Gyokuon-hōsō

J’adore la section « le saviez-vous » de Wikipédia, qui comble dans l’immense majorité des cas une lacune dont je ne soupçonnais même pas l’existence.

L’article « Gyokuon-hōsō » m’a fait découvrir le magnifique texte de l’allocution de Hirohito annonçant à son peuple la capitulation du Japon le 15 août 1945. Je connaissais l’existence de ce texte, et aussi le fait que presque personne ne l’avait compris puisque Hirohito s’exprimait dans un japonais de cour archaïque.

Mais je n’avais jamais lu le texte en lui même.

Avec mon esprit occidental, et 64 ans après, c’est à dire avec beaucoup de réserves, je trouve que la forme de cette déclaration de capitulation parsemée d’images poétiques est magnifique.

Je trouve donc d’autant plus impressionnant le contraste avec les horreurs engendrée par la politique d’expansionnisme nippon durant les cinquante premières années du XXème siècle.

Les hommes sont vraiment fous.


« À Nos bons et loyaux sujets,

Après avoir murement réfléchi aux tendances générales prévalant dans le monde et aux conditions existant aujourd’hui dans Notre Empire, Nous avons décidé de régler la situation actuelle par mesure d’exception.

Nous avons ordonné à Notre Gouvernement de faire savoir aux Gouvernements des États-Unis, de Grande-Bretagne, de Chine et d’Union soviétique que Notre Empire accepte les termes de leur Déclaration commune.

Nous efforcer d’établir la prospérité et le bonheur de toutes les nations, ainsi que la sécurité et le bien-être de Nos sujets, telle est l’obligation solennelle qui Nous a été transmise par Nos Ancêtres Impériaux et que Nous portons dans Notre Cœur. C’est d’ailleurs en raison de Notre sincère désir d’assurer la sauvegarde du Japon et la stabilisation du Sud-Est asiatique que Nous avons déclaré la guerre à l’Amérique et à la Grande-Bretagne, car la pensée d’empiéter sur la souveraineté d’autres nations ou de chercher à agrandir notre territoire était bien loin de Nous. Mais voici désormais près de quatre années que la guerre se prolonge. Bien que tout le monde ait fait de son mieux – en dépit des vaillants combats livrés par Nos forces militaires et navales, de la diligence et de l’assiduité de Nos serviteurs et dévouement de Nos cent millions de sujets – la guerre a évolué, mais pas nécessairement à l’avantage du Japon, tandis que les tendances générales prévalant dans le monde se sont toutes retournées contre ses intérêts. En outre, l’ennemi a mis en œuvre une bombe nouvelle d’une extrême cruauté, dont la capacité de destruction est incalculable et décime bien des vies innocentes. Si Nous continuions à nous battre, cela entrainerait non seulement l’effondrement et l’anéantissement de la nation japonaise, mais encore l’extinction totale de la civilisation humaine. Cela étant, comment pouvons-Nous sauver les multitudes de Nos sujets ? Comment expier Nous-mêmes devant les esprits de Nos Ancêtres Impériaux ? C’est la raison pour laquelle Nous avons ordonné d’accepter les termes de la Déclaration commune des Puissances.

Nous ne pouvons qu’exprimer le sentiment de notre plus profond regret à Nos Alliés du Sud-Est asiatique qui ont sans faillir coopéré avec Notre Empire pour obtenir l’émancipation des contrées asiatiques. La pensée des officiers et des soldats, ainsi que tous les autres, tombés au champ d’honneur, de ceux qui sont morts à leur poste, de ceux qui ont trépassé avant l’heure et de toutes leurs familles endeuillées Nous serre le cœur nuit et jour. Le bien-être des blessés et des victimes de la guerre, et de tous ceux qui ont perdu leur foyer et leurs moyens d’existence, est l’objet de Notre plus vive sollicitude. Les maux et les souffrances auxquels Notre nation sera soumise à l’avenir vont certainement être immenses. Nous sommes pleinement conscient des sentiments les plus intimes de vous tous, Nos sujets.

Cependant, c’est en conformité avec les décrets du temps et du sort que Nous avons résolu d’ouvrir la voie à une ère de paix grandiose pour toutes les générations à venir en endurant ce qu’on ne saurait endurer et en supportant l’insupportable. Ayant pu sauvegarder et maintenir la structure de l’État impérial, Nous sommes toujours avec vous, Nos bons et loyaux sujets, Nous fiant à votre sincérité et à votre intégrité. Gardez-vous très rigoureusement de tout éclat d’émotion susceptible d’engendrer d’inutiles complications ; de toute querelle et lutte fratricides qui pourraient créer des désordres, vous entrainer hors du droit chemin et vous faire perdre la confiance du monde. Que la nation entière se perpétue comme une seule famille, de génération en génération, toujours ferme dans sa foi en l’impérissabilité de son sol divin, gardant toujours présents à l’esprit le lourd fardeau de ses responsabilités et la pensée du long chemin qu’il lui reste à parcourir. Utilisez vos forces pour les consacrer à bâtir l’avenir. Cultivez les chemins de la droiture ; nourrissez la noblesse d’esprit ; et travaillez avec résolution, de façon à pouvoir rehausser la gloire inhérente de l’État impérial et vous maintenir à la pointe du progrès dans le monde. »

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