L’überisation de la santé

J’ai écouté avec intérêt l’intervention de Dominique sur l’überisation de la médecine ».

Dommage que la journaliste n’ait à mon avis pas compris tous les enjeux de cette (r)évolution, et puis, c’était un peu trop court…

J’ai beaucoup aimé ce qu’a dit Dominique. La révolution Über repose en effet bien plus sur l’autorégulation  du système par les évaluations réciproques classantes  du fournisseur de services et du consommateur, que la plateforme qui est pourtant ce qui impressionne le plus au premier abord.

Par contre, je ne suis pas certain que l’überisation de la médecine soit si éloignée que cela. Certes, le savoir à acquérir pour soigner ne met pas la pratique de la Médecine à la portée du premier venu, comme de conduire un passager dans Paris, et la sécu rend la  consultation relativement peu onéreuse en France, mais je sens que ces freins ne sont pas loin de lâcher.

Primo, il y a quand même  beaucoup de médecins pouvant en théorie exercer la MaDaM (Médecine à Distance avec Médecins) sur des patients présentés complaisamment comme avides de services médicaux. L’argument des connaissances  comme barrière protectrice de la Médecine « classique » me semble donc dépassé. Le futur combat de l’überisation de la médecine ne va pas opposer professionnels et particuliers, comme pour les taxis, mais les professionnels entre eux. En plus de mon travail salarié et mes consultations, j’aimerais bien faire de la démarche expertale (j’adore absolument cette expression magnifique du Pr Druais) à 100, 120 ou 150 euros le dossier le dimanche en écoutant du Bach devant mon Mac. J’ai tous les diplômes qu’il faut, là où il faut. Certes, je ne suis pas agrégé, mais je pense que d’ici peu, cela n’aura plus beaucoup d’importance.

Secundo, le prix du « service », nécessairement plus élevé qu’une consultation médicale, par la grâce de notre sécu+/- mutuelles ne me paraît pas non plus être un frein. La santé n’a pas de prix pour les patients en quête de réponses, surtout si on les manipule un peu avant de présenter l’addition. Tout le monde sait que rien ne délie mieux la bourse d’un patient que la peur, surtout si elle est habilement distillée.

J’étais assez dubitatif, comme Dominique, sur l’überisation rapide de la  Médecine, peut-être car, comme lui, j’ai une haute opinion de mon métier (pas de moi, je le précise bien).

Puis j’ai découvert deuxiemeavis.fr dont j’ai déjà pas mal parlé, et depuis ce midi activdoctor.fr.

D’un point de vue purement mercantile, le seul qui compte finalement dans cette histoire, activdoctor écrase deuxiemeavis par la diversité des services proposés, leur coût (bien que le coût d’un deuxième avis ne soit pas annoncé), son antériorité, son implantation mondiale, son nombre d’abonnés et de médecins experts, et sa solide expérience en médecine vétérinaire.

Mais ce que j’aime le plus, dans activdoctor, c’est que les choses sont claires et que son créateur n’habille pas le but commercial de son entreprise avec des buts nobles et généreux. C’est un entrepreneur, et une horloge franc-comtoise en or au poignet, il l’assume pleinement. J’aime assez, tant je déteste l’hypocrisie.

Certes, le site utilise aussi pour ses témoignages enchantés d’usagers des photos fantaisistes, mais bon, a priori, dans ce milieu, le témoignage d’un patient n’a pas lieu d’être forcément réel. Comme pour deuxiemeavis, le comité scientifique de activdoctor comporte des agrégés français apportant leur caution, maintenant que la correction informatique du e-ECN doit leur laisser pas mal de temps libre. Néanmoins, malgré la défection de 3 de ses membres, deuxiemeavis tient encore la corde en terme de « quantité de caution » (ma caution est plus grosse que la tienne…).

J’entrevois d’ailleurs aussi une autre révolution. Si on imagine que les patients notent la prestation des médecins de ces plateformes, on peut imaginer que l’agrégation, et peut-être même à terme les diplômes ne perdent leur aura puis leur valeur. Irez-vous plus volontiers télé-consulter un agrégé de cardio noté 3,34/5 ou un simple cardio noté 4,46/5? Et imaginons un généraliste féru de cardio à 4,80/5? Soyons fous, imaginons enfin un quidam, admirateur forcené de l’organe noble par excellence, noté 4,95/5 en moyenne par 3476 patients?

Ce genre de sites va se multiplier, sous l’effet de l’avidité sans borne des gens, en France et surtout à l’étranger avec une cible française, et/ou avec d’intelligentes circonvolutions sémantiques (démarche expertale au lieu d’avis médical…) afin d’échapper au jugement du Conseil de l’ordre. Celui-ci, bien que parfaitement conscient du danger, me paraît bien frêle pour résister longtemps à la déferlante (courage Jacques!)

Comme Dominique, je ne pense pas être corporatiste, je ne me sens pas en danger (à tort?), mais je suis assez inquiet pour l’avenir de la Médecine, et in fine des patients.