J’ai rêvé de Napoléon…

Le site internet du NEJM a récemment radicalement changé pour laisser plus de place au multimédia.

Par ailleurs, l’intégralité des archives du NEJM, depuis 1812 est consultable.

Les éditeurs du NEJM ont offert à l’issue de la sortie de ce nouveau site ce petit cadeau qui est un fichier PDF d’environ 11Mb et qui collecte quelques articles intéressants.

Je vous recommande (mais ce n’est pas pour les âmes sensibles) le cas clinique de la page 25 qui raconte l’histoire d’un pauvre jeune homme qui a eu le malheur de croiser un streptocoque A particulièrement agressif.

Je vous recommande aussi l’article de la page 71, daté de 1846, qui relate les débuts scientifiques de l’anesthésie à l’éther. J’avais déjà parlé de la chirurgie avant l’anesthésie ici, et la lecture parallèle des deux articles me paraît intéressante.

Voici le récit d’une des premières anesthésies à l’éther décrites:

A boy of 16, of medium stature and strength, was seated in the chair. The first few inhalations occasioned a quick cough, which afterwards
subsided ; at the end of eight minutes the head fell back, and the arms dropped, but owing to some resistance in opening the mouth, the tooth could not be reached before he awoke. He again inhaled for two minutes, and slept three minutes, during which time the tooth, an inferior molar, was extracted. At the moment of extraction the features assumed an expression of pain, and the hand was raised. Upon coming to himself he said he had had a ” first rate dream—very quiet,” he said, ” and had dreamed of Napoleon—had not the slightest consciousness of pain—the time had seemed long :” ami he left the chair, feeling no uneasiness of any kind, and evidently in a high state, of admiration. The pupils were dilated during the state of unconsciousness, and the pulse rose from 130 to 142.

On ne peut vraiment pas dire que Napoléon n’a pas marqué son époque!

Le problème du pont de Thor

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Je vous avais prévenu, je suis dans ma période Sherlock Holmes.

Je viens de terminer Le problème du pont de Thor, que vous pourrez lire ici.

J’avais vu une adaptation TV de ce court récit avec dans le rôle de Sherlock Holmes l’excellent et regretté Jeremy Brett. Cet acteur maniaco-dépressif (comme Sherlock!) semble être décédé d’une cardiopathie valvulaire post rhumatismale, une bien belle maladie des siècles passés (du moins dans nos pays développés, ailleurs, on meurt encore pas mal de ça…).

Je connaissais donc la conclusion de l’histoire, mais cela n’a pas entamé mon plaisir.

Hier au soir, j’ai aussi musardé dans Google Books pour retrouver des descriptions cliniques contemporaines des anévrysme de l’aorte thoracique. Je vous conseille notamment ce Guide du médecin praticien de 1866 qui apporte une description clinique d’autant plus fine qu’il n’y avait que ça pour faire un tel diagnostic (première radio en 1895!) et encore moins pour le traiter efficacement:

La marche de la maladie est ordinairement difficile à suivre dans les premiers temps. Le plus souvent lente et sourde, elle est quelquefois très-rapide, comme on en voit des exemples dans les cas où le développement de la maladie a succédé à un accident. Il arrive assez souvent, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, qu’après avoir marché lentement, l’affection prend un accroissement rapide, dont l’apparition d’une tumeur à la partie antérieure de la poitrine donne le signal. Dès ce moment, les symptômes sont beaucoup plus faciles à suivre, et vont plus ou moins rapidement en augmentant, a moins que le traitement ne vienne entraver leur progrès.

La terminaison de l’anévrysme de l’aorte est le plus souvent fatale ; toutefois il résulte d’un certain nombre des observations que nous ayons rassemblées, que la maladie ne doit pas être regardée comme désespérée.

A l’époque, la médecine c’était vraiment la science de l’expectative…

Quizz médico-littéraire

Notre bon Dr Watson au sommet de son art fait un brillant diagnostic, serez-vous capable d’en faire de même?


— Certainement que j’ai beaucoup de choses à dire, répondit tranquillement notre prisonnier. Je désire tout raconter à ces messieurs.

— Ne vaudrait-il pas mieux réserver tout cela pour le jour où vous comparaîtrez devant la cour ? demanda l’inspecteur.

— Peut-être n’y comparaîtrai-je jamais, répondit-il. Oh ! n’ayez pas l’air si inquiet. Je ne songe nullement à me suicider. Mais n’êtes-vous pas médecin, monsieur ? ajouta-t-il en fixant sur moi son œil noir et perçant.

— Effectivement, répondis-je.

— Eh bien alors, mettez votre main là », dit-il avec un sourire, en portant ses poignets enchaînés à hauteur de sa poitrine.

Je fis ce qu’il me demandait et je sentis aussitôt un trouble intérieur extraordinaire accompagné de violents battements. Les parois du thorax semblaient frémir et trembler comme celles d’un mince bâtiment qu’ébranlerait à l’intérieur une puissante machine. Dans le silence de la salle je pouvais percevoir un sourd bourdonnement qui provenait également de la même cause.

« Comment ? m’écriai-je, mais vous avez *** !


Le patient a une bonne cinquantaine d’années, il est fumeur, très actif, et très probablement hypertendu :

Il continuait à reculer pendant que je m’adressais ainsi à lui et je vis qu’il me croyait fou. Ah ! je l’étais en effet, à ce moment. Le sang faisait résonner mon pouls et mes tempes comme un marteau sur une enclume et j’allais certainement avoir une attaque quand, par bonheur, un violent saignement de sang vint me soulager.

Comme tout patient qui se respecte, il a aussi sa petite idée sur l’étiologie de sa maladie:

Il y a tant d’années que cela progresse ! Ce sont les fatigues et les privations que j’ai endurées dans les montagnes du Lac Salé qui m’ont donné cela.

Enfin, après avoir longtemps vécu dans la montagne dans l’Utah, il a fréquenté en dernier lieu les bas-fonds de Londres (dernier travail: conducteur de fiacres).

Alors, une idée? ;-)

Les non-médecins ou ceux qui le sont mais qui s’estiment (à juste titre) en vacances, trouveront la solution de cette énigme diagnostique dans le sixième chapitre de la seconde partie d’une Étude en rouge.

PS: Je trouve la VO un peu plus évocatrice:


“I’ve got a good deal to say,” our prisoner said slowly. “I want to tell you gentlemen all about it.”

“Hadn’t you better reserve that for your trial?” asked the inspector.

“I may never be tried,” he answered. “You needn’t look startled. It isn’t suicide I am thinking of. Are you a doctor?” He turned his fierce dark eyes upon me as he asked this last question.

“Yes, I am,” I answered.

“Then put your hand here,” he said, with a smile, motioning with his manacled wrist towards his chest.

I did so; and became at once conscious of an extraordinary throbbing and commotion which was going on inside. The walls of his chest seemed to thrill and quiver as a frail building would do inside when some powerful engine was at work. In the silence of the room I could hear a dull humming and buzzing noise which proceeded from the same source.

“Why,” I cried, “you have *** !”