Conflits d’intérêts (2)

Le NEJM vient de publier une étude s’intéressant à la déclaration des conflits d’intérêts de chirurgiens orthopédiques qui ont été orateurs au cours d’un grand congrès de 2008 à San-Francisco.

Les auteurs ont étudié les versements ou les cadeaux effectués par des laboratoires fabriquant du matériel chirurgical (prothèses de hanche, de genou…) en 2007 uniquement, soit 1 an avant le congrès.

71.2% des versements de l’année précédente ont été déclarés.

Si ces versements étaient en rapport avec les présentations faites par leurs récipiendaires, ils étaient déclarés dans 79.3%. (par exemple un paiement fait pour une prestation intéressant une prothèse de hanche, et une présentation sur une étude portant sur la même prothèse).

Dans le cas contraire, si la présentation avait un rapport indirect avec les versements, ce chiffre tombe à 50% et 49.2% si il n’y avait aucun rapport.

En analyse multivariée, les sommes supérieures à  US$ 10.000 sont plus fréquemment déclarées, de même que les paiements « en nature » ou si le récipiendaire est individuel (au contraire d’une fondation/organisation/association…).

Les auteurs ont ensuite envoyé un questionnaire aux orateurs n’ayant pas déclaré leurs conflits d’intérêt pour en connaitre les raisons.

39.6% ont répondu.

Les trois premières raisons sont les suivantes, dans l’ordre de fréquence: 39% ont précisé que c’était parce que le paiement n’avait pas de rapport avec leur présentation, 14% parce qu’ils n’avaient pas compris la procédure de déclaration des conflits d’intérêts et 11% qu’ils avaient bien fait leur déclaration, mais qu’elle n’apparaissait pas dans le programme du congrès.

14%, je trouve que c’est encourageant pour des chirurgiens orthopédiques!

😉

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En texte libre:

Okike, Kanu, Kocher, Mininder S., Wei, Erin X., Mehlman, Charles T., Bhandari, Mohit. Accuracy of Conflict-of-Interest Disclosures Reported by Physicians. N Engl J Med 2009 361: 1466-1474

La malade imaginaire

Quarante-cinq ans, environ, elle arrive dans ma salle, s’assoit, regarde mon bureau vide, hormis ma petite fiche, et constate « Je vois que vous n’avez par reçu le dossier de ***« .

*** étant un grand CHU parisien.

Je m’inquiète car en fin de vacation, sans document, je n’avais pas envie de démêler l’écheveau probablement compliqué d’une cardiopathie complexe, rare et potentiellement inquiétante.

Une cardiaque suivie par ***, ça intimide aussi un peu le petit cardiologue de province que je suis.

Car la patiente est vue tous les 6 mois à ***, c’est dire comme c’est grave!

Comme indication, elle me tend son traitement: une bithérapie anti-hypertensive (une combinaison récente, amlodipine+valsartan ), une statine et du Levothyrox®.

Je suis quand même surpris, rien de bien fascinant.

Je m’attendais à un diurétique, un anticoagulant, un ou plusieurs antiarrhythmiques, enfin bref, un vrai traitement de cardiaque.

Elle me parle alors de ses adénomes de graisse aux carotides.

Uhmmm, une tumeur glomique suivie comme le lait sur le feu à ***?

En fait, non, ce sont plutôt des plaques d’athérome, a priori pas bien inquiétantes, puisqu’on les lui surveille tous les 2 ans. Par ailleurs, elle n’a même pas d’antiagrégant plaquettaire.

Ah oui, elle fume 1 paquet par jour.

Elle me tend alors un bilan que je regarde à peine, puis l’invite à se coucher sur la table d’examen.

« Mais, vous ne regardez pas le bilan!! » s’exclame-t-elle.

Ben non, je le regarderai après, pourquoi?

« Parce qu’à ***, ils me le font faire tous les 6 mois et me convoquent pour le lire ».

Le bilan est on ne peut plus simple: NFS, plaquettes, bilan lipidique, iono, urée, créatininémie et bilan thyroidien.

Je m’attendais à des marqueurs, des enzymes, des co-enzymes, au moins un BNP, bref un solide bilan de médecine interne  pour patient grave.

Tout est normal

Mon examen clinique est normal, sa tension est à 110/80.

Je lui dis alors une chose qui l’a stupéfaite: « Il me reste à récupérer votre dernier doppler des carotides, mais je crois que vous n’avez rien ».

Depuis des années, on la convoque tous les 6 mois dans un service d’un grand CHU parisien pour une HTA parfaitement équilibrée par une bithérapie, et probablement quelques plaques d’athérome chez une patiente tabagique et peut-être dyslipidémique, mais avec un LDL inférieur à 1 g/L sous statine.

Depuis des années, elle attend sa consultation et son bilan avec angoisse.

Depuis des années, on l’a knockisée, on l’a rendue malade au sens propre et figuré.

Depuis des années, elle fait l’objet de bilans qui justifient l’existence d’un service du CHU, et donc l’activité de la floppée de praticiens qui y « travaillent » (18 d’après un agrégé que j’ai consulté pour savoir si il les connaissaient. ils les connait bien), et qui doivent être rendus nerveux par l’arrivée de la T2A.

Je lui ai dit que je ne ferai pas de nouveau bilan avant d’avoir vu les siens.

Elle paraissait déçue de ne plus être une malade asymptomatique mais néanmoins grave, objet de toutes les sollicitudes de l’équipe d’un très grand hôpital parisien.

Je pense que je ne la reverrai pas.

Iconographie (2)

Petite vacation sympa de vasculaire, rien d’extraordinaire mais de belles images:

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Une anévrisme de l’aorte abdominale sous rénale de 53 mm de diamètre, peu de temps après l’implantation d’une endoprothèse dont on voit parfaitement les deux branches en coupe transversale.

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Une autre endoprothèse, mais carotidienne cette fois, et en coupe transversale. On voit particulièrement bien les mailles de l’endoprothèse.

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Une surveillance d’une endartériectomie récente. Pas facile à deviner si, comme c’était le cas, le courrier médical ne mentionnait pas cet important antécédent dans le cadre d’un echo-doppler des carotides! Heureusement, la cicatrice cutanée m’a attiré l’œil. ACC: artère carotide commune, ACE, externe, ACI, interne.

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Le même patient. En haut, le flux dans l’artère iliaque externe droite, en bas dans la gauche. Le flux de cette dernière est « démodulé », on pourrait dire émoussé, et il existe un flux diastolique (entre chaque pic). Ces signes indirects signent donc une sténose très serrée, plus vraisemblablement une thrombose sur l’iliaque. Mais comme le patient avait un ventre énorme, j’ai été incapable de la voir. Le scanner ou une artériographie confirmera (j’espère).

Le démon de midi.

Vers l’infini et au-delà, les cardiologues repoussent constamment les limites.

Lesquelles?

Personne ne le sait exactement, mais ça n’a finalement que peu d’importance.

Une équipe de Sacramento a constaté au cours de PANPI, une petite étude préliminaire que le réseau artériel pudendal interne, qui vascularise notamment la chose la plus importante chez l’homme avec un petit h, oui, vous l’avez deviné, l’appareil génital masculin, est l’exact reflet du réseau coronaire.

La correspondance clinique dysfonction érectile/coronaropathie ou artériopathie est bien connue depuis longtemps.

Cette correspondance clinique, et maintenant angiographique entre le cœur et le kiki est admirable et vertigineuse, puisque les poètes en parlent depuis des millénaires  sans en avoir la preuve, jusqu’à maintenant.

Encore un coup de la prescience du poète, probablement.

Il faut vraiment être un coronarographiste, c’est à dire un cardiologue sévèrement burné, pour aller regarder le réseau pudendal interne dans le même temps que les coronaires.

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« artères pudendales internes » est la nouvelle dénomination des « artères honteuses internes »


Donc, une équipe de Sacramento l’a fait.

A votre avis, quelle est la suite logique de cette admirable constatation?

Et bien, on va mettre des stents actifs dans le réseau pudendal et voir ce que ça donne!

Ouais, pas d’angioplastie et pas de stent nu, mais un bon, un gros stent bien actif.

On est pas des femmelettes!

Miam miam le clopidogrel!

L’étude s’appellera ZEN.

Bon, vous savez ce que l’on dit, que le patient est à l’image du médecin, et vice versa.

Cet adage ne se dément pas ici puisque les patients coronarographiés et « pudendalisés » au cours de l’étude préliminaire étaient bien plus intéressés par leur réseau pudendal interne que par leur réseau coronarien:

« Surprisingly—or not—men enrolled in PANPI were not overly interested in their coronary angiograms. « Despite the fact that we were diagnosing significant stenosis in the [left anterior descending] LAD, circumflex, and right coronary arteries, what they cared about was what the pudendal angiograms were showing, » « 

Beati pauperes spiritu

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Shelley Wood. Next up: Drug-eluting stents for erectile dysfunction . theheart.org. [Clinical Conditions > Interventional/Surgery > Interventional/Surgery]; Oct 2, 3009. Accessed at http://www.theheart.org/article/1010343.do on Oct 4, 2009