cette étude est aussi énorme que PLATO avec 18113 patients.

Elle comparait la warfarine et le dabigatran dans la prévention des accidents thrombo-emboliques dans la fibrillation auriculaire non valvulaire, associée à au moins un facteur de risque de thrombo-embolie.

Le Dabigatran etexilate est transformé par une estérase sérique en dabigatran qui est un inhibiteur direct de la thrombine.

Énorme avantage, il ne nécessite aucun suivi biologique.

Bémol de taille, 80% du dabigatran est excrété par le rein. Un des critères d’exclusion était d’ailleurs une clairance de la créatininémie inférieure à 30 ml/min. Je sens que des personnes âgées seront sacrifiées de façon sanglante sur l’autel de la méconnaissance de leur fonction rénale réelle.

Évidemment, le risque hémorragique était particulièrement surveillé, de même que le risque hépatique qui avait conduit au retrait d’un autre inhibiteur de la thrombine, le ximegalatran.

Les trois bras de cette étude comportaient:

– warfarine, avec un INR cible entre 2 et 3

– Dabigatran etexilate 110mg*2 par jour

– Dabigatran etexilate 150mg*2 par jour

Le suivi médian a été de 2 ans.

Cette étude a d’abord été montée pour être une étude de non infériorité, mais des tests de supériorité ont été réalisés secondairement.

Pour le critère principal combiné comportant accident vasculaire cérébral (ischémique, hémorragique, ou non spécifié)+embolie périphérique, les résultats sont les suivants:

– 1.69% par an pour le groupe warfarine

– 1.53% par an dans le groupe dabigatran 110 mg*2 par jour

– 1.11% par an dans le groupe dabigatran 150 mg*2 par jour

En analyse de non infériorité, le dabigatran à 110mg*2 et à 150 mg*2 fait mieux que la warfarine .

En analyse de supériorité, seul le groupe 150mg*2 fait mieux que la warfarine avec une diminution de survenue du critère primaire de 34%.

Si l’on s’intéresse aux AVC hémorragiques, la différence est encore plus importante: moins 74% en faveur du dabigatran 150mg*2 par rapport à la warfarine.

On n’observe pas de différence de mortalité globale.

Par contre, il y a 38% de plus d’infarctus du myocarde avec le dabigatran 150mg*2 (89 patients contre 63)

Pour les saignements majeurs, les résultats sont les suivants:

– 3.36% par an dans le groupe warfarine

– 2.71% par an dans le groupe dabigatran 110mg*2

– 3.11% par an dans le groupe dabigatran 150mg*2

La différence n’est pas significative entre le dabigatran 150mg*2 et la warfarine. Elle l’est entre cette dernière et le dabigatran 110mg*2 avec un diminution significative de 20% du risque hémorragique pour le dabigatran.

Remarque très intéressante, même si elle n’est pas nouvelle: dans un essai comme celui-ci où les patients sont suivis comme le lait sur le feu, le groupe warfarine était dans la fourchette thérapeutique que dans 64% du temps de l’étude.

Quels sont les effets secondaires du dabigatran?

Un seul est ressorti: une dyspepsie est survenue dans 5.8%, 11.8% et 11.3% respectivement dans les groupes warfarine, dabigatran 110mg*2 et dabigatran 150mg*2.

Il n’y a pas eu d’augmentation des enzymes hépatiques.

En conclusion, dans la population étudiée, le dabigatran à 150mg*2 prévient plus d’accidents emboliques que la warfarine, alors qu’à 110mg*2, il provoque moins de saignements.

Des commentaires extatiques annoncent déjà la mort de la warfarine, et donc des autres AVK, dans le traitement préventif des thrombo-embolies chez les patients porteurs d’une fibrillation auriculaire non valvulaire.

C’est vrai que ces résultats et la facilité d’emploi du dabigatran donnent très fort envie d’y croire et d’imaginer un avenir radieux pour les patients en fibrillation, mais aussi les valvulaires, les thrombo-embolies veineuses, les porteurs de prothèses cardiaques.

L’éditorial est un peu plus mesuré et propose une analyse en NNT qui, comme souvent, remet un peu les choses à plat, et qui pose la question du coût économique de ce traitement.

– Il faut traiter 357 patients avec dabigatran 150mg*2 pour éviter un accident cérébral non hémorragique.

– Pour prévenir un accident vasculaire cérébral hémorragique, il faut traiter 370 patients avec du dabigatran 110mg*2 en lieu et place de la warfarine.

Pour ma part, j’ai calculé un NNT à 207 patients pour éviter un critère principal au bout de 1 an de traitement avec un traitement par dabigatran 150mg*2 par rapport à la warfarine et 77 au bout de 2 ans.

La question du coût est de toute façon complexe à cerner, car il faut prendre en compte non seulement le coût unitaire du dabigatran (83.39 euros pour une boite de 30 comprimés de dabigatran 110 mg, soit 166.78 euros par mois de traitement), contre 6.90 euros pour une boite de 30 comprimés de coumadine 5 mg), mais aussi les économies réalisées sur les dosages d’INR, moins le coût d’une éventuelle surveillance des transaminases (on ne sait jamais…).

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Texte disponible librement:

Connolly SJ, Ezekowitz MD, Yusuf S, et al. Dabigatran versus warfarin in patients with atrial fibrillation. N Engl J Medicine 2009; DOI:10.1056.NEJM0a0905561.

Gage BF. Can we rely on RE-LY? N Engl J Medicine 2009; DOI:10.1056.NEJMe0906886.

Steve Stiles. RE-LY: Oral antithrombin dabigatran outshines warfarin in atrial fib . theheart.org. [Clinical Conditions > Brain/Kidney/Peripheral > Brain/Kidney/Peripheral]; Aug 30, 2009. Accessed at http://www.theheart.org/article/995769.do on Aug 30, 2009