L’orchestre rouge (bis)

Le chef d’orchestre doute.

Il doute à un tel point qu’il n’a même plus conscience de ce qu’il est. Et son orchestre n’en a plus que le nom. On devrait plutôt parler  d’une bande désaccordée de primas donnas qui ne le respectent plus, sauf bien sûr pour donner le change et conserver les apparences.

Le chef se demande pourquoi c’est lui qui a la formation la plus courte et la plus bancale, alors que ce devrait être le contraire?

Le chef se demande pourquoi il est le moins bien payé, ce qui l’oblige à diriger comme un tâcheron, et ce qui ne l’aide pas à lever les yeux contre ses solistes?

Le public n’a plus conscience, non plus, qu’il y a un chef. Au contraire, le public voudrait que le chef quitte son estrade pour mieux voir et avoir accès aux solistes.

Qui donc est cet individu qui nous tourne le dos avec sa petite baguette, et qui nous cache le premier violon virtuose (et conscient de l’être), l’étincellant cor d’harmonie ou la tonitruante grosse caisse? Ce sont eux qui font la musique, non?

Le chef arrivera-t’il même à faire jouer son propre requiem?

Je ne sais pas pourquoi, mais ce soir, la lecture de ce texte pourtant plutôt raisonnablement optimiste m’a profondémment déprimé. Soliste parmi les autres, je perçois néanmoins comme très sombre l’avenir de ce métier que j’aime tant.

C’est que j’ai eu l’impression de lire une élégie.

 

 

modification du texte le 10/02/09 9h20.

Tchotchke

J’aime beaucoup ce terme plus ou moins dérivé du yiddish.

Pas très facile à prononcer pour un francophone, il est néanmoins précieux car il résume en un seul mot, presque une interjection, tous les petits cadeaux publicitaires de peu de valeur et plus ou moins débiles que les firmes pharmaceutiques déversent dans nos mains tendues (et parfois avides).

Je sais, je sais, en français existe le beau mot « babiole », mais tchotchke a un petit je ne sais quoi de plus.

Je pense qu’il rappelle le bruit que fait une pichenette pour éjecter dans la poubelle un stylo publicitaire laissé sur le bureau par une visiteuse médicale. Tchotchke!

Clés USB, CD « éducatifs », règles ECG, stéthoscopes, calepins, stylos, livres, trousses de manucure (si si, j’en ai une), éphémérides, agendas….

La liste est infinie.

Mais les cadeaux promotionnels peuvent atteindre une valeur qui dépasse largement celle, usuelle, des tchotchkes. Il y a bien des restrictions qui ont permis de supprimer les cadeaux les plus chers et les plus visibles, mais tout le monde sait comment minorer le prix d’un repas dans un grand restaurant.

En ce moment, les tchotchkes sont dans la ligne de mire de ceux qui veulent assainir les relations entre l’industrie et les médecins.

Cela peut paraître futile de se battre contre des stylos et des règles ECG, mais pourtant c’est fondamental.

Toute tentative de nettoyage de ces écuries d’Augias doit commencer par là.

Je ne vais pas revenir sur les études sociologiques qui montrent les relations complexes de dépendance qui se tissent entre celui qui offre un cadeau et celui qui le reçoit, et ce, qu’elle que soit la valeur marchande du cadeau. Vous en trouverez deux exemples ici et ici.

Je veux simplement insister sur le fait que le tchotchke est un excellent moyen de mettre le pied à l’étrier de la dépendance des jeunes médecins en devenir, comme les externes et les internes. Après, au fur et à mesure de l’avancement dans la carrière hospitalière, la subornation augmente avec la valeur de cadeaux, faits, bien entendu « en toute convivialité » ou pour promouvoir une « synergie au service des patients ».

Le texte du NEJM dont j’ai donné la référence est intéressant, car il suggère l’inutilité de l’auto-régulation par l’industrie pharmaceutique, comme les fameuses chartes dont la seule finalité est de ne pas être respectée (notamment l’hilarante charte de la visite médicale de 2004), ou des demi-mesures prises par les autorités universitaires.

Les choses bougent néanmoins aux États-Unis, comme le montrent les articles du NEJM du NYT et du WSJ Health Blog.

Et en France?

Pas de bruit, pas de mouvement. On entendrait un tchotchke à l’autre bout du CHU…


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Steinbrook, R. Physician-Industry Relations-Will Fewer Gifts Make a Difference? N Engl J Med 2009 360:557-559.


No Mug? Drug Makers Cut Out Goodies for Doctors

By Natasha Singer

The New York Times

Published: December 31, 2008.


Harvard Medical School to Strengthen Conflict of Interest Rules.

Posted by  Jacob Goldstein

The WSJ Health Blog

Published: February 3, 2009.


Pour approfondir, les indispensables nofreelunch.org et formindep.org.


Lectures

Deux lectures sans aucun rapport mais pourtant aussi passionnantes l’une que l’autre:

Sans aucun rapport, en fait pas tout à fait, car hormis le domaine médical qui leur est commun, il y en a un.

Ces deux articles qui font réfléchir ou avancer les choses sont écrits sous contrat creative commons.


Attraper une phlébite

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Un contrôle doppler d’une thrombose veineuse profonde traitée offre parfois de belles surprises, comme cette main rouge qui s’apprête à saisir un thrombus en cours d’organisation.

Nous sommes en mode 2D-énergie. Le poignet est dessiné par la crosse de la saphène interne, le pouce et les doigts par la lumière résiduelle de la fémorale. Les trois petits points rouges sur la droite sont un résidu de flux dans une artère fémorale en diastole.