Orientation diagnostique devant une dyspnée

Il a dans les 65-70 ans mais en fait 10 de plus. En fait, quelque soit son âge, il en fait 10 de plus.

Il est maigre, ses joues sont tendues sur les os de la face. Il n’y a pas de courrier (nous sommes au CHU), mais je présume qu’il faut faire un bilan vasculaire de diabète. Comme toujours, en faisant l’examen, j’essaye de cerner la pathologie et si j’ai le temps le personnage.

Tabac à 3 paquets par jour, diabète, pancréatite « grave », probablement alcoolique. Je remarque sur une épaule un tatouage délavé maladroit qui l’est tellement que je n’arrive pas à savoir ce qu’il représente. Visiblement l’auteur n’est pas de l’école hyperréaliste, je dirais plutôt un copain de chambrée peut-être bourré, ou le patient l’était, ou encore les deux.

Chambrée, c’est à dire prison ou armée.

Et, vous êtes essoufflé?

Oui, mais je sais ce que c’est!

Le tabac!

Je m’attendais à un oui plein de remords, suivi de tout un tas de bonnes raisons lacrymogènes. Ben non, la réponse fut sans appel.

Non, surement pas! Je me suis pris 3 balles dans le poumon à 16 ans!

Ah!? Vous saviez vous amuser! (ne jamais avoir l’air étonné, règle fondamentale numéro 15642 du métier)

C’était un braquage, il y a eu 1 mort.

Ah!? (idem). Et vous en avez pris pour combien?

Huit ans, et après, j’en ai repiqué 10 pour trafic de voitures.

Ah?! (idem). Le casse de Gémenos, hier, c’était vous?

Nan, je me suis calmé, 18 ans, c’est long.

Mmm Mmm Mmm Mmm

(Un grand merci à Marie Trégaro)

A fond, à fond, à fond

Ils sont dynamiques, et font régulièrement des bringues bien arrosées. En fait, un couple de deux vieux fêtards, le monsieur a près de 87 ans, l’épouse pas mal moins.

Ils ont bien vécu et en profitent encore sans se poser de question. Les questions, c’est les médecins de monsieur qui se les posent, dont moi. Madame n’a pas de gros souci de santé.

Par contre Monsieur est une encyclopédie nosologique illustrée avec photos couleurs. Que des pathologies graves de premier choix qui se font des politesses sans fin pour savoir laquelle aura le privilège de le tuer. Allez-y, je vous en prie, je n’en ferais rien, mais si, mais si…

Il y a 2 mois, ils me disent, Docteur, on part en Thaïlande 3 semaines, vous en pensez quoi?

D’habitude placide comme un bœuf, je me mets les mains sur la tête et fais mine de me verser des cendres sur les cheveux. Mais vous êtes pas un peu fous (j’ai pas dit fada) tous les deux ?!?

Bon, ils ont fait mine de se résigner.

Je les revois aujourd’hui à leur retour de Thaïlande, ils se sont littéralement éclatés et me racontent leurs frasques en pouffant de rire et en se tapant les genoux. Deux adolescents.

Je suis content qu’ils ne m’aient pas obéi (ni au généraliste ou au pneumo d’ailleurs, seul l’urologue a dit d’accord -mais c’est un uro et il ne voit pas plus loin que le bout de…, vous voyez de quoi je veux parler-).

Vous savez, Docteur, si j’avais crevé, ça aurait été sous les palmiers et entouré de belles thaïlandaises!

La note déjà écrite.

https://twitter.com/#!/lollies/status/98177759112736768

Ce matin, en lisant ce tweet, je me suis rappelé tous mes examens et concours, notamment celui de l’internat qui continue à venir hanter mes rêves, 14 ans après.

Difficile de soutenir moralement, et très prétentieux de donner des conseils.

Je me suis rappelé des conseils de mon père qui était chirurgien cardiaque et qui s’est mis à me soutenir dans la dernière ligne droite avant l’internat. Il faut dire que mes parents étaient divorcés et que je n’avais croisé son fantôme qu’assez épisodiquement, une ou deux fois par an, jusque là.

Bref, il savait ce que c’était de bosser un concours, et les derniers temps, il s’était rapproché de moi en m’écrivant et me téléphonant pour savoir comment ça allait.

Voici quelques extraits de ce qu’il m’écrivait:

Tu entres en effet dans la dernière ligne droite -celle qui est décisive, celle qui gomme le passé-. Il faut travailler la tête dans les guidons en faisant abstraction de tout sauf du sommeil qui est la période où s’engrangent les récoltes de la journée-8h s’il te les faut, moins si tu peux-. Essaye de programmer, ces derniers mois, des révisions (on appelait ça des tours) c’est fondamental ça rafraichit la mémoire, ça révèle ce qui a été oublié ou mal compris-les idées fausses-.


Les ambitions personnelles dénudent la vertu. Compte sur toi. Éloigne toi des rumeurs. Fait ton chemin sans te désunir. Arrête les comparaisons, suis imperturbablement ton sillon sans te laisser distraire ou inquiéter par les bruits de couloir.

Voici sa dernière lettre, quelques semaines avant mon concours:


XXX, le 1er mai 1997

Jean-Marie,

Rien que je ne t’ai déjà dit ou que tu ne saches.
Reste tourné vers l’effort sans états d’âme. L’affaire est largement jouée, l’essai est annoncé encore faut-il le marquer. Réduis la cadence 48h avant il faut arriver le museau frais et l’esprit serein. Je ne te fais pas l’injure de te rappeler la technique-sauf qu’il ne faut pas chercher à gagner du temps dans la lecture, l’appréhension et la compréhension des questions-.

Quel est le problème? que veulent-il savoir?

Bon courage. Bonne chance

Seuls ceux qui se démobilisent ne gouteront jamais le succès.

Affection.

Guy

En fait, j’ai déjà écrit une note semblable il y a bien bien longtemps, mais je me suis dit que ces conseils généraux intemporels pouvaient toujours servir.