Ted Kennedy

Je ne vais pas revenir sur la vie et l’oeuvre de Ted Kennedy, décédé récemment.

Par contre, je voulais vous signaler un article du NYT, remarquable comme souvent, qui discute des options thérapeutiques proposées pour ce cas précis, l’espoir suscité par le « toujours plus » avant d’élargir le débat en fin d’article sur la réforme du système de santé aux EU.

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Kennedy Case Shows Progress, Obstacles in Cancer Fight. By Gina Kolata and Lawrence K. Altman. The New York Times. Published: August 28, 2009

Un moment Brahms

Le paradoxe de l’HTA

Le NEJM de cette semaine publie une « lecture » très intéressante sur l’histoire et l’évolution des traitements antihypertenseurs depuis 60 ans, et surtout leur efficacité.

L’auteur arrive à la conclusion que malgré des avancées spectaculaires dans le traitement de l’HTA (peut-être pas ses dernières années, mais le petit historique qu’il fait permet de s’en rendre compte), il y a de plus en plus d’hypertendus non contrôlés.

Il fait la même constatation que le programme EUROASPIRE sur les coronariens européens.

Le « plus de traitement » est contre-balancé par « plus de sel », « plus de gras », « plus de sédentarité »…

PhotobucketMiam miam, plus de noisettes, plus de sel, plus de gras, plus de sucre, plus de sédentarité,

pour devenir grassouillet et rougeaud comme toi…


« Le plus de sel » me semble être particulièrement dramatique dans notre pays, où l’obésité n’est pas encore un problème majeur.

La consommation quotidienne de sel dans les pays développés est très largement supérieure aux 2.9-3.8 g recommandés par l’Institute of Medecine. En effet, on se rapproche plutôt des 10 g.

Petite parenthèse, la recommandation citée donne des tables de conversion bien pratiques pour passer d’une quantité de sodium en mmol à une quantité de sel en g  qui me semble bien plus parlante:


mmol de sodium*23=mg de sodium

mmol de sodium*58.5=mg de sel

Je vous rappelle aussi l’existence de ce fabuleux travail du service de pharmacie du CHG de Béthune qui recense la quantité de sodium et de sel contenue dans 87 médicaments usuels.

Bref, non seulement nous devons prendre notre bâton de pèlerin pour inciter nos patients à moins se gaver de sel, mais nous devons aussi faire attention à nos prescriptions.

J’insiste très lourdement sur le régime hyposodé (qui est en fait physiologiquement normosodé, voire hypersodé) et sur la nécessité d’une activité physique régulière.

Je prends le temps d’expliquer ce graphique que j’ai tiré de EUROASPIRE pour leur faire comprendre que le traitement n’est rien sans l’amélioration du mode de vie:

Photobucket

Je leur précise bien que les patients de ce programme sont européens, et qu’ils sont tous coronariens, c’est à dire surveillés comme le lait sur le feu par un généraliste, 1 voire 2 cardiologues, éventuellement un endocrinologue…

Évidemment, ce n’est pas simple, car si vous le demandez à vos patients, personne, je dis bien personne ne sale (en dehors des régions où règne sans partage le beurre salé).

En fait, l’immense majorité du sel est caché dans l’alimentation, notamment industrielle. On en trouve aussi beaucoup dans les aliments sucrés, car c’est (malheureusement) un excellent exhausteur de goût.

Personne ne sale, mais tout le monde se prend 10 g de sel par jour, telle est la principale difficulté de la prévention…

Idéalement, il faudrait bannir tout ce qui n’est pas frais, et tout ce qui est préparé par autrui.

Pas simple, d’autant plus que c’est une alimentation de riche et qui demande du temps.

Autre paradoxe, chez nous, ce sont souvent les « pauvres » qui sont gras, suralimentés et sédentaires. Bref, ce qu’étaient les riches goûteux d’il y a plusieurs siècles.

En conclusion, l’auteur, comme tant d’autres milite pour une amélioration de notre mode de vie afin d’enrayer ce fléau qu’est l’HTA. A ma connaissance, c’est le seul état pathologique pour lequel nous ayons des traitements efficaces, mais que notre mode de vie rend de plus en plus incurable.

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L’article est en libre accès:

Aram V. Chobanian. The Hypertension Paradox — More Uncontrolled Disease despite Improved Therapy. N Engl J Med 2009 361: 878-887



Je me demande ce que sont devenus les deux protagonistes de la publicité.

Le cuisinier a développé un diabète, une HTA et une néphropathie mixte. Avant de mourir l’an dernier d’un accident vasculaire cérébral, il a bénéficié un pontage aorto-coronarien vers le milieu des années 90. On a envisagé à un moment de lui faire une réduction gastrique, avant de reculer devant le risque opératoire déraisonnable.

« Monsieur Plus » a poursuivi ses études de médecine qu’il a financées grâce aux cachets publicitaires. Il est un cardiologue respecté par ses patients, ses pairs, son épouse, ses enfants et ses maîtresses (et leurs enfants). Il n’a pas changé de costume qui est toujours aussi tendance parmi ses pairs. Son tic l’a rapidement fait abandonner la carrière de coronarographiste qu’il avait un moment envisagée, à cause d’accidents regrettables et particulièrement dramatiques. Les jaloux disent qu’il a toujours appliqué la ligne de vie qui l’a rendu célèbre: « Toujours plus! ». Ce qui expliquerait à la fois sa très nombreuse clientèle et la quasi ferveur qu’il suscite parmi tous les visiteurs médicaux.


Trou noir, encore et encore…

J’ai encore fait ma Dory aujourd’hui, mais avec cette fois-çi une dimension supplémentaire.

Je fais « ma tournée des popotes », c’est à dire que je passe dire bonjour à mes patients hospitalisés.

Comme je travaille aussi à l’hôpital, cela ne me prend pas beaucoup de temps, et fait toujours très plaisir aux patients et à leurs familles. Si j’ai un seul conseil à donner à un jeune praticien, ce serait celui-ci. Il faut savoir prendre un petit moment pour aller voir un patient hospitalisé, ce petit geste donne une dimension supplémentaire inestimable à une relation médecin-malade, aussi excellente soit-elle.

Sauf, que là, c’est Dory qui fait la tournée des popotes.

Je cherche le chef de service qui me propose d’aller voir le patient en question.

Nous rentrons tous les deux dans la chambre, moi respectueusement derrière, comme quand j’étais assistant. Un monsieur que je ne connais pas est alité du côté porte avec à son chevet deux femmes (sa mère et sa fille?). Le lit du côté fenêtre est libre.

Le Patron joue sa partition parfaitement et lance à la cantonade un bonhomme « Regardez qui vient vous rendre visite! ». Du genre, votre cardiologue est le meilleur, et en plus il vient vous rendre visite à l’hôpital!

Les regards du patient et des deux femmes s’éclairent quand ils reconnaissent le Professeur, puis virent au vitreux quand ils passent sur moi. Ca tombe bien, je leur rends leurs regards sans rien y changer.

Mais qui sont ces gens?

Mais qui est ce type en jean et en Polo Lacoste « pamplemousse rose » qui accompagne le Professeur?

Gros blanc.

Le Patron perçoit la gène et se demande si il ne s’est pas trompé de patient, même si il le connaît parfaitement puisqu’il l’a fait hospitaliser il y a deux jours. Nos regards plongent sur la pancarte qui confirme que ce monsieur que je ne connais pas, et qui ne semble pas me reconnaître est bien mon patient, que je lui ai d’ailleurs adressé personnellement pour un avis.

Heureusement, le Patron est brillant et il ne se démonte pas, c’est pour cela qu’il est à sa place, et il embraye en faisant un petit historique de l’histoire de la maladie du patient.

J’opine comme si je savais parfaitement de quoi il parlait et qui était ce monsieur et ces dames.

La famille pose deux trois questions au Professeur, et nous faisons mine de partir.

Avant de quitter la chambre, je demande quand même au patient si il est bien suivi par untel, qui est un de mes correspondants. Il confirme. C’est donc bien un de mes patients, mais je n’ai aucun souvenir de lui.

J’ai même fait un lapsus révélateur en lui demandant le nom de son généraliste: « Votre cardiolo…euh…généraliste, c’est bien Untel? ».

Je viens de vérifier, je l’ai vu début juillet (de cette année).

Par contre, je ne me suis pas trompé pour la valve, j’ai même eu raison sur un avis récent du CHU (mais pas dans le service du patron), il faut bien la changer.

Amnésique mais pas encore dément!


(Bon, je noircis un peu le tableau. Encore troublé, nous allons ensuite voir un autre de mes patients, et cette fois nous nous reconnaissons instantanément. Ouf!)