Demain, le Ramadan

Demain va débuter le Ramadan.

Comme chaque année, voici quelques sources, la plupart en anglais malheureusement, donnant des conseils afin de passer un bon carême  jeûne: 

Si vous avez d’autres sources, n’hésitez pas, je les rajouterai au fur et à mesure.

Bon Ramadan à tous  ceux qui le font!

Les agonistes du récepteur GLP-1 : un pilier de la prise en charge neutre du diabète

Je commence à me prendre de passion pour ces agonistes du récepteur GLP-1.

En musardant un peu, je suis tombé sur cette présentation tout à fait neutre sur cette merveilleuse classe thérapeutique.

pilier du traitement

Les présentations sont courtes et intéressantes. On y parle beaucoup de physiologie, c’est à dire des immenses avantages théoriques qu’il y a à prendre ce traitement pour un diabétique. On y parle aussi beaucoup de réduction de glycémie. Cela ne se voit pas vraiment sur l’HbA1c (au mieux 1,9% en association avec une sulfonylurée), mais est-ce que cela est finalement bien pertinent? Je vous conseille vivement de lire l’intervention du Dr Bernard Zinman, que son hôtesse appelle familièrement Bernie. On y trouve quelques pépites.

Je voudrais juste remettre les choses en perspective ; il ne fait aucun doute qu’un traitement contre le diabète qui a un avantage sur les perspectives cardiovasculaires sera pris en considération en priorité. Il s’agirait du meilleur traitement contre le diabète, étant donné que nos patients souffrant du diabète succombent évidemment aux maladies cardiovasculaires.

[…]

Les AR GLP-1 sont passionnants, car ils semblent jouir de propriétés qui pourraient se traduire en avantages cardiovasculaires. Certaines de ces propriétés sont indirectes.

[…]

Je crois que cela pourrait être extraordinaire si nous étions en mesure de documenter un avantage cardiovasculaire des AR GLP-1.

[…]

La FDA veut de l’innocuité. C’est sa principale préoccupation. Bien évidemment, les firmes qui fabriquent ces produits veulent plus que de l’innocuité ; elles voudraient en fait démontrer la supériorité. Les études sont généralement conçues tout d’abord dans un souci d’innocuité, mais elles sont ensuite capables de continuer pour démontrer la supériorité. Comme je l’ai dit au début, démontrer la supériorité des AR GLP-1 serait un facteur très puissant pour changer les lignes directrices et changer le paradigme de gestion des DT2.

[…]

Je viens d’apprendre que nos patients atteints de DT2 souffrent toujours, même si nous nous évertuons à abaisser le glucose ou à utiliser des médicaments hypoglycémiants. Ils souffrent toujours de maladies cardiovasculaires.

[…]

Je vous remercie de votre présence Bernie, c’était un plaisir.

Dr Zinman : Tout le plaisir était pour moi.

La remarque de Bernie sur les études (dont ELIXA) qui ont été construites pour démontrer une supériorité de ces molécules sur le placebo est intéressante. Contrairement à ce qui a été dit après le constat de neutralité du lixisenatide, c’est bien une supériorité clinique qui était visée, et pas uniquement une rassurante neutralité pour faire plaisir à la FDA.

Une seule diapo montre un intérêt autre que physiologique ou sur un critère intermédiaire, pas de chance, c’est chez le rat.

Rat et GLP-1C’est ballot que nous ne soyons pas vétos, ce traitement aurait vraiment représenté un « changement de paradigme » pour la prise  en charge du diabète.

Heureusement pour nos diabétiques, les agonistes du récepteur GLP-1 ne sont pas les seuls médicaments neutres dont nous disposons dans notre « trousse à outils ».  La diapo suivante montre l’effet neutre presque parfait des inhibiteurs de la DPP-4.

GLP-1Ou comment l’industrie et ses experts sont enthousiastes de nous montrer que leurs traitements  anti-diabétiques, c’est à dire dont un des buts principaux est de diminuer la mortalité cardio-vasculaire, ne la majore pas.

Vive les médicaments à effet neutre!

neutre

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Capture d'écran 2015-06-10 13.02.10Celle-la, c’est pour rire, mais moi je crois dans le pouvoir du neutre.

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Placebo de luxe

J’ai vu passer dans theheart. org le compte-rendu des résultats d’un essai clinique, présenté à l’ADA 2015 concernant un nouvel anti-diabetique de Sanofi, le lixisenatide. Ce médicament est un agoniste injectable du GLP-1. Dans cette famille, on trouve aussi pour l’instant l’exenatide (Byetta®), et le liraglutide (Victoza®).

Cette étude, ELIXA est intéressante puisqu’elle compare le lixisenatide au placebo, dans un essai de supériorité au sein d’une population à très haut risque, puisque ayant présenté un SCA récent. Les auteurs ont ainsi voulu se donner une puissance maximale pour détecter une différence d’effet. Le critère principal est la réduction de la morbi-mortalité cardio-vasculaire, ce qui est un très bon choix clinique.

La durée de suivi a été en moyenne de 2 ans, et c’est là que le bât blesse, on le voit tout de suite, car cette durée de suivi est bien trop courte pour pouvoir espérer évaluer le bénéfice cardio-vasculaire d’un traitement anti diabétique. Cet essai a été demandé par la FDA à Sanofi en 2008 afin de lever le doute sur un éventuel sur-risque cardio-vasculaire des agonistes du GLP-1. On peut donc imaginer que ce n’est pas tant le bénéfice à prendre ce traitement que ce sur-risque que les concepteurs de cet essai ont voulu analyser.

Et bien, 6068 patients et 2 ans  plus tard le lixisenatide n’apporte ni sur-risque, ni bénéfice cardio-vasculaire, et une amélioration très marginale de l’HbA1c (de… 0.27%) par rapport au placebo.

Encore une fois, personne ne sait si ce produit diminue le risque cardio-vasculaire à long terme, c’est à dire sur 5, 10 ou 20 ans, ce qui est (entre autres, mais je reste très cardio-centré) le but d’un traitement anti-diabétique. A vrai dire, on n’en sait pas plus sur son éventuel bénéfice sur le rein, les yeux…

Par ailleurs, ce produit est totalement hors de prix:

GLP-1 agonists are « extremely expensive, » he conceded. « You can purchase 10 years of a generic sulfonylurea with 1 month of a top-dose GLP-1 agonist.

Pour résumer:

  • prendre deux ans (c’est à dire le coût de 240 années de traitement par sulfonylurées aux Etats-Unis) de ce produit ne modifie pas le pronostic cardiovasculaire de patients à très haut risque par rapport au placebo.
  • Le lixisenatide n’a aucun effet « cliniquement » significatif sur le HbA1c sur la même période.
  • Personne ne connaît son utilité sur le long terme, à 5, 10 ou 20 ans.

Pourtant, les commentaires des gens qui ont intérêt à ce que ce magnifique produit marche sont particulièrement positifs. Et c’est surtout cela que je voulais vous faire voir, comment « vendre » quelque chose d’invendable (en l’état) en utilisant les bons éléments de langage.

A la fin de cette note, je suis certain que vous voudrez prescrire/prendre du lixisenatide.

Petit florilège:

« The effect of lixisenatide was neutral in ELIXA, and this should provide physicians and patients with some reassurance, »

[…]

« There’s no reason from the results not to use lixisenatide, and these trial results have shown that — even in high-risk patients like this — it’s another tool in the box, »

[…]

« Most of us in diabetes feel that any way we can lower glucose will, over a 5- or 10-year period, have a substantive impact on patients’ lives, in terms of reduction in retinopathy, neuropathy, and nephropathy, » he told Medscape Medical News.

« You can’t lose sight of that — losing your feet, going to dialysis three times a week, and needing a Seeing Eye dog are things we should try to avoid in our patients with diabetes. »

[…]

GLP-1 agonists are « extremely expensive, » he conceded. « You can purchase 10 years of a generic sulfonylurea with 1 month of a top-dose GLP-1 agonist. The real question is, ‘Is the extreme cost of these new compounds worth it?’ If you talk to the drug companies, they will say, ‘Yes, because you don’t induce hypoglycemia and just one hospitalization for hypoglycemia costs a lot,’ and that’s where you would want to do a really good cost-effectiveness study. »

[…]

The aim was to keep HbA1c between 7% to 8%, using whichever glucose-lowering agents were available locally; the point of the study was not to show a glycemic difference between the arms but rather to look at the cardiovascular safety of lixisenatide vs placebo, he stressed. Nevertheless, there was a « small but consistent difference » in HbA1c among the group of patients who received lixisenatide, which was 0.27% lower on average than in the placebo group, but there was no attendant increase in serious hypoglycemia, he noted.

[…]

« We were well within the safety range, but lixisenatide didn’t improve prognosis; we did not see a benefit from a cardiovascular point of view. It’s neutral but it’s not harming [anyone].

(Source)  

La non-baisse de l’HbA1c, on s’en fiche, c’est un critère secondaire. Le produit coûte cher? Oui, mais il n’entraîne pas d’hypoglycémies qui, elles, coûtent cher. Le diabète, c’est grave, donc il faut le traiter (avec du lixisenatide). L’essai n’est pas négatif, il est neutre et rassurant.

Ailleurs:

“The take-home message is that glucose levels were lowered without numerically increasing severe hypoglycemic episodes with a cardiovascular safety profile that would be considered safe as defined by the FDA guidance document.”

Eldrin Lewis, MD MPH, who is an associate professor of medicine at Harvard Medical School, said knowing this class of diabetes medications can be prescribed safely gives physicians another tool to further lower glucose without producing more hypoglycemia. He said these agents can provide a very important adjunct to therapy.

Les communiqués de presse sont pas mal non plus. J’en ai sélectionné un, celui de l’Express:

Cette étude a démontré la non-infériorité de lixisénatide par rapport au placebo en termes de tolérance cardiovasculaire, sans toutefois donner la preuve de sa supériorité ‘ indique le groupe. L’achèvement de l’étude ELIXA est une étape importante pour lixisénatide, premier agoniste du récepteur du GLP-1 pour lequel l’on dispose de données de tolérance cardiovasculaire à long terme chez des personnes atteintes de diabète à risque cardiovasculaire élevé ‘, a déclaré le Dr Elias Zerhouni, Président Monde de la R&D de Sanofi. ‘ Sanofi est impatient de soumettre les résultats de cette étude à diverses autorités de santé dans le monde. ‘

D’après theheart.org, l’étude était une étude de supériorité, curieux… Quand au concept d’étude de non infériorité par rapport à un placebo… Deux ans, c’est du long terme?

Les communiquants sont vraiment des gens trop forts…

Merci, oui mais non…

Dans le cadre de mon activité à la SNCF, je vois des agents afin de déterminer si ils sont aptes d’un point de vue cardio-vasculaire à exercer certains emplois dits « de sécurité ».

Ce ne sont pas des patients, ou rarement, mais des agents apparemment en bonne santé. A moi de déterminer si ils ont une pathologie cardio-vasculaire rentrant dans le cadre strict de la loi les rendant inaptes.

Je suis donc plus dans un rôle d’expert/juge que de soignant.
L’exercice est intéressant car totalement différent d’une activité de soins.

Petit aparté, dans un monde de la santé qui globalement s’effondre sur lui même, le système de la SNCF me paraît miraculeusement préservé. Voyagez en paix, les agents sont remarquablement bien suivis et dépistés.

Bref, quand j’ai un doute sur une pathologie, j’ai l’examen paraclinique assez facile, étant donné l’enjeu pour l’agent.

Je vois donc un conducteur de 50-55 ans, ancien fumeur, asymptomatique, avec un bloc de branche droite et une extra-systole ventriculaire sur l’ECG. Je demande un bilan de cardiopathie ischémique avec un holter ECG. Il revient me voir en me remerciant, car si l’épreuve d’effort et l’échographie cardiaque sont normales, le holter a mis en évidence un bref passage en flutter atrial 2/1…

Découverte totalement fortuite qui le conduit illico presto à une ablation. On pourra discuter de ce point, mais bon, il est donc ablaté sans complication. Je lui demande si il se sent « mieux ». Et bien oui, les oppressions thoraciques qu’il mettait sur le compte de l’anxiété ont totalement disparu. Tant mieux pour lui, même si je n’exclus pas totalement un bel effet placebo.

Il me remercie donc, même si je lui précise que je ne m’attendais pas du tout à trouver ça.

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Je profite de cette note pour vous signaler ces deux beaux billets de Jaddo et de l’ami nephro. Pour rebondir notamment sur cette dernière note, notre métier est merveilleux aussi car il permet de jouer à Sherlock Holmes devant chaque patient afin de trouver le coupable de leurs maux. Conan Doyle, médecin de formation s’est inspiré d’un de ses maîtres, le Dr Joseph Bell pour façonner le personnage de Sherlock.