The testaments

Je viens de finir The Testaments de Margaret Atwood, la suite de « The Handmaid’s tale ». J’ai un avis un peu mitigé, contrairement à la plupart des critiques qui sont très positives (je dirige vers certaines d’entre elles en fin d’article).

D’abord je veux séparer le fond de la forme.

Je trouve tout texte écrit en anglais littéraire fabuleux de part mon faible niveau dans cette langue, mais même en considérant ce biais, Margaret Atwood écrit vraiment très bien. Elle utilise des mots désuets, rares, ce qui rend la traduction un peu complexe mais colle très bien avec l’ambiance de Gilead. La narration à trois voix est une réussite, mais Margaret Atwood en use et abuse pour tomber finalement un peu dans la facilité. Le rythme de la narration va du lent au très vif, et je me suis une fois retrouvé à pester car une action se terminait en bas de page et était suivie par un changement de narrateur. Vous savez, cette petite frustration qui survient quand une action particulièrement prenante se fige, et que le narrateur passe à tout autre chose ensuite…  

J’ai trouvé le fond bien plus discutable. Pour résumer, The Handmaid’s Tale était un récit envoutant, glaçant et débordant de signifiant. Je me surprenais à penser au récit après avoir arrêté de lire et même de citer certaines expressions marquantes par exemple « Sous son œil /under his eye ». The Testaments, en voulant cocher toutes les cases qu’on attendait que Margaret Atwood coche, gagne en évidence ce que le récit perd en suggestion et en envoutement. Un peu comme dans la série. Montrer la violence est souvent moins effrayant que de la suggèrer. The Handmaid’s Tale m’évoque un film comme Fight Club, alors que The Testaments me fait plutôt penser à un téléfilm d’un samedi après-midi pluvieux, notamment sa fin. Les bondieuseries étaient glaçantes dans le premier roman, elles sont prétexte à sourire dans le second. 

Autre problème, mais je ne peux rester qu’allusif sans raconter l’histoire , est le formidable personnage de Tante Lydia. Elle est citée 105 fois dans The Handmaid’s Tale,  tout en restant presque toujours en arrière-plan (contrairement à la série où la formidable Ann Dowd propulse son personnage au centre de la scène) mais la terreur qu’elle engendre est réelle. Tante Lydia est aussi au premier plan dans The Testaments, mais le rôle que lui fait tenir Margaret Atwood me paraît totalement incohérent. Comme je l’ai lu une fois, cette suite répond maladroitement à des questions que nous ne nous posions pas.

Quelques critiques intéressantes:

The Guardian 

NYT

BBC

Goodreads

NPR

Le retour du syndrome MGEN

Un journaliste de Rue 89 m’a récemment contacté pour un article de ce blog écrit il y a maintenant plus de 10 ans, le très fameux « Syndrome MGEN« .

Il est surtout fameux à ma petite échelle puisqu’il est mon article le plus consulté, un peu plus de 150000 vues alors que son dauphin est à 16300. Je me suis un peu étonné d’être contacté pour un texte aussi ancien. Le journaliste souhaitait écrire un article (à paraitre) sur ce syndrome avec le parti pris que cette vision médicale méprisante pouvait induire une perte de chance pour le patient travaillant pour l’éducation nationale. De fait je n’ai pu qu’acquiescer. Toute interférence dans la relation médecin-patient, et les stéréotypes en sont une majeure, ne peut que l’altérer. Combien de patients n’ont pas eu de prise en charge optimale parce qu’ils portaient sur le front l’étiquette « syndrome méditerranéen »?

Je parle de parti pris, mais ce présupposé journalistique semble avoir été rapidement confirmé car notre journaliste a estimé que 95% des médecins utilisant ce terme étaient franchement méprisants pour les professeurs. J’ai répondu un peu amusé, puis je me suis de fait assez rapidement retrouvé dans la position de devoir me justifier. Difficile d’expliquer que je ne suis pas comme les autres alors que la popularité de cette notion vient en partie de ma note. Je ne suis pas méprisant, contrairement aux autres. Ben oui mais non.

Chaque mot a une signification pour soi même, il a été raffiné à un moment donné avec un matériel brut qui vous appartient, mais ce n’est pas cela qui compte, c’est ce que tous ceux qui le lisent ou l’écoutent y rattachent qui compte. Votre mot vous échappe, il est compté pesé divisé avec un vécu différent du votre, à un moment différent et vous êtes jugé. Mais il n’empêche,  même analysé avec un prisme différent du votre, il reflète quand même un peu que vous pensez, et pire, il peut conforter les autres dans leur façon de voir.

Le jugement m’énerve mais il fait réfléchir. Il oblige à se poser des questions sur notre façon de percevoir le monde, et j’espère contribue à l’améliorer. J’ai dit au journaliste que ne regrettait pas cette note, car, je me justifie encore, je n’y vois aucune malice, aucun mépris, mais que je ne l’aurais jamais écrite en 2019. L’autocensure induite par la bien-pensance me gène autant que la censure. Notamment car si personne ne dit rien de peur du jugement collectif, comment jauger ses idées à l’aune de la rencontre avec l’autre? J’ai demandé à un moment au journaliste si il n’avait pas dit ou écrit des choses qu’il regrettait maintenant, il m’a répondu que ce n’était pas le sujet de l’article. Ce n’est pas faux, ce n’est pas le sujet, mais c’est le fond ultime de son questionnement. On ne se rend compte de ses biais qu’en les partageant.

Ma prochaine consultation avec un prof? Bah, elle sera comme toutes les autres.