Note hyposodée

Ce matin, j’ai revu deux patients HIV+ adressés en février dernier par le service d’infectiologie pour une HTA.

Le premier patient, d’origine africaine, 40 ans, de corpulence normale, n’a pas d’autre facteur de risque cardio-vasculaire. On lui a trouvé une TA élevée en consultation. Il avait 160/90 chez moi.

La seconde patiente a 61 ans, elle est caucasienne et n’a pas de surcharge pondérale. Hypertendue sous aténolol 50, elle a 170-190/100 en plateau depuis quelques semaines.

Je pose de façon assez systématique les questions suivantes aux patients hypertendus:

  • Mangez-vous salé? (en général la réponse est non, l’épouse hurlant au fond de la salle que oui)

  • Utilisez-vous la salière? (en général la réponse est oui)

  • Qui prépare ce que vous mangez? (Madame/Monsieur/Monsieur le cuistot du resto du coin/Monsieur McDo/Monsieur Saupiquet…)

  • Aimez-vous le fromage à croûte, les apéros, le beurre salé, la charcuterie, les fruits de mer, les graines de courge salées… (liste à faire varier en fonction du lieu où l’on exerce, être exhaustif est la seule vraie difficulté de l’interrogatoire)

Source.

Dans mon expérience, les patients d’origine africaine (hors Maghreb), comoriens, malgaches, bretons mangent très très salé. Les bretons à cause du beurre salé, les autres car leur cuisine comporte encore les stigmates d’une conservation des aliments par la saumure (j’ai découvert ça au cours d’un repas d’anniversaire d’une patiente malgache).

Beaucoup mangent au restaurant/baraque à frites du coin, où les cuisiniers salent beaucoup. D’autres mangent sur le pouce, industriel, mal.

Je leur conseille en général ceci:

  • Mangez “maison” et frais (ça coûte cher et prend du temps, là est la difficulté).
  • Traquez et bannissez les aliments trop/très salés. (tout est une question de bon sens)
  • Bannissez la salière de la table, mais pas de la cuisine (les haricots cuits dans de l’eau non salée, c’est beuaarrrrgh).
  • Ne mangez pas de pain sans sel, ça n’a aucun intérêt (en dehors des insuffisants cardiaques sévères) et c’est beuaaarrrrgh (souvenir de fringales dans les offices des services de cardio où à 18h il ne reste que du pain sans sel).
  • Bannissez les “faux sels” qui sont beuaarrrgh, aussi (j’ai testé) et qui comportent du chlorure de potassium (moyen moyen moyen en association avec IEC, spironolactone, ARA2…).
  • Ayez une activité physique régulière (ça ne mange pas de pain).
  • Arrêtez de fumer (idem).
  • Perdez du poids si besoin (c’est le cas pour l’immense majorité des patients).

Pour les aider à débusquer le sel caché, je leur donne ces deux listes qui donnent la composition en sel d’aliments usuels. Je leur précise bien qu’ils ne faut pas qu’ils suivent ces “régimes” (notamment le sans sel strict), mais qu’ils doivent s’en servir comme d’une aide:

REGIME S SEL LARGE-

REGIME SANS SEL STRICT

Je leur donne aussi parfois 2 brochures de la FFC (Alimentation et Hypertension artérielle, et Activité physique)

Moyennant quoi, j’ai eu beaucoup de chance puisque ces conseils ont très bien marché chez les deux patients du début de la note:

Dans ma pratique courante, je vois très rarement un des 100 millions d’hypertendus résistants, ils doivent consulter sur d’autres plages horaires que les miennes, ou ils sont déjà tous dénervés et sous Rasilez®. Si j’en vois, je les oriente rapidement dans le service d’hypertensiologie du CHU, qui est très bien.

Donc ces petits conseils qui n’ont aucune prétention peuvent marcher sur des hypertensions primitives “banales”. Mais ça tombe bien, c’est mon pain quotidien…

Maintenant, un point important, le secret est qu’il faut y passer du temps. Beaucoup plus de temps que d’écrire une ligne sur une ordonnance…

Dans ces deux cas, j’étais très motivé car comme je l’ai précisé, ces deux patients sont HIV+. Ils “mangent” donc déjà des tas de comprimés, qui en plus, pour couronner le tout sont de grands pourvoyeurs d’interactions médicamenteuses (aaaah, les CYP en folie, par exemple pour l’association ritonavir+lopinavir…).

Donc je n’avais vraiment aucune envie de dégainer mon ordonnance.

A la fin de la consultation je les ai félicités (le premier qui me ressort le “paternalisme”….grrr) et leur ai dit:

  • Poursuivez votre effort qui doit être maintenu sur le long cours. En général, moins on mange salé et moins on a de l’appétence pour le sel (et vice-versa).
  • L’effort de manger hyposodé est récompensé par l’absence de prise de médicament, ou une pause dans l’escalade thérapeutique. Donc pas ou peu d’effets secondaires.
  • Si un jour il faut leur débuter un traitement, ce n’est pas une fatalité, et je serai là pour en discuter avec eux.

PS, je suis comme Jaddo (et d’autres, la liste s’allonge…), j’adore le beurre salé…

La dénervation arrive (2)

Ca y est, elle arrive vraiment!

Dans le précédent épisode, nous avons appris grace au programme “La tension sous pression” que l’HTA résistante touchait 100 millions de personnes dans le monde entier! 100 millions! Par ailleurs, nous avons aussi appris que ces patients sont particulièrement préoccupés d’être porteurs d’une HTA résistante. D’où le cri du coeur du communiqué de presse: Les patients français ont besoin de nouvelles solutions thérapeutiques.

À la fin de ce communiqué, le lecteur, patient ou médecin se retrouve alors dans un état de stupeur et de tremblements. Il attend avec fébrilité un message d’espoir.

Celui-ci  se manifeste dans le Cardiologie Pratique du 8 février.

Nous entrevoyons en effet la lumière au bout de l’artère rénale, puisque le premier journal cardiologique français consacre une pleine page à la dénervation rénale, avec juste à côté une énorme publicité pour le système de dénervation Medtronic (qui, hasard étonnant, finance par ailleurs le programme “La tension sous pression”).

La campagne est donc lancée, je prédis dans les prochaines semaines un déferlement d’articles et d’EPU sur l’HTA résistante ;-)

Tomber de haut (2)

Je ne suis pas le seul à être tombé de haut lorsque la révélation de résultats intermédiaires de l’étude ALTITUDE ont conduit à cette réaction des agences de sécurité sanitaire, comme l’Afssaps.

J’avais parlé de ALTITUDE ici, enfin, pour être exact, j’avais mis en parallèle le superbe plan marketing de lancement de l’aliskiren qui s’annonçait être une merveille, toutes les belles choses qui avaient été dites par des experts et la dure confrontation avec des résultats assez inquiétants de cette étude.

Je vous conseille vivement la lecture de ce commentaire très récent sur ce sujet, écrit par quelqu’un qui connaît très bien le sujet. Le texte pose les bonnes questions, notamment celle, cruciale, des critères de jugement des études cliniques sur lesquelles s’appuient les dossiers d’AMM.

Ne doit-on pas exiger dorénavant d’avoir au moins une étude de morbi-mortalité bien conduite dans le dossier d’AMM d’une molécule ayant pour but annoncé de diminuer cette dernière?

(La réponse paraît évidente, mais des tas de gens se la posent encore sérieusement, quelques-uns répondent même non)

Je pense que tout le monde s’est un peu trop reposé sur le syllogisme “la molécule A améliore le paramètre B, améliorer B permet de diminuer la morbi-mortalité, donc A améliore la morbi-mortalité”. Des tas d’études ont montré que ce raisonnement a des failles. En cardiologie, CAST en est l’exemple le plus connu.

Bon, ça c’était pour faire le sérieux, maintenant, je vais vous montrer comment pirater le site de “Réalités Cardiologiques“.

On ne rigole pas, s’il vous plaît!

Vous allez voir, c’est digne des Anonymous.

Imaginons que je souhaite lire l’article “Evaluation de l’ischémie myocardique par l’échographie de stress“. 

Pour le lire, il faut s’inscrire au site puis souscrire à l’offre “Premium gratuite” (??) en donnant, pour les médecins par exemple, son numéro d’ordre.

Mais il y a bien plus rapide et bien plus simple.

Vous tapez Evaluation de l’ischémie myocardique par l’échographie de stress dans Google et vous obtenez cela:

L’occurrence numéro 3 est le fichier PDF de l’article.

Bisous, ;-)

Ça marche aussi pour le groupe Consensus.

Mouhahahahahaha.