Note anniversaire.

Il y a exactement 5 ans, à la même heure, je publiais la première note de Grange Blanche:


« J0…. ou j1 de mon blog (quel serait le meilleur terme ?)

Tout d’abord pourquoi?

Primo: parce que j’ai du temps, et que je n’ai rien à faire de plus intéressant que de le passer devant le net… (bof, pas très reluisant comme explication)

Secundo: parce que le net est un moyen fantastique de partager ses impressions et sentiments avec de parfaits inconnus. Un confessionnal géant en sorte!

Tertio: parce que le blog des enfants rouges m’a touché (http://les-enfants-rouges.hautetfort.com/).

L’auteur est une externe en psychiatrie qui raconte avec beaucoup de sensibilité sa vie intime et professionnelle.

J’y ai retrouvé avec plaisir toutes les petites histoires d’Hôpital qui font le charme des études de médecine.
So, why not me… »


C’était donc il y a bien longtemps car à l’époque, de toute évidence, je ne savais pas créer de lien hypertexte. Par ailleurs, le blog des enfants rouges s’est malheureusement tu et mes motivations ont bien changé.

En 5 ans, Grange Blanche s’est largement « professionnalisé » car mes histoires personnelles ou d’hôpital n’occupent plus qu’une part très marginale de ce que j’écris actuellement. Je crois que j’ai tiré tout le bénéfice que je pouvais attendre d’un « confessionnal géant« .

Finalement, ce blog a suivi l’évolution un peu générale des autres, notamment des blogs santé.

Il y a 5 ans, des individualités, professionnels de santé, racontaient leurs petites histoires personnelles en relation avec le vécu de leur métier. Ces blogs étaient et heureusement sont encore d’extraordinaires belvédères sur la pratique au quotidien de nos métiers. Chaque note rajoute un point supplémentaire d’un immense paysage à la Seurat.

Puis certains d’entre nous ont choisi de faire passer de l’information, le plus souvent avec un œil professionnel, pragmatique, critique et indépendant, loin de toute influence. Certains blogs ont permis une certaine diffusion de ce courant indépendant de pensée, qui était jusque là parcellaire et restreint. Je crois surtout qu’ils ont permis aux individus isolés qui ne se reconnaissaient pas dans la norme qu’est la formation médicale partiellement sous influence de l’industrie, de se découvrir, d’apprendre et de se soutenir mutuellement. C’est très loin d’être un mouvement de masse, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Notre tout petit cercle de blogueurs s’est ensuite considérablement élargi et enrichi.  L’apparition de nouveaux blogs a pour l’instant toujours compensé en quantité, souvent en qualité, la disparition parfois rapide d’autres plus anciens. A peu près au même moment sont apparus des blogs écrits à plusieurs mains, ce qui n’était pas du tout dans la philosophie initiale très personnelle, voire intime des blogs.  Mais qu’importe, les dogmes et les habitudes sont faits pour être dépassés, et la qualité de certains de ces blogs pluriels le confirment avec éclat.

Autre chose très agréable, depuis tout ce temps, je ne me souviens pas avoir assisté ni même entendu parler d’une bataille de chiffonniers entre nous telle qu’il s’en produit presque chaque semaine dans d’autres domaines, notamment les blogs technologiques ou politiques.

La diversité de la blogosphère médicale francophone participe pour beaucoup à sa force et son intérêt.

Puis, assez récemment, sont apparus quelques marchands du Temple qui essayent de faire leur trou dans la publicité rédactionnelle de santé et le copier/coller de dépêches, de dossiers de presse ou de résumés d’articles scientifiques. Difficile de prédire leur avenir, car le paradoxe est que leur politique éditoriale tue justement ce qui fait le caractère unique et attractif des blogs, c’est à dire une véritable expertise liée à la pratique quotidienne, l’indépendance et la liberté de ton, voire l’irrévérence. Mais surtout, qui veut, hormis les annonceurs leurrés par l’étiquette « 2.0  » et la recherche du moindre coût, de la copie numérique d’une presse médicale influencée et agonisante ? Malheureusement, cette interrogation est bien naïve car médiocrité n’est pas synonyme d’échec.

Je suis resté bloqué au second stade, bien que j’ai envisagé un moment l’écriture à plusieurs mains. Cette professionnalisation m’a permis de dépasser mon appréhension initiale bien naturelle, étant donné l’existence des Skyblogs, de dire que je tenais un blog, et m’a même permis de me passer de pseudonyme.

D’ailleurs, petite aparté, c’est très agréable d’écrire sous son nom.

Même si ce choix m’ôte vraisemblablement la possibilité d’écrire des notes sur des patients précis.

Actuellement, après un peu plus de 2000 notes et un peu moins de 7900 commentaires, je vois Grange Blanche comme un outil pour faire passer de l’information brute mais aussi  mon petit grain de sel, avec un enrobage musical ou littéraire, qui, je l’espère, rend la pilule moins amère.

Je différencie bien l’information en elle-même et mes remarques, mais elles me semblent indissociables.

L’information brute est disponible via les références que je ne manque jamais de rajouter à mes notes. Tout un chacun, avec sa propre culture, son propre vécu, peut ainsi lire les articles de référence et se faire sa propre idée, comme j’ai pu le faire moi-même. A cela, je rajoute mon grain de sel en vous livrant mon analyse. Je n’ai bien entendu pas la prétention de penser que mon analyse est unique, incontournable, ni même correcte. Mais, le plus souvent, ce petit grain de sel catalyse une discussion dans les commentaires qui apporte une plus-value immense à la note nue.

 Je vois ce blog comme une table sous les glycines de la pergola, devant ma maison, un paisible soir d’été (pure image, je n’ai ni glycine ni pergola devant chez moi). Le portail du jardin est ouvert. Quiconque de bonne volonté se promenant dans la rue peut rentrer, s’asseoir à table, échanger et repartir librement. Rien ne lui sera demandé ou imposé.

La vraie valeur de Grange Blanche est donc son rôle de catalyseur.

Et ce d’autant plus que je continue à alimenter cette liste qui permet l’accès à maintenant un peu plus de 200 blogs de santé.

J’espère que de votre point de vue vous prenez du plaisir à lire et à commenter sur ce blog. J’espère aussi qu’il vous apporte parfois des informations utiles. J’espère surtout qu’il aiguise votre sens critique en vous amenant à prendre position.

De mon côté, Grange Blanche m’apporte toujours au-delà de ce que je peux imaginer. Et pourtant, j’ai l’espérance florissante.

J’en ai déjà parlé par exemple ici. Je me souviens aussi de ce cadeau qui me fait toujours autant chaud au cœur, de l’incroyable pinacothèque virtuelle que m’a fait partager un très sympathique lecteur, des innombrables lectures découvertes via des commentaires, de nombreuses rencontres, une opportunité professionnelle fantastique…

Chose difficilement concevable, mais c’est un fait, ma vie réelle ne serait pas ce qu’elle est maintenant si je n’avais pas créé Grange Blanche il y a 5 ans. Les rencontres virtuelles ou réelles induites par ce blog m’ont ouvert l’esprit au contact de personnes totalement différentes de moi. Par ailleurs, je pense, j’espère, être devenu « meilleur » car je lis bien plus d’articles scientifiques qu’avant, notamment au cours de mon assistanat. Je me sers de Grange Blanche comme d’un réservoir de références, qu’en plus je prends du plaisir à alimenter. Écrire au quotidien m’a appris à rationaliser, à ordonner ma pensée, à éliminer les scories comme aurait dit Mitterrand (référence inattendue ici, n’est-ce pas?). Enfin, last but not least ( 😉 ), cet exercice m’a permis de redécouvrir notre langue.

Faire partie, même à l’échelle nanométrique, de la révolution numérique m’a aussi permis de profiter de ce progrès formidable.

Je crois que depuis l’invention de l’imprimerie, jamais une évolution technique ne s’est autant mise au service de la connaissance. La révolution internet a permis une révolution culturelle fascinante, la mutualisation de la création et de la diffusion de la connaissance.

Je n’arrive même plus à envisager ce que pouvait être la recherche d’informations médicales avant l’accès aux sites internet des revues médicales, la recherche via les moteurs de recherche, l’établissement de veilles documentaires spécifiques, peut-être bientôt la mutualisation des connaissances médicales.

Pour ma thèse, en 2002, sur 80 références, j’ai dû en chercher 2 anciennes à la BU. J’y ai perdu mon après-midi.

Sans Grange Blanche, j’en serais peut-être aussi resté à surveiller l’arrivée des sommaires des revues sur ma messagerie, voire des journaux papiers dans ma boite postale.

Pour finir, je ne ferai que mentionner le plaisir que j’ai à lire quotidiennement les notes de mes confrères blogueurs.

L’avenir?


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Calvin & Hobbes. Bill Waterson.

iCélébration.

– Dépêche-toi, enfile tes baskets et ton jean, on va arriver en retard pour l’iCharistie !
– Pas envie d’y aller…
– Pas question de manquer la célébration de l’iAscension de Steve d’autant plus que cette année on faite le jubilée de l’iPhone.
– Pfff !
– One more thing, ils vont jouer Bruises avec des instruments de l’époque à l’Apple Center du quartier. Tu aimes bien Bruises, non ?
– Oui, bon d’accord, j’enfile mon col roulé…

– Oui, mais ne fais pas comme la dernière fois, ne touche pas le Saint Quartier de Pomme avec les doigts, tends la langue!

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Le JAMA, hier et aujourd’hui.

Le JAMA a pris la bonne habitude de re-publier des articles de fond datant d’il y a 100 ans.

Celui de cette semaine est assez intéressant puisqu’il traite du délicat problème de l’éponymie lorsqu’il fallait renommer une maladie parfois immémoriale.

« Fallait », car maintenant, sauf exception, la nomenclature descriptive avec des acronymes plus ou moins bizarres est la règle (exceptions notables en cardio, le « syndrome de Brugada » et le « tako-tsubo« ).

Mais à l’époque, était-on certain d’attribuer une maladie pour la postérité à son véritable découvreur?

L’article (de 1910) cite un exemple qui en dit beaucoup sur d’où venait le progrès médical à l’époque:

… « Now, three years after Hektoen and Perkins, and five years after Schenck described the disease and its organism, De Beurmann4 and his associates find the same organism in the same disease in France and appropriate the discovery for their own. There are no grounds for making any distinction between the organism described by De Beurmann and his colleagues and that described by Schenck, Hektoen and Perkins, and yet the disease is being described the world over, even in America, as “sporotrichosis beurmanii.” There is a well known halfjest that an American painter can sell his paintings to better advantage in America when he is living in Paris. Sometimes one feels that the same sort of advantage belongs to scientific work done in Europe. »

A l’époque, les péquenots, c’étaient les américains…

Même numéro, mais un bond de 100 ans, voire plus. Un autre article fait la synthèses des auditions de la FDA de novembre dernier sur le développement de la publicité faite par les firmes pharmaceutiques sur la toile. Je ne vais pas paraphraser l’article qui est assez touffu, mais vous pouvez parfaitement imaginer les deux camps opposés: d’un côté ceux qui veulent moins de régulation que la  publicité DTC classique, et de l’autre ceux qui en veulent autant, voire plus étant donné les caractéristiques propres à internet et la tendance assez naturelle de l’industrie à « abuser » (pour rester poli, malheureusement la page du Rozerem® a été supprimée ou déplacée). Le texte évoque un problème qui me paraît important, celui des notes « subventionnées » sur des spécialités pharmaceutiques, ou plus subtilement sur des maladies inventées (le disease mongering, ici et ici) pour correspondre à une molécule.

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The naming of Diseases. JAMA. 2010;303(4):372 (doi:10.1001/jama.2009.1897)

Bridget M. Kuehn. FDA Weighs Limits for Online Ads. JAMA. 2010;303(4):311-313 (doi:10.1001/jama.2009.1961)

iPad

Hier, le grand Steve a annoncé la sortie de l’iPad.

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Contrairement à la dernière keynote où le 3GS a été annoncé, je n’ai pas été assez geek pour suivre l’évènement en direct sur la toile.


Photobucket(via Embruns)

Gustave Doré dans une keynote d’Apple, qui l’aurait imaginé?

(Via iPhone.fr)

Elle semble être typiquement un produit Apple: une technologie avancée contenue dans un objet minimaliste et beau. Ah oui, j’oubliais, probablement un nouveau jackpot pour Apple.


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Cette simple photo donne déjà l’impression que la tablette PC appartient  à un monde révolu.

(L’effet « pull sur la chemise » ou l’effet « je ne regarde pas la tablette-PC sous le bon angle » ? N’est pas Steve qui veut!)

Mais l’iPad ne détrône quand même pas mon rêve actuel: un Macbook Air.


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Il va rester à l’état de rêve, puisqu’il y a la maison à payer, et surtout, je n’en ai pas une réelle utilité.

(Mais est-ce que ce dernier point est réellement important?)