Du temps, du temps, du temps

Dans le JAMA du jour, j’ai trouvé un article intéressant qui raconte l’histoire d’un patient hypertendu mal équilibré, et tente d’analyser les raisons de cet échec. Le patient est noir américain, son médecin ne l’est pas. Le patient a conscience que son régime alimentaire est mauvais (il fréquente toutes les enseignes de restauration rapide), mais n’en tire pas les conséquences. Par ailleurs, il ne voit que les effets secondaires des traitements donnés pour une « maladie » le plus souvent asymptomatique. Au cours d’une seule année, le patient a recensé plus de 30 modifications de son traitement.

Bref, une situation à laquelle nous sommes confrontés tout le temps.

L’article est remarquablement documenté dans ses constatations, et les quelques pistes qu’il propose: près de 129 références!!

Mais on arrive toujours au goulet d’étranglement qu’est la durée de la consultation:

« DR W: Thanks for the talk and for a lot of the tips. There are definitely a few things I’m going to try to address with him the next time I see him. But part of his problem centers on education. He doesn’t necessarily understand everything I tell him, and he may have received a lot of conflicting reports. There is a lot I would like to say, but 20 minutes is very limiting! Are there resources you would recommend that he can read or look up?
DR COOPER: Twenty minutes is not a lot of time to accomplish all that is needed in a visit for a patient with a chronic medical illness, particularly when there are complicated cultural or psychosocial issues to address. There is a lot of information he could read from reliable sources on the Internet, but he seems busy and overwhelmed. Even though he knows resources are out there, he may not take advantage of them. He would likely benefit from working with a motivational coach
« 


Le Dr W est le médecin du patient hypertendu, le Dr Lisa A Cooper est la « consultante » qui analyse la situation. Au total, un article intéressant car très savant et intellectuellement satisfaisant, mais qui me semble peu adapté à la pratique quotidienne. La référence à la consultation d’informations sur la toile me semble aussi très utopique dans la plupart des cas.


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Lisa A. Cooper. A 41-Year-Old African American Man With Poorly Controlled Hypertension: Review of Patient and Physician Factors Related to Hypertension Treatment Adherence. JAMA. 2009; 301:1260-1272.

L’entrée dans la maladie

J’ai retrouvé récemment un patient que j’avais perdu de vue depuis des années. A l’époque, il n’avait pas grand chose, hormis une fibrillation auriculaire bien contrôlée et anticoagulée.

Maintenant, son dossier de vasculaire (qu’il n’avait pas à l’époque) doit bien faire ses 5 Kg.

Il a environ 70 ans, n’a jamais bu ni fumé. Par contre il a une grosse séquelle de polio qui l’oblige à marcher avec d’imposantes chaussures orthopédiques.

Puis il s’est plaint d’avoir les doigts de la main droite froids et quelques vertiges. On lui fait un doppler et on trouve une sténose de la sous-clavière pré vertébrale à 60% (donc très loin d’être « critique »). On lui propose de la dilater, d’autant plus que l’artériographie trouve une occlusion de l’artère cubitale droite.

Tout s’emboite donc (en tout cas à un médecin/chirurgien un peu dogmatique): sténose sous-clavière, vertiges, et embolie distale ayant thrombosé la cubitale.

On lui dilate la sous-clavière et on lui met un stent.

Dans les suites immédiates, il fait un faux anévrysme au point de ponction, et on est obligé de lui faire un pontage fémoro-fémoral avex une prothèse en gore-tex. Je résume, mais il a quand même failli y passer.

Du côté de cette fameuse ponction, on trouve un peu plus tard un anévrysme de l’artère iliaque commune à 22 mm. Il n’est quand même pas totalement impossible que cet anévrysme soit secondaire à la ponction, ou à la réparation (de l’autre côté, son iliaque est normale).

Je jette un coup d’œil au pont fémoro-fémoral, et je retrouve une sténose au niveau de l’anastomose proximale (la jonction entre l’artère fémorale et début de la prothèse). Je ne suis pas certain que la sténose soit très serrée, mais enfin ça commence à faire beaucoup pour une sténose « à 60% » d’une artère sous-clavière.

Le patient n’a pas vraiment été amélioré du point de vue de sa main droite, par contre, il a maintenant mal au niveau de la cicatrice du pontage.

Cerise sur le gâteau, savez vous quel diagnostic final a été retenu pour expliquer la thrombose de son artère cubitale?

Un Syndrome du marteau hypothénar, ce patient étant tailleur de pierre!

C’est à dire absolument aucun rapport avec cette sténose de la sous-clavière qui ne demandait rien à personne.

J’ai raconté cette histoire à un copain qui l’a bien résumée avec la phrase suivante « Finalement, ce patient, il est entré dans  la maladie quand il a rencontré le chirurgien! ». (Vous avez remarqué cette expression pourtant très courante: ce n’est pas la maladie qui entre en soi, comme on pourrait s’y attendre, mais l’inverse!)

C’est un peu cela….

En réfléchissant à cette histoire, et en me mettant à la place de ceux qui se sont occupés de lui (ce qui a failli être le cas, puisqu’il a été mon patient pendant quelques mois), je ne sais pas si je lui aurais fait mettre le doigt dans cet engrenage.

J’aurais clairement traité par le mépris cette sténose sous-clavière. Mais j’aurais aussi peut-être été troublé par cette thrombose de la cubitale. Aurais-je pensé au syndrome du marteau hypothénar?

Je ne vais toutefois pas refaire le passé.

Si ma tante en avait, ce serait mon oncle.

Cette histoire me conforte quand même dans mon attitude globale qui privilégie les règles-hygiéno diététiques et le traitement médical à toute thérapeutique invasive dont l’issue n’est jamais certaine. Quand j’envoie un patient au chirurgien, ce n’est qu’après avoir pesé longuement le pour et le contre.


Un enterrement de première classe

Un article du WP, découvert via l’excellent blog Corante, raconte comment Astra-Zeneca a enterré une étude peu flatteuse pour un antipsychotique à la fin des années 90. Certes, l’étude est entachée par un taux d’arrêt du traitement testé tout à fait considérable. Mais c’est cela qui aurait justement été intéressant de savoir pour le praticien, ainsi que les principales causes de ces arrêts: des désordres métaboliques, ainsi qu’une prise de poids importante.

A lire, donc.

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Crédit inconnu


Souvenez-vous:

Il faut faire confiance à l’industrie pharmaceutique

L’industrie pharmaceutique nous veut du bien.

Il faut faire confiance à l’industrie pharmaceutique

L’industrie pharmaceutique nous veut du bien.

Il faut faire confiance à l’industrie pharmaceutique

L’industrie pharmaceutique nous veut du bien.


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Shankar Vedantam. A Silenced Drug Study Creates An Uproar. The Washington Post. Wednesday, March 18, 2009; Page A01

Ecritures

J’écris mal, mais là, j’ai trouvé mon maître en écriture.

J’ai anonymisé le nom de la patiente plus par principe que par réelle nécessité.

Heureusement que cette dernière est infirmière et qu’elle est bien consciente de l’illisibilité de son médecin traitant.

Elle a su m’expliquer le pourquoi de sa visite.

Pour la petite histoire, son médecin est gaucher (ce n’est pas une tare).




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