URSSAF Showdown

J’ai reçu ma déclaration de revenus de l’URSSAF vendredi dernier, c’est à dire une semaine pile avant la date limite d’envoi qui est donc ce jour.

J’ai tout de suite su que cette semaine allait être difficile.

Je n’ai pas été déçu.

J’ai envoyé par messagerie électronique le formulaire de déclaration le lendemain à mon expert-comptable. Je ne m’attendais pas à une réponse immédiate, mais j’ai quand même dû la relancer deux fois, pour finalement n’obtenir la feuille remplie qu’hier.

Comme j’ai déjà eu quelques soucis avec ce cabinet, et comme j’ai déjà épuisé deux comptables (1 renvoyé, et l’autre disparue sans laisser de trace), j’étais quand même un peu inquiet.

« Chat échaudé craint l’eau froide« , dit-on. C’est terriblement vrai. Je suis devenu un névrosé des déclarations de revenu, que ce soit pour les impôts (2042 et 2035), l’URSSAF ou la CARMF, soit quatre périodes d’angoisse par an.

Bref, je vous passe les détails de l’attente frénétique du message qui a fait que j’ai fait surchauffer mon iPhone lundi, mardi, mercredi et finalement jeudi.

Ce qui est terrible, dans la névrose, c’est qu’on en est conscient. C’est à dire qu’en plus de l’angoisse générée, je me demande sans cesse si c’est moi ou l’autre qui dysfonctionne. Une double peine, en somme.

Une fois que j’avais le papier, il ne me restait plus qu’à le faire parvenir à l’administration.

Je me suis dit que je n’allais pas le poster, étant donné les mouvements sociaux actuels à La Poste. A tort ou à raison, j’ai opté pour l’apporter directement.

Petit itinéraire sur mon téléphone: merdouille, c’est à l’autre bout de l’endroit où je pensais que c’était. Qui plus est, un endroit que je connais pas…

Je suis aussi un névrosé de la voiture. Je ne passe que par les endroits que je connais, et où j’ai la certitude de pouvoir démarrer à plat. D’un côté, c’est économique car je n’ai pas besoin d’aller loin pour vivre les affres du dépaysement et le plaisir de franchir les obstacles d’une expédition en terre inconnue. Il me suffit de tourner à gauche au lieu d’aller tout droit à 200 m de chez moi. Si je le voulais, je pourrais vivre Koh-Lanta dans ma Yaris tous les jours pour presque pas un sou.

D’ailleurs, dans ma Yaris, quand je suis « hors piste », c’est un peu la jungle tellement j’ai chaud. Hier, J’ai été obligé de mettre la climatisation à 18°C pour désembuer le pare-brise, ce qui est, étant donné la douceur de la soirée, un exploit physiologique tout à fait remarquable, vous en conviendrez.

Je trace l’itinéraire sur iPhone, et à 20h, au lieu de rentrer à la maison, je m’enfonce dans la jungle urbaine.

Au début, ça va, puis je me retrouve dans un quartier où il n’y a presque que des administrations, c’est à dire un quartier dortoir à partir de 15h55.

Il y a un hôpital pas loin, ce qui devrait me rassurer, mais je connais depuis des années la faune qui se terre autour.

D’ailleurs, dans une ombre, un type debout a des mouvements particulièrement dysharmonieux. De toute évidence, ce n’est pas cardiaque, je passe mon chemin.

Je cherche le numéro 20. Au 24, c’est l’EDF, au 18 une maisonnette, au milieu, rien à première vue. Merde, encore un coup du numéro fantôme. J’ai de plus en plus chaud, mais pas encore de climatisation portable.

Je m’avance finalement dans une ruelle sombre (comme toutes les ruelles, c’est devenu un cliché) en me demandant bien ce que je fous ici à une telle heure au lieu d’être chez moi, tranquille.

Je passe devant un type couvert de poussière qui balance des gravats dans une benne.

« Bonsoir, pardonnez-moi, où est  l’URSSAF?

– Ben, là, mais c’est fermé! »

J’ai failli faire une remarque acerbe, mais j’ai vite analysé que je n’étais pas en position de la faire. Je lui montre alors l’enveloppe contenant la fameuse déclaration.

« C’est pour déposer ma déclaration

– Ah, la boite aux lettres est juste là

– Ahhhhhhhh, merci bien. Vous êtes un indépendant?

– Oui« 

De ma vie, jamais je me suis senti autant en communion avec un maçon à son compte. Il aurait été une maçonne, je l’aurais embrassée, nonobstant la poussière, la ruelle sombre et le fait que nous n’ayons pas été présentés. D’ailleurs, dommage qu’il n’y ait pas plus de maçonnes… L’URSSAF crée une fraternité insoupçonnée mais puissante entre ses inféodés. Heureusement qu’il était là, car dans la nuit, la boite aux lettres était peu visible à côté de la haie de végétation, et qui plus est, assez loin de l’entrée du bâtiment.

Après avoir glissé mon enveloppe, je me suis éloigné, éperdu de reconnaissance pour ce maçon inconnu, et surtout soulagé.

Je n’ai quand même pas pu m’empêcher de revenir sur mes pas pour vérifier que c’était bien la boite aux lettres de l’URSSAF et non pas une bouche d’incinérateur, même si dans ce dernier cas, je n’aurais pas pu faire grand chose de plus…

J’ai repris ma voiture, et me suis perdu de nouveau avant d’arriver devant chez moi à 21h00.

Prochaine échéance, mai-juin 2010 pour la 2035.

J’ai commencé à m’y préparer en envoyant un message de rappel à mon expert-comptable.

Les amoureuses

En passant en voiture devant une bouche de métro, j’ai remarqué un couple qui s’embrassait tendrement. Il y avait une grande blonde, les cheveux courts couleur paille et une petite brune. Deux filles qui se séparaient devant le métro, après un repas au McDo du coin, l’une tenant un ballon estampillé.

Ma file avançait doucement, j’ai donc regardé d’un peu plus près pour chercher lequel était le garçon.

Bah non, deux filles heureuses et ignorantes du monde qui les entourait.

Puis le feu est passé au vert.

J’ai trouvé cette scène inattendue mignonne.


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Robert Doisneau

le syncopologue

J’ai envoyé un patient un peu délicat passer un test d’inclinaison.

Un peu délicat, car il s’agit d’un deuxième avis demandé car il n’a plus confiance en son cardiologue traitant, qu’il a passé des bilans dans un peu toutes les cliniques de la ville et qu’il continue à faire des syncopes.

Je reçois un coup de fil de la part du médecin qui a fait passer ce test, habituellement un interne que l’on a puni. En tout cas c’était le cas à mon époque où on « tournait » sur un tableau pour s’acquitter de cette corvée.

La voix et le ton me font tout de suite penser à un agrégé, pas moins.

Il me dit qu’il ne faut pas en rester là pour ce patient, bien que le test soit positif, qu’il faut l’explorer plus avant…

Je lui fais alors la liste de tous les examens passés sur les deux dernières années, dont il n’avait semble-t-il pas la notion.

Il continue dans son truc en me faisant un petit topo sur les syncopes neuro-cardiogéniques.

A un moment, je n’ai pas pu me retenir, et je lui ai précisé que j’étais cardiologue et que je travaillais juste au dessus de son étage.

Il me dit qu’il le savait et me propose les services du service d’électrophysiologie pour faire l’exploration électrophysiologique.

Je le remercie très urbainement et lui dis que « si j’ai besoin de vos services pour gérer mon patient, je ne manquerai pas de penser très fort à vous« .

Après avoir raccroché, la première chose que je me suis dite, c’est « mais c’est qui ce connard qui veut m’apprendre mon métier« .

Certes, c’est plutôt une réaction primaire à la fois non confraternelle et non réfléchie, mais sur le coup, je n’ai pas trouvé plus élaboré.

J’ai appelé dans la foulée un copain assistant qui travaille dans le fameux service d’électrophysiologie pour en savoir plus sur mon interlocuteur.

En fait, le « connard » n’est pas, comme je l’avais pensé d’abord, un interne ayant pris la grosse tête, comme ça arrive très souvent dans la deuxième moitié de l’internat (pour moi, ça a commencé au premier choix), mais un médecin généraliste « qui ne fait que ça, et dont c’est le truc« ..

J’étais estomaqué.

Dans mon esprit, je me suis excusé platement auprès d’un confrère que j’avais gravement méjugé, sans le connaître.

Ce n’était donc pas un connard ni même un Monsieur connard (un agrégé qui a pris la grosse tête), mais tout simplement un monomaniaque de l’infime, en l’espèce un syncopologue.

Ce sont les plus graves, croyez-moi. Pas les syncopologues (quoique), mais ceux qui savent tout sur rien.

Le plus souvent, il ne faut pas leur enlever cela, leur connaissance du minuscule est souvent encyclopédique. Malheureusement, ils le savent et ils ne peuvent pas s’empêcher d’étaler leur savoir et vous faire un petit topo, pour vous remettre à niveau.

Ils ne sont donc pas méchants, juste un peu pénibles à écouter.

Par contre, ils font abstraction de tout ce qui n’est pas leur lubie: le malade et ses autres maladies, les confrères…

Et ça, ce n’est pas bien, surtout bien entendu en ce qui concerne le malade et ses autres maladies.

Le copain assistant m’a précisé que quand il a vu le patient, il a voulu le faire rentrer dans un protocole de recherche, lui faire passer une exploration et tout le tintouin…

Tout cela en faisant abstraction du contexte délicat d’un patient multi-exploré et en perte de confiance par rapport au corps médical.

Je reverrai tout cela avec le patient, et j’ai convenu avec le copain assistant de le lui adresser pour la poursuite de la prise en charge.


Alternance diarrhée consultations

Pas drôle d’avoir un des effets secondaires (même « très rare ») du kétoprofène et une consultation pleine.

D’autant plus que c’étaient des épreuve d’effort, et qu’il est impossible de laisser le patient pédaler tout seul et de lui demander d’appuyer sur le bouton « Récupération » en cas de modification ECG, de douleur, de fatigue, ou parce que la FMT est atteinte. Impossible aussi de laisser la porte des toilettes ouvertes pour crier les directives et surveiller au son que le patient ne soit pas tombé du vélo.

Je me suis donc tortillé, algique et vagal, sur mon fauteuil pendant toute l’après-midi en me ruant au petit-coin entre chaque patient.

Bon, j’avoue que j’ai un peu essayé d’accélérer les examens en mettant d’emblée le programme « sportif », même si les patients ne l’étaient pas.

Mais comme je n’ai pas de chance, dans deux cas, c’étaient des quadras pratiquant une activité sportive régulière depuis leur enfance (dont le vélo pour un). Ils ont fait respectivement 220 et 240W

Je hais les sportifs. Je leur ai demandé d’arrêter le sport et de se mettre à fumer.