Une journée particulière.

Depuis ce matin, il neige à gros flocons. Pour une ville qui tremble déjà pour un petit crachin, l’évènement est donc dantesque, énnnôrme.

Les bus, et même une partie des lignes de métro (véridique) se sont arrêtés dès les premiers flocons (on ne sait jamais, si la neige faisait dérailler une rame!). De rares voitures roulent au pas le long des avenues, tout comme les pompiers, qui pour une raison qui m’échappent, laissent leurs gyrophares allumés et leurs sirènes hurler. Peut-être qu’ils veulent ainsi signifier qu’ils sont un des rares services publics qui fonctionnent encore à peu près correctement.

L’hôpital me fait penser à une montagne stupéfaite sous la neige. Ce matin j’étais le seul vacataire présent. Heureusement, sur les trois vacations, beaucoup de patients se sont décommandés (en fait, ils ne sont pas venus, jamais personne n’appelle pour se décommander…). Les infirmières et aides-soignantes, en surnombre relatif ont choisi celle d’entre elles qui pouvait rentrer rapidement à la maison, sous peine de ne plus pouvoir le faire dans le cas ou les intempéries s’aggravent. Elles ont choisi l’aide soignante qui habitait le plus loin, et qui avait bravé les forces de la nature pour venir faire l’ouverture à 8h00. Elles ont bien fait de se décider tôt, car dans la matinée, les cadres ont signifié à l’ensemble du personnel paramédical qu’il était réquisitionné pour l’après-midi, voire la nuit.

Je suis allé faire un tour en ville. Grand silence d’un monde ouaté, presque sans voiture. Malgré des trottoirs glissants, de jeunes couples se pourchassent à coup de boules de neige en poussant de petits cris, un peu plus loin, ce sont des enfants qui jouent à un carrefour. Certains ramassent et lancent bien quelques crottes de chien avec la neige récupérée sur les trottoirs, mais on s’amuse quand même énormément. Beaucoup prennent des photos, voire des vidéos de ce monde si étonnamment blanc. Certains décrivent la scène à leur épouse au portable (j’étais de ceux-la). Je n’ai pas beaucoup vu de gens twitter, ce qui est pourtant très web 2.0. Peut-être est-ce parce qu’ils se sont tous cassés un col du fémur ou un poignet dés les premiers flocons. Et oui, pas facile de taper sur un clavier, le nez en l’air pour regarder ce qui se passe, tout en marchant sur un seul glissant… Encore un exemple ou le web 2.0 affronte la dure réalité de la réalité, justement.

De jeunes vendeurs se jettent des boules de neige de part et d’autre d’une grande avenue commerçante. Il faut dire que les magasins sont parfaitement vides, et les voitures, rares. En parlant de voitures, les 4×4 ne sont pas majoritaires. Et pourtant, c’est le grand jour pour les pignoufs mâles qui possèdent des 4×4 pour aller de leur appartement à leur travail, 600 m plus loin, ou pour les femelles pour aller de leur appartement à l’esthéticienne du coin .

Je suis allé chez Lacoste (j’aime pas faire de la pub, mais vous le savez, je suis un adepte) et j’ai été accueilli par les trois vendeurs habituels et les extras embauchés pour l’occasion de la grande ruée des soldes (du moins ceux qui ne se balançaient pas des boules de neige à travers la figure). J’étais tout seul. J’ai pu essayer tranquilement un pull en laine, et je suis parti avec deux.

Fait pas bon être commerçant par les temps qui courent, même Dame Nature s’y met….

Déjeuner dans un petit restaurant vietnamien à côté de l’hôpital. Je suis seul, avant d’être rejoint par un couple. Malgré de multiples propriétaires, c’est toujours aussi bon et peu cher (10.50€ le midi, tout compris). Ca compensera la laine mérinos peignée à la main fibre après fibre par une troyenne aveugle…

Retour à l’hôpital pour la vacation de l’après midi. Je ne suis pas certain d’avoir des patients. Le secrétariat est grand ouvert, mais totalement déserté. Les patients frappent à la porte, rentrent, font le tour des lieux à la recherche d’un signe de vie et repartent. Petit détail qui tue: en sortant de veille l’ordinateur d’une secrétaire, j’ai pu constater la dernière chose qu’elle a faite avant de partir: ce n’était ni un courrier, ni un emploi du temps de vacation d’échographie cardiaque, mais la page web du service des transports en commun. Elle n’a pas eu être déçue, la dernière mise à jour du site date du 4 janvier 2009! Je m’attendais presque à trouver des mugs de thé en train de refroidir et des bâtons de rouge à lèvres laissés sur un bureau, autant de signes d’un départ précipité et récent. Pour ajouter au chaos, les patients hospitalisés aujourd’hui, et qui se sont donné du mal pour venir ont eu la mauvaise surprise de trouver quelqu’un dans leur lit. En effet, les sortants prévus n’ont pas pu être faits, faute d’ambulances et de taxis en ordre de marche. Les rares cadres infirmiers présents (2 sur 3-5 services) doivent donc gérer les absences, la grogne des présentes réquisitionnées et trouver de la place pour des patients sans lits dans un hôpital plein comme un oeuf (à la neige). J’en ai croisé un désespéré, et il n’était que 13h00…

Je ne sais pas comment je vais repartir: à pieds ou en voiture? Ce matin j’ai fait mixte. Ma femme m’a exhorté à revenir à pieds. Par pur esprit bravache, je vais tenter la voiture… Ce ne sont pas trois flocons qui vont me faire peur, non mais!

Mauvais goût

Sur la toile, c’est la grande mode des publicités qui sortent de leur cadre pour aller se « balader » sur la page que vous êtes en train de lire. Les publicitaires ont probablement jugé que les popups avaient atteint leur niveau de tolérance chez l’utilisateur de la toile, d’autant plus que de nombreux navigateurs sont équipés contre l’ouverture de ces fenêtres intempestives.

Le problème de ces publicités qui se baladent, c’est que parfois elles arrivent hors contexte comme un cheveu sur la soupe.

Voici la une du site du Monde aujourd’hui à 16h46:

Photobucket

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En une, une photo d’une femme et sa fille, se hâtant au milieu de décombres que l’on imagine se situer à Gaza. Et derrière eux, arrive à toute vitesse un avion à réaction sorti du côté droit de l’écran (sur une photo, ça ressort moins!). Heureusement, l’avion ne lâche pas de bombes lorsqu’il disparait à la lisière du cliché, mais fait apparaitre à la suite de son empennage le slogan actuel du livret de la banque CIC: « les limites du livret viennent juste d’être dépassées ».

Ben, c’est pas de chance pour cette pub, parceque l’association de la photo et de l’animation fait vraiment un drôle d’effet.

Mauvaise passe.

Coup de téléphone d’un généraliste hier.

Je l’avais appelé la semaine dernière pour lui dire que sa patiente avait une grosse phlébite ilio-fémorale gauche.

Mais son histoire est singulière.

Une dame de 68 ans, sans antécédent particulier présente peu avant les fêtes une grosse jambe gauche. Elle tarde un peu, mais ses enfants inquiets se faisant pressants,  elle finit par appeler son généraliste. Ce dernier suspecte une phlébite, et l’emmène illico aux urgences de l’hôpital avec sa voiture personnelle. Deux heures après, la patiente est dehors, après qu’on ne lui ait rien fait. Il semble que les urgentistes lui aient dit qu’elle avait déjà consulté pour cette jambe, et qu’ils ne pouvaient rien faire de plus.

Je récupère cette patiente à ma consultation hospitalière de doppler le lendemain.

Je retrouve la phlébite et appelle un copain assistant en cardio pour trouver une place à cette patiente. Ca tombe bien, son service est vide, il me la prend immédiatement.

Hier, avant d’avoir pu expliquer au généraliste que je n’étais que vacataire, il m’a dit de tout au téléphone sur l’état calamiteux de notre système hospitalier, en faisant bien sûr abondamment référence à l’actualité…

Que répondre ? Je trouve des tas d’explications et de circonstances atténuantes, mais les faits sont implacables. A cette heure, cette patiente, agent hospitalier à la retraite, compte porter plainte.


Lost in translation.

Consultation à l’hôpital.

Premier patient (une patiente)

Bonjour! Qu’est-ce qui vous amène?

?? Romanian, pas parler français

Ah, super!

Second patient.

Bonjour! Qu’est-ce qui vous amène?

?? Armenian, très peu français

Ah, super!

Troisième patient (une patiente)

Bonjour! Qu’est-ce qui vous amène?

?? (francophone mais complètement sourdingue)

Ah, super!

Pour le patient arménien, j’ai tenté un timide intchbess ess (comment ça va?) ? Mais comme toujours dans ces cas, il a pensé se trouver en face d’un locuteur arménien et a commencé un long monologue auquel je n’ai bien entendu rien compris. Après, j’ai eu toutes les peines du monde pour arrêter le flot et lui faire comprendre que je ne savais dire que intchbess ess ! En remerciement, il m’en a appris deux autres: Barev (bonjour) et ts’tesutyun (au revoir).

Il y a 2-3 semaines, j’ai aussi vu un patient pakistanais ne parlant qu’ourdou. Heureusement que son accompagnateur, un indien serveur dans un restaurant….indien, était parfaitement francophone. Et ce d’autant plus que je vais devoir adresser ce patient en chirurgie cardiaque pour un remplacement valvulaire aortique pour une insuffisance aortique massive…

La mondialisation en médecine n’a pas que du bon!