Couvrez cette vidéo, que je ne saurais voir

Le Multaq® (dronedarone) de Sanofi a aussi quelques ennuis outre-Atlantique.

Pas vraiment des ennuis, en fait, plutôt une mauvaise passe (comme chez nous).

Sanofi se démène donc pour promouvoir le Multaq®, ce qui est tout à fait compréhensible.

Sa filiale américaine a proposé à un électrophysiologiste une rétribution très jolie somme pour faire partie d’un panel d’experts.

Or, cet électrophysiologiste est un blogueur très connu sous le nom de Dr Wes.

Il a écrit une courte note à ce sujet où il publie notamment l’offre de Sanofi.

Bien entendu, il l’a déclinée.

Autre électrophysiologiste, autre blogueur, autre rebuffade. Vous remarquerez dans ce cas que la firme (ce n’est pas clairement indiqué qu’il s’agisse de Sanofi) a exigé du médecin qu’il passe un séminaire de formation et qu’il utilise les diapos qu’elle lui aurait fournies.

Un troisième blogueur, auteur de CardioBrief a écrit deux notes sur le sujet (ici et ici).

Il a repris les deux histoires que je vous ai racontées (je les ai découvertes grâce à lui) et en a raconté une troisième peut-être un peu plus embarrassante.

Cette histoire concerne ce site: http://www.afibprofessional.org, « endossé » par deux vénérables sociétés savantes, l’ACC et la HRS.

Tout en bas à droite, Sanofi fait partie des sponsors.

Bon, pour l’instant, rien de bien saignant.

La section « Learn From the Experts« , à l’heure ou j’écris, est parfaitement vide:

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Mais ça n’a pas été le cas tout le temps, avant, il y avait ça:

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(merci au cache de Google)

Cette vidéo a été retirée précipitamment car l’auteur proposait un algorithme d’utilisation du Multaq® hors AMM aux États-Unis. Cette vidéo reprenait notamment une partie de l’argumentaire et de l’iconographie de cet article publié par le même auteur dans Nature Reviews Cardiology (Nature Reviews Cardiology 7, 5-6 (January 2010) doi:10.1038/nrcardio.2009.221).

Donner une opinion plutôt orientée dans un article « d’opinion », c’est une chose, mais sur un site censé être l’émanation de sociétés savantes, c’en est une autre. D’autant plus que rien ne permet de savoir si il a été rémunéré pour cette prestation, et par qui.

Et ça, des membres de l’ACC ne l’ont pas trop apprécié:

An ACC spokesperson told CardioBrief that the ACC, in conjunction with its partner, HRS, was “taking some immediate steps to address the issue that has been raised.” (By way of background, the off-label, off-guideline Prystowsky lecture was the only original content on the site, and there had been no disclosure that Prystowsky had received compensation for Sanofi.)

The ACC spokesperson stated further: “Overall, we are planning to conduct an internal meeting to clarify ACC policies and procedures related to non-CME informational offerings.” In addition, “the editor-in-chief, Ken Ellenbogen… will be taking on more oversight responsibility.”

(source: CardioBrief)

La confusion des genres, c’est jamais très bon…

Fuite?

Il se passe des choses en ce moment autour de l’action Sanofi et des rumeurs sur l’ASMR V du Multaq®…

Tout à l’heure je citais cet article du Figaro.

En fait l’information vient de la Tribune.

Le titre Sanofi-Aventis souffre.

Mais la HAS dément vigoureusement que l’évaluation soit terminéé.

Pourtant, selon l’évaluation donnée par la lecture des différents articles du « Quotidien du Médecin », le Multaq® ne serait qu’ à un iota d’être le médicament du siècle (voire du millénaire).

D’un autre côté, ce produit n’avait pas fait rêver le NICE dans un rapport préliminaire de décembre dernier, en Grande Bretagne (le « Work In Progress » est consultable ici), et le rapport d’évaluation de l’EMA était lui aussi bof-bof.

Alors, fuite ou fausse rumeur?

L’évaluation de la HAS va se rapporcher de celle de l’EMA, voire du NICE ou de celle du « Quotidien du Médecin »?

Quel suspens paroxystique (comme la FA)!

Le Figaro se lâche!

Uhmmm, ou comment un titre de dépêche assez malheureux, sinon révélateur, laisse des traces sur Twitter.

Le 20 mars, une dépêche AFP relayée par le Figaro est titrée « Pédophilie: le Vatican débarque sur Twitter« .

Bon, évidemment, quelques mécréants ont probablement eu envie de rajouter « pour faire son marché? ».

Je présume que finalement, quelqu’un qui sait lire à la rédaction du Figaro (peut-être un journaliste qui passait par là) a tiqué et a corrigé le tir.

La dépêche est re-nommée:


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Mais comme on est technophile au Figaro, on couple la publication de ses dépêches d’agences à un flux RSS et à @Le_Figaro, justement. Et il n’est pas trop difficile de retrouver le titre initial terriblement hérétique:

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et


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Pour boucler la boucle, merci à ma @Balise préférée qui m’a fait connaître cette histoire.

Aucun rapport, mais le Figaro consacre un article pas élogieux du tout à la dronédarone (Multaq®. Sanofi-Aventis). Si même le Figaro se met à entraver la marche glorieuse de « l’innovation », c’est à désespérer du LEEM…

Dronédarone

J’entends de plus en plus parler de dronédarone (Multaq®), le nouvel antiarythmique qui avait pour ambition de détrôner la redoutable amiodarone, si efficace, mais aux si nombreux effets secondaires.

J’avoue aussi avoir suivi son début de carrière d’une oreille un peu distraite, un peu occupé par d’autres choses.

l’EMA (le nouveau nom de l’EMEA) l’a approuvée le 30 novembre dernier (RCP disponible ici).

Le rapport public d’évaluation n’est toutefois pas particulièrement élogieux:

 

Pourquoi Multaq a-t-il été approuvé?
Le comité des médicaments à usage humain (CHMP) a estimé que, bien que Multaq soit moins efficace qu’un médicament comparateur
[NDLR: l’amiodaone] pour maintenir un rythme cardiaque normal, il pourrait avoir moins d’effets indésirables. Multaq s’est également avéré plus efficace qu’un placebo pour prévenir une récidive de la fibrillation auriculaire et pour contrôler la fréquence cardiaque. Dans les études principales, le nombre de patients qui ont pris Multaq et la durée pendant laquelle ils ont pris ce médicament ont également permis au comité de procéder à une évaluation appropriée de ses bénéfices et de ses risques.

 

Dommage qu’il n’y ait pas eu des comparaisons contre les autres antiarythmiques.

Maintenant, le souci est que l’amiodarone reste principalement utilisée chez les patients chez qui on ne souhaite pas prescrire les classes I, c’est à dire notamment les insuffisants cardiaques ( et les patients ayant comme antécédent  un infarctus du myocarde (aigu ou ancien) sauf en cas de tachycardie ventriculaire menaçant le pronostic vital)

Or la dronédarone est malencontreusement contre-indiquée chez les: »Patients présentant des conditions hémodynamiques instables incluant les patients avec des symptômes d’insuffisance cardiaque au repos ou lors d’un effort minime (correspondant aux patients de classe IV NYHA et de classe III NYHA instables)« .

Cela limite donc pas mal son utilité effective en pratique clinique. Car un insuffisant cardiaque stable, en I, II, III, ou IV reste fragile, et ne demande pas souvent la permission à son cardiologue pour se déstabiliser et augmenter de classe.

Les amateurs d’interactions médicamenteuses remarqueront par ailleurs que la dronédarone est métabolisée par la CYP3A4, mais aussi qu’elle est un inhibiteur modéré du CYP3A4, un inhibiteur faible du CYP2D6 et un inhibiteur puissant de la glycoprotéine P (P-gp). La dronédarone peut donc potentiellement interagir sur les médicaments substrats des glycoprotéines P, du CYP3A4 ou du CYP2D6.

Ce qui induit pas mal d’interactions toutes plus drôles les unes que les autres que je vous laisse découvrir dans la section 4.5 du RCP.

Enfin, elle est aussi contre-indiquée en cas de clairance de la créatinine inférieure à 30 ml/min et  allonge  modérément le Qt.

Bref, la dronédarone a moins d’effets secondaires que l’amiodarone au prix d’une efficacité moindre et d’une utilisation plus restreinte et plus délicate du fait des contre-indications et des nombreuses interactions.

Le NICE de la NHS britanique qui prend aussi en compte le prix élevé de la dronédarone va probablement rendre un avis définitif défavorable, si l’on en croit le rapport provisoire qui est consultable ici et dont la conclusion est remarquablement concise: « Dronedarone is not recommended for the treatment of atrial fibrillation. » (communiqué de presse ici).

C’est bien dommage car la molécule qui remplacera l’amiodarone en ayant son efficacité sans ses effets secondaires est un bien vieux serpent de mer de la cardiologie et certainement un Eldorado pour la firme pharmaceutique qui le mettra au point.

Pour lire l’ensemble de mes notes sur la dronédarone, c’est ici.

 


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Comme on est en début d’année et que je me sens d’humeur badine, je vais vous donner un truc que l’on m’a appris il y a peu pour pouvoir utiliser le site de l’EMA qui est particulièrement touffu et peu ergonomique.

D’abord, leur nouvelle adresse: http://www.ema.europa.eu/

Pour être précis, on va voir comment trouver rapidement un RCP en français.

Si l’anglais vous convient, il vous suffit de taper la DCI ou le nom commercial du produit en haut et à droite dans la fenêtre de recherche.

Sinon:

Clic sur l’onglet « Human Medicines » en haut

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Clic sur « EPARs » (« European Public Assessment Reports »)

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Clic sur « A-Z Listing of EPARs »

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Puis vous cherchez dans l’index alphabétique le nom commercial de la molécule désirée, par exemple ici le Multaq®:

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Il ne vous reste plus qu’à cliquer sur le « u » français  du tableau « Product Information ».

Et voilà!