Un petit goût d’Ecosse

Tout le monde l’a fait.

On a tous ramené en France dans nos valises un plat qui nous avait marqué au cours de vacances dans un pays plus ou moins exotique.

Et nous avons tous été déçu.

Car, comme pour tout, au delà du sens intervient notre cerveau qui va amplifier ou assourdir le plaisir que l’on peut en tirer en fonction du contexte ou de flux internes mystérieux et qui le resteront.

Les délicieuses petites bananes ramenées de Martinique paraissent ainsi souvent bien insipides dans une triste cuisine au 13ème étage d’un immeuble au bord d’un périphérique.

J’en ai fait l’expérience avec de la viande de zèbre ramenée du Kenya il y a une dizaine d’années. Avec le recul, c’était totalement illégal et bactériologiquement très douteux. Pendant 15 jours, on a mangé du zèbre sous toutes ses formes sur une table de campement branlante, sous l’immense azur africain au milieu de la savane majestueuse. Le cuisinier était frustre, mais ses ragoûts, ses sautés de zèbre, étaient délicieux sous le soleil africain implacable. En France, préparé par ma grand-mère, fin cordon bleu, ce zèbre avait bien le goût que l’on attendait de lui, mais considérablement affadi. Le goût de l’Afrique avait irrémédiablement disparu. Mais personne n’a été malade.

Mais je m’égare.

On a donc ramené 1.5 kg de porridge d’Écosse, gentiment donné par une dame qui voulait que nous gardions un petit souvenir gustatif de ce merveilleux pays.

Le porridge, pour ceux qui ne connaissent pas, ça ressemble à cela:

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Ce n’est pas un résidu laissé par un malade avancé, mais des flocons d’avoine cuits dans l’eau pendant environ 30 minutes. La photo ne le rend pas, mais c’est aussi passablement gluant.

Le porridge, malgré son aspect, sa texture et son goût brut rebutants, se mérite.

Il faut d’abord le laisser gonfler toute la nuit dans de l’eau avec une proportion porridge/eau de 1/3. Le matin, sur feu doux, il faut le touiller régulièrement , pendant environ 30 minutes, afin qu’il ne détériore pas définitivement la casserole. En fin de cuisson, les décadents rajouteront un peu de lait voire de la crème pour les plus pervers.

En général, le matin, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n’accepte pas d’attendre plus de 30 secondes pour manger, et encore moins de faire de la cuisine, même minimale.

Mais je vous l’ai dit, le porridge se mérite, et in fine cela doit en améliorer le goût car il est le fruit d’un effort, et j’ose le dire, d’un dépassement de soi.

Bon, ce n’est pas fini.

Comme ça, il est immangeable, même pour un agueusique total.

Il faut le « sucrer », mais pas avec du sucre, ce serait trop simple, car le résultat est presque pire.

Il faut le sucrer avec du sirop d’érable, comme les écossais, ou du miel liquide (n’essayez même pas avec le solide, vous allez vomir rien qu’en essayant de le délayer dans cette bouillie gluante), des fruits secs, des noix, des noisettes…

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Et là, c’est presque aussi bon qu’en Écosse.

Sauf que le porridge se mange brûlant, sinon c’est dégueux/gerbos, et qu’ici, il fait 30°C et non 15°C comme là-bas…

Vous maintenant êtes en retard de 30 minutes pour le boulot, et vous avez d’autant plus chaud qu’il faut courir pour ne pas arriver en fin de matinée, mais vous vous êtes régalés et de nouveau cru revenu à Édimbourg. En cet période d’emploi précaire, je vous conseille de surseoir au nettoyage de la casserole jusqu’en fin de journée.

Vous allez pouvoir, le sentiment du devoir accompli ranger le sac de 1.5 kg au fin fond du placard. Vous le balancerez directement dans la poubelle dans 3-4 ans quand vous le re-découvrirez à l’occasion d’un grand nettoyage de printemps: « Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur! ».

Demain, je vous parlerai du Haggis ramené dans le sac à dos.

Un moment Bach

Durant ces deux derniers jours, j’ai emprunté la voiture de madame qui n’écoute que « Radio Classique ». Les morceaux sont parfois hors de portée de mes oreilles frustres, mais je trouve que la ou les animatrice(s) ont/a une voix particulièrement suave, voire sensuelle, voire plus si affinité (je ne parle pas d’Eve Ruggieri).

Je suis allé dans ma cave pour retrouver mes quelques CD classiques, principalement du Bach pour les charger dans mon iPhone et pouvoir les écouter à fond dans ma Yaris avec amplis et bass boosters (sans oublier l’autocollant « Cardiology’s Touch » barrant la vitre arrière).

Petit florilège:


Homonymie

Dans une large mesure j’ai balancé mon anonymat aux orties depuis longtemps. Je peux donc vous raconter une petite histoire qu’une cousine m’a racontée la semaine dernière.

Dans une série française très connue, est apparu mi-juillet un nouveau personnage féminin qui est chirurgien cardiaque au CHU.

Or, elle porte le même patronyme que moi et « exerce » dans la même ville que moi.

La concordance des villes est un hasard complet. Les scénaristes ont aloué un service de chirurgie cardiaque à un hôpital qui n’en avait pas, pour éviter les problèmes, je suppose.

Par contre, le nom n’est pas tout à fait fortuit.

En effet, une des scénaristes de la série est aussi une cousine que je ne connais pas mais qui porte le même patronyme. A-t’elle donné son nom au hasard, ou a-t’elle baptisé ainsi un chirurgien cardiaque en référence à mon père, je n’en ai aucune idée. Je ne sais même pas si elle l’a connu. A vrai dire, j’ai assez mollement recherché une adresse électronique pour le lui demander.

Quoiqu’il en soit ce médecin de fiction m’a bien étonné.


Ecosse (2)

J8: Longue, trop longue étape à travers la lande. Soit j’ai mal dormi la nuit dernière, soit je commence à saturer des lochs, des montagnes et des moutons. Le but de l’étape, le château de Eilean Donan est en fait une reconstruction récente (1912-1932) d’un château en ruine depuis le XVIIIième. Si l’extérieur, aux confins de trois lochs, est en effet très beau, l’intérieur, qui n’est pas très vaste, fait un peu décor de cinéma.

Photobucket(Eilean Donan)

Peut-être aussi que mon avis un peu mitigé provient de l’impression de tourisme de masse laissé par le parking rempli de cars, et les groupes arpentant les salles du château. Par contre, la reconstitution d’une cuisine des années 30 est très réussie. Le soir, repas avec la question cornélienne biquotidienne: chips ou potatoes? Ma tendre et douce a pris un ragoût d’agneau à la menthe. Pauvre bête, comme dirait Obélix!

Photobucket(Loch Duich)

J9: Journée de transition aujourd’hui. Nous avons principalement lézardé sur une petite plage au bord d’un loch ouvert sur la mer. La marée descendante nous a permis de construire des réservoirs, des chutes d’eau, des canaux… C’est le flux et le reflux: châteaux forts à la marée montante, système hydraulique à la marée descendante.

Photobucket(Kilchurn Castle)


Les paysages sont toujours aussi merveilleux (j’ai mieux dormi); lochs, moutons, petites maisons blanches à flanc de coteaux, ruisseaux descendant des montagnes couvertes de bruyères…J’ai pu consulter ma boite électronique en profitant du Wi-Fi d’un hôtel, et envoyer des photos à la famille et aux amis. J’ai eu aussi le plaisir de lire vos quelques commentaires. Comment reconnait-on un accro au Wi-Fi ? C’est un type à l’air parfaitement banal, mais qui utilise son téléphone intelligent comme une baguette de sourcier pour trouver une résurgence de Wi-Fi. Une fois trouvée, il se colle littéralement au mur qui entoure celle-ci, le plus souvent un hôtel ou un café pour profiter du maximum du réseau en regardant subrepticement autour de lui, car il n’a pas la conscience tranquille. Il surveille l’irruption quand même très improbable d’un geek de café ou d’hôtel, furieux de s’être fait parasiter son réseau Wi-Fi. Nous avons contemplé un beau château, puis avons trouvé un B&B dans le joli petit port de Oban. Le soir, nous sommes allés au restaurant de fruits de mer « Waterfront », où j’ai dévoré d’énormes langoustines puis une excellente crème brûlée à la compote à la rhubarbe. Les petits ont opté pour moules+frites et glace, et ma tendre et chère pour un filet de flétan aux petits légumes. A la sortie du restaurant, petite aubade par un bagpipe bang. Demain, le Scottish Sea Life Sanctuary et un château.

J10: Petit déjeuner en compagnie de retraités australiens qui visitent le Royaume-Uni et Paris. Ils ont donné aux enfants un petit porte-clés koala « I love Australia ». Jamais je n’aurais pensé ramener un tel souvenir d’Écosse! Nous avons d’abord visité de belles ruines d’un château du XIIIème puis un très intéressant haut fourneau du XVIIIième à Taynuilt.

Photobucket(Bonawe Historic Iron Furnace)

Dans ce tout petit village, nous avons déjeuné (sandwichs, soupe, puis thé et scones) dans un minuscule salon de thé, « The Robin’s Nest ». Ce salon de thé, ses habitués, ses trois adorables propriétaires, leurs scones et leur pain faits maison nous ont régalés. J’ai du mal à imaginer un lieu plus typiquement britannique que celui-ci. Le temps s’y est figé dans ce qui est pour moi une espèce d’âge d’or britannique qui se situerait, mais c’est très subjectif, entre les années vingt et les années cinquante. La typographie de nombreuses raisons sociales, le tropisme pour des objets massifs d’allure ancienne (la salle de bain pourtant toute neuve du B&B de ce soir est un modèle du genre) et la mention trés fréquente de la date de création de la société ( « Est. »), surtout si elle est vénérable me font penser que beaucoup de britanniques ont une certaine nostalgie de cet âge d’or. Ensuite, nous avons fait la visite décevante d’une centrale hydro-électrique. Nous avons terminé la journée avec le Scottish Sea Life Sanctuary où nous avons pu voir des tas de poissons des eaux écossaises, deux phoques femelles et une loutre canadienne.

Photobucket(Scottish Sea Life Sanctuary)

Demain, nous allons passer la journée dans le Jacobite Steam Train qui relie Fort William à Mallaig. Ce train et sa ligne qui passe sur un superbe viaduc a fortement inspiré quelques scènes des films Harry Potter.

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J11: Nous avons donc fait une grande ballade d’un peu plus de 4 heures en train à vapeur au milieu de paysages grandioses. Nous avons même vu un cerf avec ses superbes bois. L’odeur de la fumée, le bruit des pistons, les cuivres rutilants, la vapeur émise par la bête humaine, dans ce cas, une vénérable locomotive anglaise de 1937 ont toujours un pouvoir d’attraction irrésistible sur les petits et grands.

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Si vous comptez vivre cette expérience, et je vous le conseille vivement, prenez garde de réserver votre billet plusieurs semaines à l’avance sur le site internet de la société qui exploite la ligne. Ce soir, nous avons trouvé un restaurant sympa dans le tout petit village de Glencoe. Puis nous avons un peu marché le long d’un chemin forestier en sortant du village. La lumière dorée magnifique de cette fin de journée illuminait le sommet des monts du Glencoe et la cathédrale de verdure de la forêt était parée de toutes les nuances de vert. Les églantines embaumaient cette atmosphère féérique. Je n’ai aucune envie de rentrer dans le chaud, la lumière sans nuances, l’agitation, la pollution. Demain, on va traverser la vallée du Glencoe, et après, je ne sais pas.

J12: Sale journée aujourd’hui, une sciatalgie m’a gâché les paysages grandioses du Glencoe. Il faudrait que je me résolve à aller consulter, un jour… Nous avons posé nos valises dans un petit hôtel à Balloch, au bord du Loch Lomond (petit clin d’œil aux tintinophiles!) pour pouvoir assister à des Highland Games demain. Ma tendre a essayé le fameux Haggis, que nous avions évité jusqu’à présent. Au goût, ce n’est pas si terrible que ça, surtout que la sauce au whisky qui l’accompagnait était excellente. Dans la catégorie « je mets des patates partout », un nouveau maillot jaune: lasagnes+potatoes.

J13: Le haggis, à la digestion, c’est pas terrible, semble-t’il, comme en témoigne le sachet vide de Gaviscon que j’ai trouvé ce matin sur la table de nuit.

Les Highland Games sont une sorte de grande kermesse populaire avec baraques à frites, manèges et toilettes mobiles. Sauf qu’au centre du champ un vaste espace est délimité par des barrières, et au sein de cet espace se déroulent tout un tas d’épreuves sportives plus ou moins écossaises. S’y jouent des courses cyclistes, de l’athlétisme avec du demi-fond ou des courses sur 80 m. Ces courses sont très étonnantes, car il n’y a pas de catégories. J’ai vu courir en même temps des hommes (très) mûrs avec des jeunes très sportifs, des enfants et même des coureurs handicapés. Chacun part d’un point différent pour équilibrer les chances. J’ai trouvé le principe étonnante h mais séduisant. Par contre, la piste, c’était de la prairie non nivelée!

Aux coins de cet espace se jouaient mes épreuves favorites, celles des hommes forts, les lancers, et le « Tug O’ War », ou tir à la corde.

Photobucket(Balloch Highland Games ’09)

Dans les lancers, j’ai préféré le « Caber Toss » ou lancer de tronc. Les concurrents s’encourageaient et s’aidaient mutuellement à verticaliser un tronc de 4 à 6 mètres de long et d’un poids d’ une soixantaine de kilos, avant de le lancer.

Caber Toss(Balloch Highland Games ’09)

Photobucket(Balloch Highland Games ’09)

Nous avons aussi assisté à des concours de danse traditionnelle, de « Pipe Bands« , et même de lutte entre des enfants. Les « combats » étaient arbitrés par trois juges, et une petite fille rousse a mis à terre pas mal de garçons avant de trouver finalement plus fort qu’elle.

Photobucket(Balloch Highland Games ’09)

Photobucket(Balloch Highland Games ’09)

Nous avons quitté ces jeux très bon enfants avec regret pour loger dans un B&B tenu par une française à Stirling. Demain, visite de l’impressionnant château qui domine la ville.

J14: Une journée éprouvante se termine. Enfin, éprouvante, tout est relatif… Elle le sera toujours bien moins que celle d’un mineur de charbon du Hunan. Nous avons enchaîné deux superbes châteaux: Stirling et Édimbourg. Les deux sites sont assez similaires, bien que celui d’Édimbourg soit bien plus vaste et impressionnant.

Photobucket(Victoria Cross-Stirling-Argyll & Sutherland Highlanders (Princess Louise’s) Regimental Museum)

Photobucket(Edinburg Castle_ « Mons Meg »)

Les jambes lourdes, nous avons ensuite galéré 3 heures pour trouver une chambre, pour finalement échouer au Marriott de l’aéroport d’Édimbourg. J’écris cette note trés peu descriptive alors que nous avons vu plein de belles choses car je suis scotché devant une émission sur Skysport, tellement anglaise et donc tellement surréaliste pour nous. Il s’agit d’un championnat du monde de fléchettes qui se déroule au Winter Gardens de Blackpool. Dans un quart de finale deux gros types, dont un en chemise violette satinée couverte de publicités (Mervyn King et Mark Dudbridge, pour les connaisseurs) enchaînent à une vitesse folle des parties de « darts ». Je ne connais pas les règles, hormis qu’il faut faire 501 points en premier afin de remporter une manche (« leg »). Je suis vraiment étonné de la faible distance de tir et de la vitesse de déroulement des parties. Derrière eux, une foule énorme en délire les regarde, assise à de vastes tables tout en éclusant des pintes. Les commentaires sont faits sous cocaïne, au moins. Les moyens techniques sont là, aussi : statistiques, ralentis et gros plans étourdissants sur l’impact de la fléchette. Entre les parties, ils rediffusent la rétrospective des meilleures « legs » depuis 1994. J’ai découvert un monde. Au fait, c’est M. King, chemise violette, qui a gagné. L’émission se termine par de savantes et longues exégèses et la rediffusion des meilleurs moments de la soirée.

Je regarde les autres chaînes: cricket, poker.

Dodo.

Demain, peut-être visite du Britannia et envol en fin d’après-midi.

J15 et dernier jour:

Ce matin, visite du yacht royal Britannia qui a été réformé en 1997 pour des raisons probablement plus démagogiques qu’économiques. Je pense aussi que ce superbe navire avait aussi largement fait son temps. Le poste de contrôle qui date de 1953 semble en effet dénué de tout instrument récent. Tout le bateau a été selon le principe du luxe discret. Par contre, l’intendance à la fois d’un point de vue humain et matériel nécessaire aux déplacements de la famille royale donne le tournis, puisque l’équipage ne comportait pas moins de 220 personnes.

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La salle des machines est impressionnante car les machines et les cuivres sont immaculés ou rutilants. Ce beau et dispendieux navire qui ne servait finalement pas à grand chose, hormis comme élément d’apparat semble donc être condamné à rester à quai. Je suis sorti un brin nostalgique de cette belle visite. A l’heure actuelle, je tape cette note à l’aéroport d’Édimbourg en attendant notre vol de retour.
Journée nostalgique, donc.